3 et 4 août 1956
« Paris menacé par le Rock and Roll. »
Paris Match, 29 septembre 1956

LA FRANCE EST MENACÉE !…
Il est des événements dont, au premier abord, on ne soupçonne, ni ne mesure, réellement la portée. C’est le cas pour la série de concerts donnés par Elvis, en août 1956, et plus précisément à Miami. Il ne fait nul doute que le King et pas plus son entourage, n’est imaginé un seul instant la répercussion, le coup de tonnerre, que cela allait provoquer à des milliers de kilomètres de là : en France. Si notre pays avait découvert Elvis quelques mois plus tôt avec la sortie pour jukebox en single (45373) de Heartbreak Hotel et sur un 45 tours quatre-titres (75309), sous une pochette anonyme, l’information ne circulant pas aussi vite que de nos jours et la radio ne s’intéressant le moins du monde à cette musique, jugée vulgaire et sans intérêt, il était alors difficile pour lesfans de la première heure de mettre un visage sur le phénomène qui ravageait à présent les Etats-Unis tout entier.
Il faudra attendre le numéro 390 de Paris Match du 29 septembre 1956 pour qu’ils mettent enfin un visage sur cette voix bouleversante, incroyable. Si la couverture du magazine propose un portrait du mannequin anglais, Fiona Campbell-Walter qui vient de convoler en justes noces avec le baron Thyssen-Bornemissza, un géant industriel de La Ruhr, ne fera pas date, le numéro présente bien d’autres informations intéressantes. Ainsi, le voyage du Général de Gaulle dans les territoires d’outre-mer qui furent les premiers à se rallier à la France Libre, un long article sur Paul Valéry, dont 30.000 pages inédites viennent d’être retrouvées ou encore sur Ike Eisenhower en campagne électorale et en danger d’être battu…

Mais s’il est un reportage, signé Jean-Paul Penez et Jacques De Potier, ou le slogan culte de Paris Match : Le poids des mots, le choc des photos, trouve toute sa signification, c’est bien celui qui concerne Elvis. Son titre sulfureux annonce la couleur, sur une double page : Paris menacé par le Rock and Roll. Il est accompagné d’un premier texte : Un nouvel ouragan a déferlé sur la jeunesse américaine. C’est le Rock and Roll (ou mieux le R n’ R). Au son du jazz martelé par la batterie cette danse, auprès de laquelle le be-bop fait figure de menuet, déchaine chez les Teenagers (moins de vingt ans) la fureur de vivre. Rien n’y résiste, ni les tables de dancing, ni les fauteuils de cinéma. L’Angleterre est déjà contaminée et la France est menacée. L’article qui s’étale sur sept pages de photos prises, notamment, lors des concerts des 3 et 4 août 1956 à l’Olympic Theater de Miami, en Floride, veut visiblement faire peur en ne ménageant pas Elvis. Le second titre est éloquent : New York en transe lance Elvis Presley idole au visage bouffi. Le propos est caustique : Le « rock and roller » le plus célèbre des Etats-Unis s’appelle Elvis Presley. Il a 21 ans. Lorsqu’il hurle ses onomatopées : « Ah ! Nee-hee-hee Yew-who ! » son public se plie en deux, comme sous le choc d’un coup de poing à l’estomac. Elvis jongle avec sa guitare électrique, se balance avec son micro, qu’il ne lâche que pour se rouler par terre. Alors commence la fièvre : jeunes gens et jeunes filles se mettent à genoux et Miami3 à 8 acclament le sorcier, avant de danser eux-mêmes. Aucun professeur n’enseigne le R. n’ R. : tous les pas sont possibles. Une seule règle prévaut : l’instinct. En Floride, les associations de parents s’élèves se sont émues. Elles ont pris position contre ce qu’elles appellent : « un déchainement hystérique de l’animalité ». Mais une jeune étudiante a déclaré pour sa défense : « Le R. n’ R. est pour nous un professeur d’énergie. » Les légendes sous les photos sont du même tonneau : Quand Elvis Presley, roi du R. n’ R., se contorsionne devant le micro ses fanatiques entrent en transe, pour lui ils délaissent les vieilles idoles Johnnie Ray et Frank Sinatra. Après son dernier récital à Miami Elvis a dû s’engouffrer dans sa voiture sous la protection des policemen, car l’adoration des foules risquait de l’étouffer.

Les deux dernières pages évoquent nos amis d’outre-manche : Le mal a gagné Londres et mobilisé la police. Le commentaire est à l’avenant :La grande épidémie de Londres a commencé dans un cinéma où le film Rock around the clock était projeté. Les Teddy boys (14 à 17 ans) déchaînés, saccagèrent la salle. Désormais dans les cinémas, des policemen, armés de lampes électriques, surveillent les pieds des spectateurs. Il est vrai que les mêmes scènes se produisent dans les salles parisiennes et que comme le souligne le magazine : la France est menacée… Mais Dieu que la menace est belle ! Et si, les photographies représentent un Elvis sauvage, au regard sombre, les joues ornées de rouflaquettes, pour ces jeunes la découverte est de taille, non seulement cette voix les bouleverse, mais ils vont se mettre à fantasmer sur ses poses extravagantes et sa manière de tenir le micro, sur cette énergie nouvelle. Ils vont se mettre à l’imiter, à vouloir se coiffer comme lui… Et quand bien même, d’autres magazines prendront le relais, à l’image de Ciné Revue qui se pose la question de savoir s’il est : l’ennemi public n°1 ou demi-Dieu ? Trop tard, l’affaire est entendue, la France ne pourra plus jamais se passer d’Elvis…
ENNEMI PUBLIC N°1 OU DEMI-DIEU ?
OLYMPIA THEATER, MIAMI, FORIDE, 3 & 4 AOUT 1956
Ce reportage sulfureux met en lumière cette année 1956 qui voit Elvis mettre le feu à l’Amérique et lancer une révolution qui n’est pas près de s’éteindre… L’événement rapporté, se déroule alors que le King débute, le 3 août, une tournée de 10 jours au cours de laquelle il donne 27 shows dans huit villes différentes, essentiellement en Floride, exception faîte du dernier jour, le 12, où il donne deux concerts à la Nouvelle Orléans en Louisiane. Il faut rappeler, ce qui est absolument incroyable, que, alors qu’il est sollicité de toutes parts : télévision, enregistrements en studios… sans oublier un premier film, Love Me Tender, il passera 115 jours sur la route pour donner 226 shows dans 96 villes et 42 Etats différents. Démentiel !!…
Le vendredi 3 août, trois shows sont inscrits au programme : 15h30, 19h et 21h. Le lendemain, il en donne quatre à : 13h30, 15h30, 19h et 21h. L’Olympia Theater, située au 174 East Flagler Street, est une salle à l’ancienne qui présentait une acoustique parfaite et un ciel nocturne simulé, y compris des nuages roulants et des étoiles scintillantes. Construite par Paramount, elle est inaugurée le 18 février 1926 et ne peut contenir que 2.200 places : se seront ainsi 15.400 spectateurs, en folie, qui auront le bonheur d’assister à ces spectacles.

Selon Dene Petitclerc du Miami Herald, bien avant l’arrivée d’Elvis à Miami, avant minuit le jeudi, les fans avaient commencé à faire la queue devant l’Olympia Theater et le lendemain midi celle-ci faisait le tour du pâté de maisons. C’est au volant de sa Lincoln lavande qu’il arrive à Miami où il se rend directement au 1438 Washington Ave à l’hôtel Robert Clay sur Miami Beach. Il était prévu initialement qu’il loge à l’hôtel Fontainebleau, mais de peur que les fans en essayant de l’atteindre ne causes des dégâts à ce 5 étoiles mythique, il en fût décidé autrement par le Colonel Parker. On note que June Juanico avec qui il vient de passer quelques jours de vacances à Biloxi dans le Mississippi est venu le rejoindre pour la tournée…

Dans sa chambre, Elvis, en présence du Colonel et de son cousin Carol « Junior » Smith, va accorder une interview exclusive à la journaliste du Miami Daily News, Bella Kelly au cours de laquelle il lui aurait avouer : qu’il ne portait jamais de « chaussures en daim bleu » – Blue Suede Shoes – par crainte qu’elles ne soient piétinées par des fans…


LES SHOWS
Compte tenu de la fréquence des spectacles, on se doute bien qu’ils étaient plus courts que ceux, par exemple, des années 70. Au cours de ceux-ci, Elvis portera des combinaisons vestimentaires assez différenciées. Ainsi pour le premier show, il est vêtu d’une veste de couleur lavande, d’un pantalon noir, d’une chemise et cravate blanche et de chaussures blanches. Lors du show prévu à 15h30, mais qui ne débutera que vers 16 heures, il porte une veste vert Kelly – vert pomme – avec une chemise blanche à volants et un pantalon noir moucheté argent. Il faut savoir que le pantalon sera déchiré par les fans et qu’Elvis, lui-même, déchirera ce qu’il en reste pour le jeter aux fans par la fenêtre de sa loge où des photos le montrent avec une jambe de pantalon, les jambes nues et tendantdes morceaux à des policiers. On le voit serrer la main de Del Puschert, un fan dont la mère en a récupéré de précieux fragments. Pour le dernier show de la journée, il portera, cette fois, une veste rouge sur un pantalon noir avec une chemise blanche à volants.
Le 4 août, on le verra vêtu d’un costume blanc et, à 19h, portant également sa veste lavande avec un pantalon clair, une chemise blanche et une cravate. Après avoir enlevé sa veste, il va la jetée dans le public qui n’en demandait pas autant… Ce même jour le single Hound Dog/Don’t Be Cruel fait une entrée tonitruante en se plaçant à la première place du Billboard, succès qui bien naturellement se confirme lorsqu’il les interprètes sur scène. Parmi les autres titres interprétés, on trouve :Heartbreak Hotel, I Was The One, Long Tall Sally…



Ce que les observateurs retiennent avant tout, c’est la folie qui s’empare de la salle au moindre mouvement d’Elvis et comme il n’a de cesse de bouger, les minutes passant, l’excitation ne fait que s’intensifier allant même parfois jusqu’au paroxysme. Bien que protégé par une cohorte depoliciers, alors qu’il assistait à la réaction de la foule, un officier médusé avoua qu’il n’avait jamais rien vu de tel. Et, malgré cette protection, on verra un fan saisir et arracher une partie de sa veste.
Il faut dire que le King sollicite la salle entière, traversant la scène de part en part, on le voit même à l’extrémité droite s’agripper au mur pour être au plus proche des fans… Et puis, il y a toutes ces postures qui n’appartiennent qu’à lui seul et qui seront à jamais sa marque. Jouant tour à tour avec le micro, sa guitare, se positionnant sur la pointe des pieds, jouant avec ses bras, ses mains, s’accroupissant sur la scène, allant jusqu’à s’appuyer dessus avec son bras, s’approchant à la limite de la scène le doigt tendu avec autorité en direction des fans qui ne demandent qu’à le toucher ou encore taquinant un gamin en lui tendant un mouchoir… S’il va au-delà de toutes expressions corporelles et vocales, s’il donne plus encore qu’il ne reçoit de la part du public, à l’inverse, très classiques avec nœud papillon, nos amis Scotty Moore, DJ Fontana restent très sages, seul Bill Black se permet quelques fantaisies…


Outre les journaux et les magazines, à l’image de Paris Match, certaines des nombreuses photos prises à l’Olympia Theater seront utilisées par la suite dans différentes occasions, y compris par RCA sur des couvertures de disques, par exemple, comme pour l’albumThe Great Performances, en 1990, qui fera également l’objet de DVD… ou encore en France, avec le concours d’Elvis My Happiness, fin 1999 pour la campagne de l’Artiste du Siècle qui utilisera, entre autres, une photo prise le 4 août lors de l’achat de la Lincoln… et même pour la couverture du magazine Rolling Stone…
Après le premier spectacle, Elvis a vite été repéré à l’arrière de l’Olympia par une foule estimée à 2.000 fans qui l’attendaient sur Second Avenue. Le rassemblement est allé jusqu’à bloquer la circulation dans l’artère principale du centre-ville et il a pratiquement réussie à enfoncer le cordon de police pour atteindre la sortie des artistes. Après le dernier show, un patrouilleur de la police àmoto, Al Doncetelli, a été victime de la cohue incroyable qui régnait à l’extérieur du théâtre. Sa moto a heurté une bande de graviers et s’est renversée à l’angle de Second Avenue et 3rd Street, alors qu’il suivait le taxi d’Elvis (photo reprise par Paris Match). Il a été soigné pour des blessures au dos au Jackson Memorial Hospital.
Le samedi, après le dernier spectacle, Elvis retourne quelques instants à l’hôtel Robert Clay, avant de le quitter pour se rendre directement à Tampa où le lendemain il doit donner deux nouveaux shows devant 10.000 spectateurs. Là, une fois encore, une foule de fans hurlants attendaient son départ, il a pu grâce à la protection de la police atteindre enfin sa nouvelle Lincoln Continental.


Le samedi, après le dernier spectacle, Elvis retourne quelques instants à l’hôtel Robert Clay, avant de le quitter pour se rendre directement à Tampa où le lendemain il doit donner deux nouveaux shows devant 10.000 spectateurs. Là, une fois encore, une foule de fans hurlants attendaient son départ, il a pu grâce à la protection de la police atteindre enfin sa nouvelle Lincoln Continental.
Ce qui surprend toujours avec Elvis et qui dépasse l’entendement, y compris de nos jours, ce sont les milliers de photos prises partout où il passe, à chaque instant du jour et de la nuit. On le voit même ici se préparer backstage au piano avec près de lui Red West avec qui on le verra chahuter plus tard… Et puis bien que le temps manque, il ne manquera pas de s’attarder pour prendre quelques clichés avec les fans ou des personnalités… Et puis, il y a toutes ces photos impressionnantes de files d’attente et de cette foule qui malgré la police essaye en permanence de l’approcher…


LA LINCOLN CONTINENTAL MARK II
Le 4 août, constatant que sa Lincoln était recouverte de messages de fans, écrits notamment au rouge à lèvres, du style : Don’t be Cruel call please call 88-9157… – Sois pas cruel s’il te plait appelles le… – Elvis décide alors de se rendre, accompagné du Colonel Parker, chez Miami Lincoln Mercury au 100 SW 13th Street. Là, reçu par Lade Conlee, Vice-Président et General Manager, il vient lui rapporter le véhicule pour acheter à la place la nouvelle Lincoln Continental Mark II. L’événement est photographié abondamment, sur l’une des photos on voit Elvis signer un chèque de 7.173 dollars sur le capot de la voiture, représentant la différence entre le prix de la voiture : 10.688 dollars et le montant de la reprise de l’ancienne : 3.515 dollars. On pourra le voir par la suite avec la Lincoln Continental, ici ou là, sur de nombreuses autres photos…


LA PRESSE
Toujours le 3 août, il reçoit dans sa loge Peggy Phelps et Barton Hickman tous deux journalistes au Miami Herald, ainsi que Gwen Harrison, chroniqueuse. Ils sont accompagnés de deux jeunes fans : Almalee Carter et Luther Voltz Jr., cependant que son cousin Gene Smith est à ses côtés. La rencontre sera publiée dans les colonnes du journal du 5 août suivant. Selon lui deux questions se posent auxquelles les interviewers vont tenter de répondre : Qu’est-ce qui fait courir Elvis ? Qu’est-ce que ce personnage, Elvis Presley, a ? Et de demander aux lecteurs :Lisez leurs « analyses ». Pensez-vous qu’ils ont réussi ?
A la lecture des articles, on comprend très vite que l’idée éditorial de la part de Barton Hickman est de coincer Elvis, de le faire passer pour un ignare, en lui posant des questions qui en fait n’avait pas réellement d’intérêts lors de cette période hallucinante qui le voyait être tiré à hue et à dia, accaparé de toutes parts. On se doute bien alors que ses préoccupations étaient toutes autres, d’autant que dans quelques jours se préparait un événement crucial dans sa future carrière : le tournage de son premier film. Pas étonnant dans ces conditions que certains sujets concernant l’actualité lui échappent. En fait, il semble qu’il soit au-dessus de cela et reste droit dans ses bottes !… Il est réellement intéressant de s’attarder sur ses réactions, assez différentes concernant la gent féminine, car elles sont le reflet des différents sentiments, des contradictions, qui traversaient alors la société américaine.
Barton Hickman, titre : Dans un monde à lui et ne lui fait pas de cadeau :Ne pensez pas qu’ Elvis Presley joue juste un rôle, il est vraiment « stupide » à propos de ce qui se passe dans le monde… Ces yeux boudeurs sont trompeurs. Ils sont juste construits de cette façon. En fait, il a un œil vif et brillant. Il savait qu’on le chahutait lorsqu’on lui posait des questions sur la politique, l’actualité, l’art et la musique classique. Il tordait nerveusement ses bagues, une à chaque main, baissait les yeux comme un garçon à l’école qui n’avait pas étudié, et essayait de donner une sorte de réponse. Heureusement, il a répondu aux questions sur les motos, les voitures, les filles, le « mythe » de la collection d’animaux en peluche. Il était presque embarrassé, quand on lui posait certaines questions, il a répondu à celles sur ses favoris, ses vêtements et son succès. Elvis s’est engagé dans une conversation animée tant que le sujet était la musique rock-and-roll ou le sexe… Rien d’intelligent chez ce jeune homme qui a fait fortune pratiquement du jour au lendemain. Tout le reste de l’article est à l’avenant, il ne fait nul doute qu’Elvis aurait pu beau faire que ça n’aurait rien changé, tant Barton Hickman était visiblement enfermé dans ses certitudes.


De son côté Peggy Phelps, titre avec semble-t-il quelques regrets : Hélas… No Kiss Goodby! : Il n’était pas difficile de distinguer Elvis Presley de ses deux cousins qui étaient avec lui. Tous les trois sont originaires de Memphis. Il portait des chaussures en daim blanc – personne n’avait marché dessus non plus. Il portait un pantalon à la cheville étroite, noir moucheté d’argent, et une veste de sport de couleur unie dans une teinte très vive de vin rosé. Naturellement, ses préférences chez les filles seraient intéressantes, mais sa seule qualification est qu’elle soit une femme. Elle revient ensuite sur quelques questions posées :
. Et la musique ?
. Oh, j’aime la musique. J’aime toutes les sortes de musiques.
. Vous jouez de la guitare vous-même. Que pensez-vous de Pablo Casals, le plus grand violoncelliste du monde ?
. Je n’ai jamais entendu parler de lui… Ah, eh bien, voyez-vous, je ne joue pas vraiment de la guitare.
. Je vois. Mais vous aimez tous les genres de musique. Et les classiques ? Quels sont vos favoris ?
. Eh bien, j’aime Kathryn Grayson et Mario Lanza.
. Ah, je voulais dire, parmi les classiques, quelle est par exemple votre œuvre d’opéra préférée ?
. Oh. Only Make Believe est mon préféré. (EMH : Elvis fait allusion à la comédie musicale Show Boat de Oscar Hammerstein II).
Peggy Phelps poursuit :Quelques-uns de ses fans pensent que son mépris pour les autres détails de la vie au-delà du sexe et du rythme n’est qu’un acte hilarant imaginé par son attaché de presse. Croyez-moi, ce n’est pas le cas. Personne ne pourrait agir aussi bien. Si le rock and roll meurt, et qu’ Elvis n’a pas de succès au cinéma, il dira allègrement : C’était amusant tant que ça a duré. Ou, comme l’aurait dit Shakespeare, « j’ai eu ma journée ». (Cela s’applique sans aucun doute aux chats comme aux chiens). Une chose est sûre ; il ne sera jamais guitariste. À ce stade de notre conversation, l’un des cousins a apporté une cravate blanche avec un motif bleu et noir – C’est la plus blanche que j’ai pu trouver, a-t-il dit. Elvis n’a pas du tout changé, selon sa propre opinion : Je plaisante maintenant comme je l’étais quand je fredonnais pour quelques pièces dans un spectacle… J’ai toujours porté des rouflaquettes, depuis que j’étais assez vieux pour les faire pousser… La journaliste conclut ainsi : Je n’ai été déçu que par une chose – il ne m’a pas embrassé à la fin de notre entretien.


Gwen Harrison, titre ça chronique ainsi :C’est la même vieille hystérieet écrit :Pour les anciens uniquement. . . La différence entre les funérailles de Rudolph Valentino et les débuts d’ Elvis Presley à Miami est qu’ Elvis est très vivant et respire. L’hystérie était la même, mais les voix étaient plus jeunes. Et ils criaient au lieu de gémir. Elvis, si une entrevue est un critère, est aussi poli que n’importe quel jeune homme bien élevé doit l’être. Il a accordé un respect égal à chacune des personnes présentes. Hésitant, il tenta de répondre à des questions savantes avec une sincérité évidente, il a répondu aux questions intéressantes et approfondies… Il a presque la même apparence qu’à la télévision, mais il est plus grand que je ne le pensais. Sa coupe de cheveux passe moins bien à la télé. Ses chaussures étaient en daim blanc. Mais il portait de grosses chaussettes et je pense qu’elles étaient tout aussi sexy. Je lui ai demandé s’il voulait une femme au foyer, une chanteuse ou une femme de carrière comme épouse : Femme au foyer, me dit-il. Il a dit que sa chanson préférée était My Prayer. Je ne l’ai jamais entendu. (EMH : Elvis parle de la version des Platters, n° 1 au Billboard à ce moment). Je lui ai demandé s’il aimait les foules de filles hurlantes : Après un certain temps, vous vous habituez aux foules, a-t-il déclaré. On pourrait penser qu’un homme aussi apprécié qu’ Elvis en saurait plus, mais je l’aime quand même. J’aime son chant et il a une bonne personnalité. Je vais aller le voir dès que j’en aurai l’occasion et je vais acheter ses disques…
Luther Voltz Jr., un gamin de douze ans, sans doute bien briefé auparavant, par Barton Hickman, ne fait pas dans la dentelle et titre : Tout sauf intelligent : Nous étions assis dans la loge d’ Elvis Presley, crayons et cahiers prêts pour qu’il se présente à notre interview. Ensuite, nous avons entendu ces cris énormes dans la ruelle derrière le théâtre Olympia. C’était Elvis avec un groupe de filles qui couraient après lui. Les filles agitaient des carnets d’autographes et des bouts de papier en criant à pleins poumons. Elvis n’a signé aucun autographe. Et de poursuivre sur un ton acerbe :Mince, Presley ne sait rien de l’actualité. Il ne suit pas les choses. Je pensais juste qu’il était un peu stupide. Il était assis sur le bord de sa chaise, penché en avant, les mains jointes et écoutant attentivement pendant que nous posions des questions. Lorsque l’un des journalistes lui a posé une question très difficile sur l’actualité, il a mis son visage dans ses mains tout en essayant de réfléchir à une réponse. Je pense qu’Elvis est tout ce à quoi je m’attendais, sauf intelligent.


Almalee Carter, 18 ans, voit, elle, les choses tout autrement : J’ai spontanément crié lorsqu’un appel est arrivé pour interviewer la dernière folie adolescente américaine. Au début, j’étais dubitative, à quoi pouvait ressembler ce pitre de guitariste en personne ? Mais surtout, j’avais hâte d’approcher ce charmeur d’ Elvis qui fait que les filles foulent les portes des scènes et les vestiaires pour juste un aperçu de leur idole. Nous avons dû nous frayer un chemin à travers une foule excitée, avec une fille aux cheveux bleus, et nous installer dans une loge à l’étage de l’Olympia. Au milieu des cris et des cris, notre héros est arrivé. Au fur et à mesure que les questions étaient posées, des choses fascinantes ont été découvertes. Malgré toutes les Cadillac qu’il possède, sa moto rouge et blanche qui font sa fierté et sa joie, j’ai été intéressé de découvrir que plusieurs de ses chansons les plus populaires lui ont été envoyées par ses fans. Heartbreak Hotel, par exemple, venait de Jacksonville. Ainsi, tous les fans ont maintenant la chance d’écrire une chanson à succès pour leur héros (!)… Trop rapidement, nous avons soudainement dit au revoir à Elvis, sachant que nous venions de parler à l’un des plus grands artistes américains, et nous étions impatients de faire connaître à quel point il était un grand artiste. Résultat de l’interview : Une autre fan inconditionnelle d’ Elvis !
Doris McAbee et Dixie Gilliand, toujours du Miami Herald, de la veille, s’étaient contentés de rendre compte de l’événement, en étant relativement bienveillants : Ce n’était pas le tonnerre, mon pote, c’était un troupeau tonitruant. Le spectacle hors scène était presque aussi bon que celui annoncé. Les jeunes se comportaient extrêmement bien jusqu’à ce que le son de la guitare en cours d’accord dérive de derrière le rideau fermé. Puis le chaos s’est déchaîné ! Recueillants même au passage quelques commentaires de fans : Je pense qu’il est merveilleux, Carol Deuber,Il est vraiment génial, Carol Mancino,Je ne peux pas me taire quand je l’entends chanter, Lucy McHone… Comme quoi, il y a chez certains un réel décalage avec la jeunesse.
Par ailleurs, absolument tout ce que compte la ville de gazettes, n’a pas manqué de se pencher, avec photos à l’appui, sur l’événement. Le Miami Daily News du 4 août, montre en première page la foule des fans difficilement contenue par la police et titre :Un aperçu de la sortie des artistes où Elvis a déclenché des émeutes… On peut lire également dans le même canard : Elvis est juste un Américain moyen anormal… Elvis ne peut pas rester assis pour une interview, il se tord même sur sa chaise… Une autre photo, le montre assis dans sa loge avec pour légende : Les yeux fatigués… normal après de telles prestations. Le Miami News, de son côté, légende ainsi une photo présentant des fans : En attendant l’arrivée d’ Elvis et de sa Lincoln lavande, les premiers fans sont arrivés à minuit et la foule a commencé à grossir à 4 heures du matin… Alors que le journaliste Damon Runyon Jr. écrit : La folie de l’adolescence…et sa danse est artificiellement obscène… cependant que Denne Petitclerc rapporte que :Un océan de cris déferle sur Elvis… et alors qu’il gémit… les gamins deviennent fous, mec, fous… les adolescents se préparent pour un nouveau festival de sensations fortes aujourd’hui… et se permettent même des jeux de mots : Ils rock’n’Riot – émeute – pour Elvis…



















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