Album Elvis

1er au 3 septembre 1956

3 919 mots
17–25 minutes

Voilà à présent que la carrière d’Elvis prend un nouveau tournant, c’est une folie totale, il y a peine huit mois, il faisait sa première apparition à la télévision nationale et là c’est Hollywood qui lui tend les bras. Le tournage du film The Reno Brothers qui va prendre le titre de Love Me Tender se passe on ne peut mieux, Elvis faisant l’unanimité auprès des autres acteurs, aussi bien pour son jeu que pour sa gentillesse.

Dans Love Me Tender, Elvis avait une partie dramatique à jouer, et c’est avec une extraordinaire habileté qu’il en a compris le sens… Quand il est arrivé sur le set, il était très modeste. Il savait qu’il n’avait aucune expérience en tant qu’acteur, et il hésitait à demander de l’aide. Il était très direct, très spontané.

Richard Egan

Pendant ce temps-là, la presse continue à s’acharner sur lui se faisant les choux gras des ravages provoqués par sa dernière tournée en Floride, cependant que certains disc-jockeys refusent de passer ses disques. Il reçoit même des lettres ordurières, allant jusqu’à le menacer de mort. Mais rien n’y fait, la demande de la part des jeunes se fait chaque jour de plus en plus pressante. Et le 31 août, RCA sort pas moins de sept singles d’un coup : Blue Suede Shoes/Tutti Frutti, I Got A Woman/I’m Counting On You, I’ll Never Let You Go/I’m Gonna Sit Right Down And Cry, I Love You Because/Trying To Get To You, Just Because/ Blue Moon, Money Honey/One-Sided Love Affair, Shake, Rattle And Roll/Lawdy, Miss Clawdy

C’est dans ce contexte, profitant de la proximité des studios, qu’une nouvelle session est organisée dans le but de sortir un second album. Une fois la session du 2 juillet terminée, Elvis était reparti avec quelques démos sous le bras dont Anyplace Is Paradise etToo Much qui vont faire ici leurs apparitions, tandis que des titres commeI Ain’t Studying You,BabyNaughty Mama ne seront pas retenus.

Mais d’autres chansons sont évoquées, parmi lesquelles Ooby Dooby enregistrée récemment par Roy Orbison,I Almost Lost My Mind etI Need You So de Ivory Joe Hunter, Shake A Hand de Faye Adam, Don’t Forbid Me qu’enregistrera Pat Boone et même le Rock Around The Clock si cher à Bill Haley et qu’Elvis avait déjà chanté sur scène en 1955. Mais, il reste maître du jeu, les choix définitifs lui appartenant et ils seront, une fois de plus, gagnants. On note également qu’il va se partager le piano avec Gordon Stoker des Jordanaires…

Elvis va démontrer là, si c’était encore nécessaire, ses qualités vocales exceptionnelles, uniques, passant d’un style l’autre, avec une souplesse dans la voix absolument remarquable. Sa voix s’adapte à tous les rythmes avec la même facilité : rock pur et dur, country, rumba, ballade tout en s’accompagnant lui-même au piano…

C’était il y a 70 ans, mais en vérité c’était hier, tant cet album dégage de jeunesse, de vitalité…

1er septembre 1956. Ce premier jour de session se déroule en deux temps. Tout d’abord de 13h à 16h, puis de 17h à 20h. Quatre titres sont mis en boîte, dont le premier Playing For Keeps fera l’objet d’un single et le second deviendra un incontournable. Ça commence bien !

Avec le premier titre enregistré, Playing For Keeps, Elvis retrouve la Sun. On doit, en effet, la chanson à Stanley A. Kesler qui lui avait déjà offert sur le fameux label, I’m Left, You’re Right, She’s Gone et I Forgot To Remember To Forget. De plus l’interprète de la démo n’est autre que Barbara Pittman, chanteuse, elle aussi, à la Sun et, avec qui Elvis avait eu une brève romance. 

Il va mettre en boîte pas moins de dix-huit prises, le master étant constitué de la fin de cette dernière et de la prise 7. Il sortira en single (47-6800), fin 56, en face B de Too Much

A l’image de ses grands classiques, Love Me est devenue inséparable d’Elvis. C’est le duo Willy and Ruth qui l’avait enregistrée en 1954 sur Spark Records (105), le label de Jerry Leiber et Mike Stoller, auteurs de la chanson. La même année, elle sera reprise par Georgia Gibbs sur Mercury. Cependant ces versions passeront pratiquement inaperçues. Mais c’est là que la magie d’Elvis opère, et lorsqu’il l’enregistre, il en offre une version (prise 9) à fleur de peau, d’une sensibilité inouïe, qui tranche totalement, une fois de plus, avec l’originale. 

Love Me ne sortira pas en single, mais, le 19 octobre 56, sous deux formes. Tout d’abord sur l’album Elvis (LPM 1382) et sur le EPElvis Volume 1 (EPA 992)

Elvis interprétera Love Me dès le 28 octobre suivant au cours de l’Ed Sullivan show, à partir de là, puis surtout dans les années 70, elle fera partie intégrante de son spectacle, à l’image du concert Aloha from Hawaii en 1973, et ce jusqu’au dernier le 26 juin 1977. Bien malheureusement, aucune autre prise alternative ne nous est parvenue à ce jour.

How Do You Think I Feel. En mars 1955, dans le Studio Sun, Elvis entre deux versions de I’m Left, You’re Right, She’s Gone, en présence du batteur Jimmie Lott, s’exercent avec les musiciens surHow Do You Think I Feel, une chanson qu’il aimerait bien enregistrée. Elle l’avait été le 12 janvier 54 à Nashville par Red Sovine et Webb Pierce (Decca 29068). Ce dernier l’avait écrite quelques temps plus tôt avec Wayne P. Waker

Ils l’essayent sur un rythme de rumba, mais l’abandonne très vite n’arrivant pas vraiment à s’accorder. Seul un enregistrement de répétition existe où l’on entend surtout Scotty Moore jouant la ligne mélodique et Jimmie Lott, et en fond, Elvis fredonnant quelques bribes de paroles. Cette version n’est sortie officiellement qu’en 1998, dans la collection française Atlas, Elvis la légende (RCA 2868 206). 

Mais comme nous avons eu déjà l’occasion de l’écrire, il était très courant qu’un titre trotte longtemps comme ça dans la tête d’Elvis et qu’il finisse des mois voire des années plus tard à l’enregistrer. C’est le cas de How Do You Think I Feel qu’il mettra ici à son répertoire tout juste dix-huit mois mois plus tard.Il a bien fait de patienter car la version est absolument lumineuse rompant, là encore, avec les précédentes. 

How’s The World Treating You est la dernière chanson
enregistrée le 1er septembre. Bien que la session organisée à Nashville par Chet Atkins, le 14 avril précédent, ne se soit pas très bien déroulée entre celui-ci et Elvis, il semble que le chanteur ne lui en ait cependant pas tenu rigueur. On doit, en effet, ce titre si mélodieux à Chet Atkins et à Boudleaux Bryant. Il lui a été inspiré par la chansonWhat’s News de Johnny Burke et Bob Haggard, dont les premières paroles étaient What’s News, How’s The World Treating You ? Quoi de neuf ? Comment va la vie ?. Cette chanson qui date de 1939 est devenue un classique repris depuis par un nombre incalculable d’artistes.

Le moins que l’on puisse dire, sans jeu de mots, c’est qu’Elvis se balade d’une voix incroyablement pure sur cette très belle ballade où il s’accompagne lui-même au piano. Il la met en boîte en 7 prises, cette dernière étant retenue pour l’album.

2 septembre 1956. Ce deuxième jour de session se déroule, cette fois, en trois temps. De 13h à 16h pour commencer, puis de 16h30 à 19h30 et enfin de 20h à 23h. Six titres sont mis en boîte, dont Too Much, seul titre de la session à ne pas être retenu pour l’album.

When My Blue Moon Turns To Gold Again. C’est après avoir refusé bon nombre de démos qu’Elvis décide de débuter ce deuxième jour par ce classique de la country, dont il ne se rappelle pas toutes les paroles et omet, comme cela lui arrive parfois, deux couplets. Peu importe, il en donne une nouvelle fois une version où le rythme et le phrasé sont très éloignés de celles qui ont précédé. 
When My Blue Moon Turns To Gold Again a été écrite, en 1941, par Wiley Walker et Gene Sullivan qui l’enregistre la même année pour Columbia (20264). La chanson a été inspirée à Wiley Walker alors qu’il traversait sous la pleine lune l’Ouest du Texas. Au fur à mesure qu’il avançait le lever du jour pointait et il nota alors les changements de couleurs de l’astre qui passait de nuances bleues à des nuances dorées. La chanson était née. 

C’est la dernière prise, la 10, qui sera conservée pour figurer sur l’album et sur le EP. A cette époque, Elvis l’inscrira épisodiquement à son répertoire sur scène comme au Louisiana Hayride, le 15 décembre 1956 ou lors de son passage à l’Ed Sullivan Show, le 6 janvier 1957. Il la reprendra à nouveau lors de son Comeback ‘68 et plus anecdotiquement par bribes en concert dans les années 70.

Avec Long Tall Sally, nous sommes en présence de l’un des plus grands classiques du Rock&Roll, un véritable chef d’œuvre repris par pratiquement tous les pionniers, mais également par plusieurs générations de rockers, même aujourd’hui encore. On le doit à trois auteurs : Enotris Johnson, Robert « Bumps » Blackwell et Richard Penniman qui n’est autre que le légendaire Little Richard. Selon ce dernier, elle a été écrite dans un bus Greyhound du dépôt de Macon, sa ville natale.Long Tall Sally, c’est tout d’abord intituléThe Thing puis Bald-Headed Sally avant de prendre son titre définitif. Little Richard l’enregistre le 7 février 1956 dans le Studio J & M de la Nouvelle-Orléans pour Specialty (572). Le single occupe la première place du classement Rhythm&Blues pendant six semaines et se place également 6ème dans le Top 100, ce qui restera pour toujours le meilleur classement single de Little Richard. La chanson atteindra également la 3ème place en Angleterre. Dans la foulée, début mars 56, Long Tall Sally est enregistrée par Pat Boone (Dot 15457) dans le Studio Universal Recording Corporation de Chicago et va lui offrir une superbe 8ème place au Top.

Elvis ne va pas attendre d’entrer en studio pour la reprendre à son compte. Dans un premier temps, il va la mettre à son répertoire sur scène, dès les premiers mois de 1956,comme à Las Vegas le 6 mai 1956. Il l’interprète ainsi régulièrement dans les mois qui suivent, à Little Rock le16 mai ou à Tupelo en septembre. Toutes ces versions nous parviendront bien des années plus tard. Elvis ne l’enregistre finalement que ce jour où la prise 4 sera conservée pour figurer sur l’album. 

Pour preuve de l’attachement d’Elvis à Long Tall Sally, il la reprendra dès février 1970 à Las Vegas, puis en 1973 en medley avec plusieurs classiques du R&R. Elle apparaît même en medley avecWhole Lotta Shakin’ Goin’On dans le show Aloha From Hawaii.

Old Shep est une chanson écrite par Red Foley et Arthur Willis en 1933. Red Foley, considéré comme l’un des pères fondateurs de la Country Music, avait 19 ans quand son chien, un berger allemand, surnommé Hoover fut empoisonné pas des voisins. Il en découlera cette triste complainte qu’il enregistrera en 1940 pour Decca (46052). 

Elvis l’interprète, le 3 octobre 1945, au radio-crochet pour enfants qui a lieu à la Mississippi-Alabama Fair and Dairy Show de Tupelo. Suivant les souvenirs, il y gagne le second où le cinquième prix, c’est cette dernière hypothèse qu’il confirmera lui-même bien des années plus tard au cours d’une interview. 

Bien que qualifié de niaiserie à faire pleurer par certains « spécialistes », Elvis le fidèle, n’hésitera pas à reprendre Old Shep à son compte avec beaucoup de sincérité et une sensibilité à fleur de peau. A tel point que bien que mise en boîte en cinq prises, ce sera la première qui figurera sur l’album Elvis. Il ne reprendra jamais la chanson par la suite si ce n’est que quelques bribes ici ou là en concert dans les années 70.

Paralyzed. C’est Otis Blackwell, déjà auteur de Don’t Be Cruel, qui a écrit Paralyzed spécialement pour Elvis et qui en a interprété lui-même la démo. La chanson sera créditée, elle aussi, de leurs deux noms. Elle est mise en boîte en douze prises. Cette dernière, avec une partie de la prise 5, constituera le master destiné à figurer sur l’album et sur un EP.  Devant la flamboyance de l’interprétation, Otis Blackwell, regrettera qu’elle n’ait pas été éditée en single. Selon lui RCA n’était pas en mesure de le faire, car le mot Paralyzed risquait de heurter une partie de l’opinion par rapport aux handicapés. Il n’en ira pas de même en Angleterre où sortie en single (HMV 378), elle atteindra une belle 8ème place. Au cours de la session informelle du Million Dollar Quartet, qui aura lieu le 4 décembre suivant, Elvis dira souhaiter chanter la chanson sur un tempo plus lent à la manière dont Jackie Wilson des Dominoes interprétait Don’t Be Cruel, et il s’exécutera. Il la reprendra sur scène épisodiquement à l’époque, comme lorsde son dernier passage au Louisiana Hayride, le 15 décembre suivant, version apparue, en 2011, dans le coffretYoung Man With The Big Beat (Sony/RCA/Legacy 88697 93534 2). 

Too Much. Ce grand classique du répertoire du King a été composé par Lee Rosenberg et Bernard Weinman et enregistré sans succès, en 1954, par Bernard Hardison (Republic 7111). La même année, il est repris par Judy Tremaine (Coral 61150), puis en 1956 par Frankie Castro (Mercury 70873) sans plus de réussite. Il avait été dit un temps que Lee Rosenberg avait proposé la chanson à Elvis, alors qu’ils étaient dans un train qui les menait à Los Angeles. L’auteur démentira plus tard cette histoire. 

Elvis l’enregistre en douze prises. Le master sera constitué de cette dernière et d’une partie de la prise 2

Naturellement, comme toujours, Elvis s’approprie totalement la chanson lui donnant une tonalité toute particulière, en effectuant notamment avec les Jordanaires un travail extraordinaire, cependant que le solo de Scotty Moore l’est tout autant :Je ne sais comment ça m’est arrivé, mais dans ma partie solo, je me suis retrouvé dans une étrange clé, étrange pour la plupart des guitaristes. C’est-à-dire qu’au moment de le lancer, j’étais complètement perdu. Je ne savais plus où j’en étais. L’expérience que j’avais acquise ces derniers mois sur scène avec Elvis, m’avait appris que dans ces cas-là mieux vaut se lancer en avant, et continuer. C’est ce que j’ai fait. Et c’est comme cela que c’est sorti sur disque. 

Too Much sort en single (47.6800) en janvier 1957 avec en face B Playing For Keeps. Le 6 janvier 1957, Elvis reprendra la chanson lors de son troisième passage à l’Ed Sullivan Show. S’il la chantait fréquemment sur scène à l’époque, il en restera là.

Anyplace Is Paradise. Cette superbe ballade bluesy a été écrite par Joe Thomas. Elvis lui doit égalementI’m Gonna Sit Right Down And Cryco-écrite avec Howard Biggs, des références sérieuses, les deux hommes étant à l’origine de groupes tels que The Ravens ou encore The Beavers. Leurs chansons seront reprises par les plus grands. Curieusement, Elvis passe vingt-deux prises à la mettre en boîte, alors que l’on a l’impression qu’il se promène avec une aisance déconcertante aussi bien sur la ligne rythmique que sur le chant, soutenue merveilleusement par la basse de Bill Black et le piano de Gordon Stoker. Cette dernière prise figure également sur l’album, ainsi que sur le EP Elvis Vol. 2. Elvis ne la reprendra pas par la suite. 

3 septembre 1956. Ce dernier jour de session va se dérouler en deux temps. De 14h à 17h et de 17h30 à 20h30. Seulement trois titres vont être mis en boîte, mais quels titres, le King du R’n’R est aux commandes avec au beau milieu une ballade de rêve, un pur joyau.

On doit Ready Teddy à John Marascalco et Robert « Bumps » Blackwell. Enregistrée par Little Richard, elle sort en juin 1956 en face B d’un single (Specialty 579) où l’on trouve en face A Rip It Up. Il s’offrira une belle première place dans le classement R&B.Ready Teddy atteignant de son côté la 44ème place du Top 100. Ce rock pur et dur, aura le privilège d’être interprété la même année par celui-ci dans le film mythique, The Girl Can’t Help It – La blonde et moi. Il aurait cependant pu en être autrement. En effet, si, lorsque John Marascalo proposa en 1955Rip It Up à Sam Phillips, Elvis l’avait enregistré en premier, il y a de forte chance qu’il en fut de même pour Ready Teddy. Il s’agit en fait d’une expression du Sud qui signifie que lorsqu’une fille est chaude bouillante, elle est Ready Teddy. John Marascalco : J’aime les versions d’Elvis de Rip It Up et Ready Teddy. Il en offre ses propres interprétations et j’adore quand il chante cette dernière à l’Ed Sullivan Show. Elvis était différent. C’était le patron. Il avait un magnétisme et des qualités innées qui faisaient qu’il était unique. Elvis l’enregistre en douze prises, cette dernière étant retenue pour l’album. A peine une semaine plus tard, le 9, il l’interprète en live au cours de sa première prestation dans le show d’Ed Sullivan. Une interprétation royale, l’une des meilleures de cette période au cours de laquelle il la reprendra régulièrement sur scène, comme le 26 septembre à Tupelo. Devenue un standard, Ready Teddy fera le bonheur par le monde de plusieurs générations de rockers.

LES DISQUES

L’ALBUM ELVIS (LPM 1382) 
Le second album d’Elvis sort tout juste sept mois après le premier, le 19 octobre 1956. Ce qui dans un marché qui s’ouvre tout juste à ce nouveau format relève de l’exploit. Il est important de souligner qu’à présent, on ne l’appelle plus que par son seul prénom : ELVIS. L’album, bien que contrarié par la présence de trois EP reprenant les mêmes titres –Elvis Vol. 1 et 2 et le Strictly Elvis qui sortira en janvier 57 – et qui obtiennent des scores remarquables dans leur catégorie, enlève les mêmes ventes que l’Elvis Presley. Il se classe n° 1 pendant cinq semaines et reste 32 semaines présent au Billboard. Devenu mythique à l’image du premier, qui peut dire aujourd’hui à combien de millions d’exemplaires il a été vendu, en 70 ans, par le monde !…

Il propose douze titres dont 11 enregistrés du 1er au 3 septembre 1956 : Rip It Up, Love Me, When My Blue Moon Turns To Gold Again, Long Tall Sally, First In Line, Paralyzed, Old Shep, Ready Teddy, Any Place Is Paradise, How’s The World Treating You, How Do You Think I Feel, seul So Glad You’re Mine provient de la session du 30 janvier 1956. 

L’album Elvis sort en France dès 1956 avec tout d’abord la référence américaine (LPM 1382), puis quelques mois plus tard, en 1957, sous une nouvelle référence (430231). Il sera réédité en permanence jusqu’à la fIn des années 80, puis bien naturellement en CD dans les années qui suivent…

Il faut noter cette particularité en son verso, où l’on trouve un texte relatant les premiers pas d’Elvis à New York en janvier 1956 pour son premier passage télé et où l’on trouve déjà cette interrogation :Pourquoi ce succès ? Pourquoi ce raz de marée qui a emporté dans une admiration sans réticence jeunes et vieux, petits et grands !

LES EP

Comme souligné plus haut, alors que la session fait l’objet d’un album, RCA sûr de son coup, va également disperser tous ses titres sur trois EP, qui contrairement à ce que l’on aurait pu croire ne viendront en rien entamer les scores de celui-ci. En cet année 1956, le King domine tous les domaines de la tête aux pieds !…

Le EP Elvis Volume 1 (EPA 992), sort le 19 octobre 1956 et se classe, lui aussi, à la première place de sa catégorie. Il propose quatre titres issus de la session : Rip It Up, Love Me, When My Blue Moon Turns To Gold Again, Paralyzed.  Il est certifié Double Platine. Publicité de RCA : Le plus fabuleux 45 tours (EP) de l’histoire du disque Un record de plus !

Le EP Elvis Vol. 2 (EPA 993), sort le 1er novembre 1956 et s’ouvre sur le seul titre provenant de la session du 30 janvier 1956 : So Glad You’re Mine et propose également : Old Shep, Ready Teddy, Anyplace Is Paradise. Il est certifié Or.

Le EP Strictly Elvis (EPA 994), dernier de la série, sort le 25 janvier 1957. Il comprend : Long Tall Sally, First In Line, How Do You Think I Feel, How’s The World Treating You.

A noter que sorti au Royaume Uni en janvier 1957, puis en décembre 1959, avec une composition différente : Old Shep, Any Place Is Paradise, Paralyzed, Is It So Strange, il a atteint la première place du classement où il s’est maintenu pendant cinq semaines.

LES SINGLES

Too Much sort en single (47.6800) le 4 janvier 1957 avec en face B Playing For Keeps. Il atteindra la première place du classement Best Sellers et la deuxième du Top 100, restant à cette place pendant quatre semaines, totalisant 17 semaines de présence et dépasse les deux millions d’exemplaires. Il sera certifié Platine Too Much se classera également à une belle 6ème place dans les charts anglais.

MADE IN FRANCE

Cette session montre bien, alors que le phénomène Elvis n’est apparu que depuis quelques mois, l’impact de sa musique sur la France. Tous les spécialistes de l’adaptation vont à chaque sortie adapter sans tarder les nouvelles chansons et les déposer à la Sacem en attendant une éventuelle interprétation. Un bon nombre d’ailleurs ne trouveront d’interprète que plus tard dans le temps…Parmi les titres déposés sans trouver d’interprète on trouve notamment :Playing For Keeps déposé sous le titre Sans t’avoir vue sur des paroles de G. Favereau, How Do You Think I Feel sous le titre Sous le soleil de mai paroles de R. Desbois, When My Blue Moon Turns To Gold Again sous le titre Amis pour la vie paroles de Jean Eigel, Paralysed sous le titre Ça m’fait tout drôle paroles de F. Guiot et R. Cotte, Anyplace Is Paradise sous le titreToi mon paradis paroles de J. Coulon.

Love Me, a fait tout d’abord l’objet d’une adaptation par Jean Portel qui a conservé le titre original, mais qui n’a jamais été interprétée. A l’inverse, elle a été reprise au Canada sous le titre La vie par le groupe César et les Romains. On notera également, que Love Me a donné son titre, en 2000, à un film de Laëtitia Masson avec pour interprète Johnny Hallyday, mais aussi que Jean Dujardin « la chante » dans le film Lucky Luke sur la version du King.

Long Tall Sally a fait l’objet en France de trois adaptations. Tout d’abord sous le titre de L’oncle John, paroles de Gisèle Vesta, qui sera interprété par Rocky Volcano, en 1961, puis par les Vautours et El Toro et les Cyclones, ainsi que par Eddy Mitchell – avec des paroles légèrement différentes. Elle deviendra ensuite Sally avec des paroles de Ralph Bernet et sera reprise par Johnny Hallyday, en 1964, puis par Burt Blanca. Elle fera l’objet ensuite d’une troisième version sous le titre de Oh ! Sally, paroles de Michel Mallory, interprétée à nouveau par Johnny Hallyday en 1975, puis par Claudia Colonna.

Too Much a été adaptée en France dès sa sortie par L. Castel et E. Castinel sous le titreSensas ! La chanson est interprétée tout d’abord par Claude Bolling et son orchestre, puis en 1962 par Les Loups Garous et Ricky Sailor.

Ready Teddy a été adaptée par Claude Moine alias Eddy Mitchell, en 1963, qui lui conserve son titre original. En 1964, elle est reprise, cette fois, par Johnny Hallyday sur des paroles de M. Roblin, sous le titre Belle.

Rip It Up a d’abord fait l’objet d’une première adaptation par Gisèle Vesta sous le titre J’ai le cœur qui danse, mais qui ne trouvera pas d’interprète, puis en 1963 elle devient pour Eddy Mitchell C’est le soir, dans une adaptation de Gisèle Vesta et Claude Moine.

MUSICIENS

Guitares : Scotty Moore, Elvis Presley

Contrebasse : Bill Black

Batterie : D.J. Fontana                                  

Piano : Gordon Stoker, Elvis Presley

Choristes : The Jordanaires

Ingénieur : Thorne Nogar

Producteur : Steve Sholes

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