The King’s Albums : His Hand In Mine

30 et 31 octobre 1960. RCA Studio B, Nashville / Tennessee

5 249 mots
22–33 minutes

« … je pense qu’il chantait le Gospel avec encore plus de révérence que pour n’importe quel autre style. Son esprit était totalement connecté spirituellement. » 

                                                                                                                                                                  Mosie Lister

Elvis va devoir désormais se partager entre Memphis et Hollywood qui n’est pas décidé, bien au contraire, à le laisser partir et il va à présent enchaîner tournage sur tournage. Il décide alors de louer une maison à Los Angeles dans le quartier résidentiel de Bel Air, au 565 Perugia Way. Mais ce n’est pour autant, qu’il va renoncer à sonprojet d’album Gospel, à chanter ce qui est essentiel pour lui. Loin de tout intérêt commercial, cependant qu’aucun artiste n’a atteint de tels sommets, qu’il pourrait très bien poursuivre dans les registres qui sont dans l’air du temps, il va, une fois de plus, avoir le culot de rompre avec tout cela pour chanter une musique qui, hors des USA, est totalement inconnue du monde entier. Cet album est une véritable gageure, un acte de foi…

Le répertoire, comme a pu s’en rendre compte le Golden Gate Quartet lors de leur rencontre à Paris en janvier 1960, il le connaît par cœur, il l’a dans les tripes, qu’il s’agisse du Negro Spiritual ou du Gospel blanc, il s’agit avant tout de ses racines. Il n’y a d’ailleurs que les intégristes qui aveuglés, sépareront les genres, alors que les plus grands artistes à l’image de Mahalia Jackson, loin des phénomènes de modes, s’en inspireront. 

C’est un très large échantillonnage qui est alors proposé et envisagé par Elvis, parmi lequel on trouve des titres comme, I’ll Meet You In The Morning de Albert E. Brumley,When You Travel All Alone de Mosie Lister, Room At The Cross de Ira Stamphill, Angels In The Sky de Dick Glasser, Over The Moon de V.B. Ellis ou encore des classiques tels que Jezebel, Jesus Is The One, God’s Gonna Cut You Down et même You’ll Never Walk Alone et Only Believe qu’Elvis enregistrera définitivement quelques années plus tard. 

C’est alors que l’album G.I. Blues fait son entrée à la 6ème place du Billboard qu’Elvis fait, avec tout son entourage, le trajet en bus spécial Memphis/Nashville pour enregistrer, en une seule nuit de 18h30 à 8h du matin, pas moins de quatorze chansons qu’il va dans leur très grande majorité arranger lui-même. Et bien que restant dans la tradition et il va en réaliser des interprétations très personnelles. Etonnamment, alors que RCA ne manque absolument pas de matériel à single, va être enregistrée également une adaptation du célèbre Bel Canto Torna a Sorrento devenu sous la plume de Doc Pomus et Mort Shuman, Surrender. Un défi relevé haut la main par le King !… 

30 OCTOBRE 1960 

C’est un Elvis, casquette sur la tête qui, à peine sorti du bus, pose avec Judy Velvet et le batteur Bill Lynn qu’il retrouve ensuite dans le studio avec Jimmy Velvet. On remarque qu’il a un bandage à la main droite après qu’il se soit fracturé le petit doigt au cours d’un match de football avec ses amis, le 16 octobre précédent.

C’est à 18h30 que débute cette session hors norme où, une fois de plus, Elvis va réaliser en une seule nuit l’exceptionnel, un sans faute absolu, que des interprétations… faisant montre d’une souplesse inouïe dans la voix. Cette première séance où seront enregistrés trois titres se terminera à 21h30… 

Le premier titre enregistré, Milky White Way, est un standard du Gospel attribué à Landers Coleman, le leader du groupe The Coleman Brothers qui l’enregistre en 1944 (Manor 101). Cependant, les crédits sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328) indiquent que la chanson a été adaptée et arrangée par Elvis sans mention de l’auteur. C’est le groupe noir, The Trumpeteers qui la popularise en 1947 (Score 5001) et visiblement c’est à celle-ci que le King pense en l’enregistrant. Sept prises sont mises en boîte, cette dernière étant retenue pour l’album. Il passe ensuite au Gospel qui va donner son titre à l’album, His Hand In Mine. On le doit à Mosie Lister, compositeur de chants religieux très prolifique, et baryton dans le groupe The Statesmen Quartet, l’un des préférés du King, qui comptait, entre autres, dans ses rangs Jake Hess qu’il vénérait. A tel point que le groupe sera présent à ses funérailles. Mosie Lister : Quand Elvis a enregistré son premier album Gospel, il y a inclus deux de mes chansons, His Hand In Mine et He Knows Just What I Need qu’il connaissait déjà. Je ne suis pas très bon au piano, mais j’aime en jouer. Je m’amusais à improviser et je suis arrivé à cette mélodie que j’ai gardé à l’esprit pendant des années sans trouver les mots. J’étais sur la route pour le travail et je retournais à Atlanta, lorsque la mélodie m’est revenue. Je me suis rangé sur le bord de la route et Dieu a commencé à me dicter immédiatement les paroles. Arrivé chez moi à Atlanta toute la chanson était dans ma tête. Je voulais juste écrire quelque chose qui évoquait ma relation personnelle avec Dieu et ça a donné cette chanson. De toute évidence Elvis l’aimait, il avait vu les Blackwood Brothers la chanter. Son interprétation est absolument merveilleuse. Elvis c’était de la dynamite, mais je pense qu’il chantait le Gospel avec encore plus de révérence que pour n’importe quel autre style. Son esprit était totalement connecté spirituellement. 

The Statesmen enregistrent His Hand In Mine en 1953 (Statesmen 1035). Elvis va reprendre la chanson à son compte en seulement cinq prises. Le master étant constitué de cette dernière et de la fin de la prise 4. Comme le dit si bien Mosie Lister, l’interprétation d’Elvis est une vraie merveille, les voix des choristes le soutiennent parfaitement, cependant que les harmonies chantées par Charlie Hodge sont en parfait accord avec la sienne. Une pure merveille ! 

Le troisième titre de cette première tranche horaire,I Believe In The Man In The Sky, a été écrit par Richard Howard et enregistré, en 1953, par Bill Kenny des Ink Spots ((Decca 28868), l’un des groupes favoris d’Elvis. Ce très beau Gospel est, là encore, enregistré en seulement quatre prises. L’ensemble des voix fait merveille, celle d’Elvis s’envole littéralement, un véritable velours. Outre que cette dernière figure naturellement sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328),I Believe In The Man In The Sky fera l’objet, en avril 1965, de la face B du single Crying In The Chapel.

Le groupe après une courte pause, reprend à 22h pour mettre en boîte, jusqu’à 1h du matin le 31 octobre, trois titres avec une chanson qui va rompre totalement pendant quelques instants avec la session Gospel, Surrender…

He Knows Just What I Need est le deuxième Gospel emprunté pour l’album, après His Hand In Mine, à Mosie Lister qui l’avait écrit en 1954. C’est celui qui demandera aussi le plus grand nombre de prises, dix. En effet, l’idée de départ était de laisser à Charlie Hodge une partie solo dans la montée, mais celle-ci intervenant trop vite, gênait le ténor. La partie sera finalement assurée par Millie Kirkham, mais sans le même effet, sa voix se mêlant à l’ensemble des choristes. La prise 10 figurera naturellement sur l’albumHis Hand In Mine (LSP 2328). La chanson qui a été titrée parfois Jesus Knows What I Need, figurait, en 1955, en face B du single du Statesmen Quartet, I Believe In The Man In The Sky (Statesmen 1041). 

Surrender. Avec le King, on n’est jamais au bout de ses surprises. En effet, cette première série de Gospel va être interrompu un temps, car comme on le sait, le retour du King à la vie civile a provoqué un véritable séisme et une avalanche de n° 1. L’année 1960 est incontestablement à marquer d’une pierre blanche. Le succès mondial de It’s Now Or Never ne pouvait rester sans suite et l’on demanda à Doc Pomus et Mort Shuman d’écrire une nouvelle version de Torna a Surriento, une chanson d’origine italienne qu’Elvis aimait beaucoup. La chanson écrite, semble-il, en 1902 – édité en 1905 – par Giambattista de Curtis avait déjà fait l’objet, au cours du temps, aux USA, de plusieurs adaptations, Torna a Sorrento, Return To Sorrento…Elle avait été reprise, notamment, par deux artistes qu’Elvis affectionnait particulièrement, Mario Lanza et Dean Martin, sous le titre Come Back To Sorrento. 

Giambattista de Curtis, peintre et poète italien, est surtout connu aujourd’hui comme grand parolier de chansons. Amoureux de Sorrente, il passait six mois de l’année au Grand Hotel de Guglielmo Tramontano, le maire de la ville. Il aurait écrit la chanson, à la demande de ce dernier, avec son frère Ernesto, pour honorer la présence dans la ville de Giuseppe Zanardelli, alors premier ministre d’Italie. Cependant, certaines sources indiqueraient que la chanson aurait déjà été travaillée précédemment. Quoi qu’il en soit, on est là en présence d’un véritable petit chef d’œuvre à qui des artistes d’exceptions, à commencer par Enrico Caruso, Franco Corelli ou encore Luciano Pavarotti donneront ses lettres de noblesses dans des interprétations absolument lumineuses. Un véritable défi donc, qu’Elvis était bien déterminé à relever, démontrant, s’il en était encore besoin, son exceptionnel éclectisme. Une fois de plus et comme toujours, il va la faire sienne, làoù on ne l’attendait pas, et naturellement sur un tempo très éloigné de l’originale. Mort Shuman :Je ne sais pas qui a eu l’idée, ce n’est ni moi ni Doc, mais à la suite du succès de It’s Now Or Never quelqu’un a eu la bonne idée de vouloir faire chanter à Elvis Come-Back To Sorrento. Doc qui lui en avait toujours de bonnes, changea Sorrento par Surrender. Je ne sais comment nous avons obtenu ce rythme bizarre, ce n’était pas en tout cas dans le style bluesy, mais ça a marché et j’en étais très fier, nous avions juste revisité totalement une vieille chanson. A un passage de la démo, il y a un break où nous passons de mineur en majeur : won’t you please surrender to me ? et Elvis a conservé la manière dont je le faisais.  

Si les premières prises ressemblent assez, en effet, à la maquette de Mort Shuman, dès la quatrième, Elvis va se rapprocher de sa tournure définitive. Il va s’attarder cependant à retravailler, uniquement le final en huit prises, – avec l’aide de Ray Walker des Jordanaires – pour aboutir à une montée absolument éblouissante. La prise 4 est l’officielle, couplée avec la prise 8 sur le final retravaillé. 

A noter qu’en France, elle fera également l’objet du premier « compact 33 tours double » (33.001), un format qui ne fera pas long feu. Il faut se replonger dans l’époque pour se rendre compte de l’impact incroyable de Surrender, en France comme ailleurs, qui à la suite de It’s Now Or Never remettra bien des pendules à l’heure en offrant à Elvis la reconnaissance même des plus sceptiques, mais surtout de ses pairs. Rééditée chez nos amis anglais en 2005, la chanson atteindra à nouveau la 2ème place du classement ! Bien malheureusement et on le regrettera, Elvis ne reprendra parfois que quelques bribes, ici ou là sur scène, comme le 21 août 1969 minuit à Las Vegas et le 6 mai 1973 à Lake Tahoe ou bien encore a cappella, en plaisantant façon opéra, lors des sessions de décembre 73 chez Stax. 

ET LA VOIX D’ELVIS…

Surrender, nous donne l’opportunité de revenir sur cette voix unique qui a su toucher au cœur plus qu’aucune autre. Le King, c’est à la fois une musique, un style, une attitude et une génération. Mais c’est tout d’abord une voix, cette voix légendaire de baryton et de ténor autodidacte capable de s’étendre au-delà de deux octaves, d’un sol1 de baryton jusqu’au si3 d’un ténor. Elvis consacrera ses talents vocaux au rock’n’roll, mais il ne manquera pas pour autant d’impressionner les plus grands noms du monde de l’opéra, genre pourtant aux antipodes en termes de style et surtout de technique vocale. 

En vérité qui d’autre qu’Elvis avait ce don unique de pouvoir tout chanter, cette facilité de passer d’un style à l’autre avec une aisance exceptionnelle, qui d’autre ? Et qu’il y a-t-il de plus enrichissant que d’obtenir la reconnaissance de ses pairs, et ce qui est remarquable c’est que celle-ci soit venue de tous les styles qu’il a abordé à commencer par celui de King of R’n’R, mais il en été de même pour le Blues, le Gospel, la Country, la Romance… Et plus notable encore par ceux venant du Bel Canto. Priscilla Presley affirmait de son côté, en 2015 : Elvis aimait les grandes voix d’opéra. Je suis sûre que, s’il avait vécu, il aurait chanté des opéras… Mais quoi de mieux que d’écouter ce qu’en disent les spécialistes…

Stefan Rerat, professeur de chant, chef de chœur et chanteur lyrique : Lorsqu’on écoute des titres comme Surrender, on constate qu’Elvis est intuitif, instinctif. Ses origines lui ont permis d’avoir la voix qu’il a. Surprenant lorsque l’on sait qu’il n’a jamais pris aucun cours ni travaillé sa voix. Certains peuvent vouloir faire lyrique en exagérant les vibratos, mais dans le style d’Elvis il y a un vibrato parce que c’est un véritable chanteur. Il aurait pu être chanteur lyrique s’il avait été imprégné de cette culture. Parfois, il a une couleur baryton plutôt que ténor, un peu comme Plácido Domingo. Elvis arrive à avoir des aiguës comparable à celles d’un chanteur lyrique. Il n’y a pas d’équivalence, je ne connais personne capable de faire la même chose. 

Revenons précisément sur les propos du célèbre ténor espagnol Plácido Domingo qui se confiant, en 1994, au magazine espagnol ¡Hola! disait :que la voix d’Elvis était celle dont il avait toujours rêvé. Il a notamment loué plusieurs qualités uniques chez Elvis :

• La puissance et la souplesse : Il a noté qu’Elvis pouvait passer d’un murmure intime à une puissance rugissante à vous en donner des frissons. 

• Le timbre et la couleur : Il a souligné qu’Elvis avait une voix unique, riche en nuances et dotée d’un timbre bien particulier.

D’autres grandes figures de l’opéra ont également exprimé une grande admiration pour la voix d’Elvis Presley, comme la soprano Kiri Te Kanawa qui le considérait comme l’un des plus grands chanteurs de sa vie, ou Luciano Pavarotti.

Lors d’une interview télévisée sur la BBC en 1998, à la question « qui a la meilleure voix ? », la célèbre soprano néo-zélandaise dame Kiri Te Kanwa a répondu sans hésiter : le jeune Elvis Presley, sans aucun doute, c’était le meilleur chanteur que j’ai jamais entendu de ma vie.
On pourrait citer également, la diva Montserrat Caballé : J’étais et je reste une fan d’Elvis Presley… Luciano Pavarotti : Si je souhaitais avoir une voix, ce serait celle d’Elvis Presley… ou encore Andrea Bocelli. Le ténor italien, véritable star du genre « crossover », est un grand admirateur d’Elvis, dont il reprend régulièrement ses classiques… Mais aussi Roberto Alagna qui dans sa préface pour le livre de Jean-Marie Pouzenc, Un homme, toute la musique : Il représentait pour moi un modèle de perfection aux surprenants contrastes… La voix chaude barytonale, veloutée, langoureuse, douce, se faisant soudainement « rockaïeuse », énergique, animale. Un sens du rythme libre, mais aussi rigoureux, diaboliquement contagieux.

A partir de là il est une évidence, le King trouve naturellement sa place parmi les grands interprètes de Torna a Surriento : de Enrico Caruso et Giuseppe Di Stefano à José Carreras en passant par Andrea Bocelli, Plácido Domingo et bien sûr Luciano Pavarotti… qui à l’inverse d’Elvis bénéficie le plus souvent d’orchestration incroyable.

Le titre suivant, Mansion Over The Hilltop, est un Country Gospel basé sur le récit d’un vieux prêcheur, écrit, en 1949, par Ira Stanphill prêcheur lui-même au Nouveau Mexique. Il sera créé, en 1951, par Jimmy Davis And The Anita Kerr Singers (Decca 14590) et deviendra un classique repris par de nombreux artistes du genre, notamment par des chorales. Trois prises suffiront à Elvis, qui s’intègre parfaitement aux chœurs, pour le mettre en boîte. La dernière sera retenue pour figurer sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328). A noter qu’un autre gospel de Ira Stanphill, Room At The Cross, avait été proposé à Elvis pour cette session.

Il est à présent une heure-trente du matin et le groupe bien en voix va poursuivre avec, notamment, des titres enlevés comme les classiques Joshua Fit The Battle et Swing Down, Sweet Chariot, empruntés au Golden Gate Quartet…

In My Father’s House. On doit ce pur Gospel basé sur le verset de la bible, Jean 14:2 – Dans la Maison de mon Père, nombreuses sont les demeures… -, à Aileene Hanks qui l’a écrit en 1953. Il est créé l’année suivante par The Blackwood Brothers (Blackwood Bros. 1181) qui l’intégreront également, en 1960, dans l’album Sunday Meeting Time (Skylite 5967).
Elvis va s’approprier In My Father’s House en huit prises, la dernière étant retenue pour figurer sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328). On note qu’il laisse le soin à la voix basse des Jordanaires, Ray Walker, d’interpréter les deux premières lignes du dernier couplet.

Le spiritual traditionnel, Joshua Fit The Battle, aurait été composé par des esclaves noirs au cours de la première moitié du 19ème siècle et aurait été déposé, en 1865, par Jay Roberts. Intitulé également parfois, Joshua Fought The Battle Of Jericho, son premier enregistrement connu est celui des Harrod’s Jubilee Singers (Paramount 12116) qui date de 1922. Il est popularisé en 1930 par Marshall Bartholomew, puis dans les années 40 par Thelma Carpenter (Majestic 1104), mais c’est le groupe The Golden Gate Quartet qui lui donnera, en 1949, ses lettres de noblesse et influencera, tout comme celle d’Elvis, les nombreuses versions qui suivront. Les paroles se rapporte au passage de la bible évoquant la bataille de Jéricho, au cours de laquelle Joshua a mené les Israélites contre Canaan (Joshua 6:15-21). Cependant, comme c’était le cas pour beaucoup d’autres spirituals, les mots avaient une signification cachée se rapportant souvent à l’abolition de l’esclavage, ici par exemple : And the walls came tumblin’ down… – Et les murs tomberont…. Le rythme ayant bien entendu également une part déterminante.
Il est fort probable que la rencontre d’Elvis avec le Golden Gate Quartet dans la loge de Line Renaud au Casino de Paris, en janvier 1960, ait influencé largement sa décision d’enregistrer Joshua Fit The Battle qu’il adapte et arrange lui-même, comme l’indique les crédits. On notera que du titre est absent le nom de Jericho.

Ici sur la photo, Clyde Wright le leader du Golden Gate Quartet avec Monique et Jean-Marie Pouzenc, le 13 juin 2009, pour les 50 ans de la venue d’Elvis à Paris, organisée par Elvis My Happiness.

Il connaît bien la chanson qu’il enregistre en seulement quatre prises. Il faut dire qu’il excelle dans ce style, à tel point que lors de la sortie de l’album en France, au cours d’un jeu organisé dans l’émission de Daniel Filipacchi, Pour ceux qui aime le jazz, sur Europe n° 1 où au milieu des spécialistes du genre est glissée l’interprétation du King, celle-ci sera plébiscitée par les auditeurs, tout comme Swing Down, Sweet Chariot. Joshua Fit The Battle ouvrira la face B de l’album His Hand In Mine (LSP 2328) et fera par ailleurs l’objet d’un single, en février 1966, avec en face B Known Only To Him (447-0651). 

SWING DOWN, SWEET CHARIOT

Swing Down, Sweet Chariot est basée sur la chanson Swing Low, Sweet Chariot qui aurait été composé par Wallis Willis, qui fût un temps esclave des Indiens Choctaw. Il se serait inspiré de la Rivière Rouge qui se jette dans le Mississippi et qui lui rappelait le Jourdain, ainsi que par le prophète Élie qui aurait rejoint le paradis dans un chariot. A la fin de la Guerre de Sécession le pasteur Alexander Reid, aurait entendu la chanson et en aurait retranscrit paroles et mélodie. Celle-ci parvient, vers 1870, à l’Université de Fisk à Nashville dans le Tennessee et est reprise alors par les Fisk Jubilee Singers qui la popularisent et l’enregistrent dès 1909 (Victor 16453). En 1917, elle est arrangée cette fois par Henry Thacker Burleigh et reprise depuis, à toutes époques, par les plus grands interprètes. C’est là encore, le Golden Gate Quartet auquel Elvis pense en enregistrant sans difficulté – quatre prises – ce grand classique qu’il porte en lui depuis toujours et dont il va devenir la référence. Si Swing Down, Sweet Chariot figure naturellement sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328), il fera l’objet également, en février 1966, d’un single avec en face B Milky White Way(447-0652). Elvis aime la chanson et il va la reprendre sur scène dès le 25 février 1961 à Memphis et le 25 mars suivant à Pearl Harbor. Puis, il l’enregistrera à nouveau, en dix prises cette fois, le 23 octobre 1968 dans les studios United Artist Recorders de Hollywood pour le film The Trouble With Girls avec le groupe The Mello Men. Version qui n’apparaîtra sur disque qu’en 1983 sur l’album Elvis : A Legendary Performer Vol. 4. A noter qu’à chaque fois les crédits précisent qu’il en est l’adaptateur et l’arrangeur. 

On doit I’m Gonna Walk Dem Golden Stairs à Culley Holt qui fût la voix basse des Jordanaires de 1948 à 1954. Ceux-ci l’enregistrent, en 1950, sur leur premier single pour RCA (20-4607). Leur présence aux côtés d’Elvis, bien qu’il soit quatre heures passé du matin, a sans nul doute facilité son enregistrement, car bien qu’ils l’essayent en cinq prises, c’est la première (!) qui sera retenue pour figurer sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328). Un coup de maître sur un rythme endiablé qui vous emporte dès les premières notes. 
Tous ces chants emportent visiblement tous nos amis qui bien qu’il soit à présent cinq heures du matin, sont bien décidés à prolonger ces moments d’allégresse, de grâce, les voix sont intactes et vont poursuivre en enregistrant quatre titres jusqu’à huit heures du matin, à nouveau, avec un tube à la clé…
Elvis n’est visiblement pas fatigué, car il va enregistrer If We Never Meet Again en une seule prise. Ce chant a été écrit, en 1945, par Albert Edward Brumley, chanteur, compositeur et éditeur, très renommé auprès des aficionados de la Gospel Music. L’année suivante, la chanson est enregistrée par The Brown’s Ferry Four (King 577) et devient un classique du genre popularisé également, sur la fin des années 40, par The Stamps Quartet et son ténor de l’époque Walter Rippetoe (Bibletone). Il est fort probable d’ailleurs que ce soit cette version à laquelle Elvis pense en l’enregistrant. Elle figure naturellement sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328).
On doit Known Only To Him au fils d’un pasteur méthodiste, Stuart Hamblen qui l’enregistre lui-même en 1952 (Columbia 21012). Elvis met en boîte le Gospel en cinq prises, la dernière étant présente sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328). Elle fera également l’objet d’un single, en février 1966, avec en face A Joshua Fit The Battle (447-0651). 

Crying In The Chapel, a été écrite par Artie Glenn pour son fils Darrell, qui l’enregistre en 1953 (Valley 105) et qui atteint avec la 1ère place du Cash Box. Dès lors, elle sera reprise par de très nombreux artistes et même, en 1957, par Anita Wood (ABC-Paramount 9747), la girlfriend d’Elvis du moment. Seulement trois prises suffiront pour mettre ce très beau Gospel en boîte. Mais en vérité, l’histoire de Crying In The Chapel est peu banale. En effet, curieusement, la chanson ne donnant s’en doute pas totalement satisfaction, sera archivée et ne sortira que cinq ans plus tard, en avril 1965, en pleine vague Pop. Son succès est immédiat, ce qui est d’autant plus étonnant pour un Gospel et qui dément une fois de plus certaines allégations selon lesquelles le King à cette période était absent. Il faut dire que vocalement il est parfait. Le titre – prise 3 – sort en single (447.0643) avec en face BI Believe In The Man In The Ski. Elvis ne l’interprétera sur scène qu’une seule fois, à la demande du public, le 19 août 1975 à Las Vegas.

Working On The Building. On approche de huit heures du matin et force est de constater qu’après avoir passé près de quatorze heures dans le studio en ayant déjà mis en boîte treize chansons, Elvis n’a rien perdu de sa ferveur bien au contraire, il va terminer sur un morceau entraînant, bien rythmé. Comme le dit si bien ce chant :Je ne suis jamais fatigué de travailler, je monte au ciel pour obtenir ma récompense… Et sa récompense est là avec un album référence, gravé pour l’éternité, tout comme les deux numéros uns qui viennent s’y ajouter.  C’est Gordon Stoker, le ténor des Jordanaires, qui a proposé à Elvis Working On The Building. Le groupe dans lequel il se fond ici totalement et à qui il laisse également la part belle, l’avait lui-même enregistré (Capitol 1254) dans les années 50. Ce Gospel aussi bien chanté par les groupes noirs que par les blancs a été écrit par W.O. Hoyle et Lillian Bowles qui le publie au cours des années 30. La première version connue est celle des Heavenly Gospel Singers (Bluebird) et date de 1936. Cinq prises suffisent à Elvis pour en réaliser une version empreinte d’une foi sans ambiguïté, la dernière venant clôturer en beauté l’album His Hand In Mine(LSP 2328). 

Elvis vient de toucher là au sublime. Le lendemain le singleAre You Lonesome Tonight/ I Gotta Know (47-7810) apparaît chez les disquaires, il connaîtra le succès qu’on lui connaît. Dès le 6 il quitte Memphis pour Los Angeles où il doit démarrer, tout juste six mois après sa libération, le tournage de son troisième film de l’année, Wild In The Country. C’est à nouveau un rôle de caractère qui l’attend pour lequel le chanteur doit faire place à l’acteur. Reste à savoir si, là encore, les fans suivront ? Mais là, c’est une autre histoire…

LES DISQUES

L’ALBUM HIS HAND IN MINE (LSP 2328) 

L’album His Hand In Mine, qui sort le 23 novembre1960, comprend douze titres enregistré le 30 octobre précédent : His Hand In Mine, I’m Gonna Walk Down Golden Stairs, In My Father’s House, Milky White Way, Known Only To Him, I Believe In The Man In The Sky, Joshua Fit The Battle, Jesus Knowns What I Need, Swing Down, Sweet Chariot, Mansion Over The Hilltop, If Never Meet Again, Working On The Building. Ce sont tous des standards du genre qu’Elvis est allé puiser aux sources, notamment dans le répertoire du Golden Gate Quartet ou des Blackwood Brothers. Il en a réalisé les arrangements qui restent sobres, inspirés, sans fioritures, superbes. La voix d’Elvis est juste, du velours, superbement soutenue par les Jordanaires, Millie Kirkham et Charlie Hodge.  

Il est ici dans son élément et le public ne s’y trompera pas, ainsi l’album (LSP 2328) va rester vingt semaines au Billboard où il atteint la 13ème place, ce qui naturellement est exceptionnel pour ce genre de musique. Il sera de plus certifié disque de Platine. 

Mais ce n’est pas tout, car à l’image des chants de Noël, toutes ces chansons sortiront, au cours du temps, sur de multiples autres supports devenant une thématique incontournable de l’œuvre d’Elvis, faisant de lui le plus important vendeur de Gospel au monde. On peut citer ainsi, entre autres, He Walks Beside Me (AFL1-2772), en 1985, certifié Gold, le coffret 2CD Amazing Grace (66421-2), en 1994, certifié Double Platine, Elvis Gospel Treasury (69408-2), Gold, l’Ultimate Gospel (57868-2), Gold, ou encore le coffret 3CD Peace In The Valley (67991-2) et le coffret 4CD, en 2009,I Believe – The Gospel Masters (88697 45884.2) qui regroupe l’ensemble de l’œuvre Gospel, sans oublier les nombreuses éditions parues sur d’autres labels… qui laissent supposer naturellement des ventes incroyables. 

His Hand In Mine (430340) sortira chez nous en janvier 1961 où il ne quittera, comme partout ailleurs, jamais le catalogue, réédité une dizaine de fois jusqu’à l’arrivée du CD. Près de 50 ans plus tard, le 13 juin 2009, lors d’une soirée organisée par Elvis My Happiness, Clyde Wright le leader du Golden Gate Quartet présentera fièrement l’album au public. 

LES SINGLES

C’est la prise 4 de Surrender, couplée avec la prise 8 sur le final retravaillé qui est l’officielle. Elle apparut en février 1961 en single (47-7850) avec Lonely Man et atteignit rapidement la 1ère place du Hot 100. Il en sera de même dans de nombreux pays, à l’image de la France ou de l’Angleterre où Surrender conservera cette place pendant quatre semaines. Certifié Platine, il s’en serait vendu, lors de sortie, plus de cinq millions d’exemplaires.

Le single Crying In The Chapel/I Believe In The Man In The Sky(47.0643), sort le 6 avril 1965. Les scores sont éloquents, Crying In The Chapel gagne la 3ème place du Billboard où il reste quatorze semaines et occupe pendant sept semaines la 1ère place du Easy-listening charts. Il est certifié Platine. Il sera également 1er en Angleterre. Début mai, le magazine Time titre : Forever Elvis !… Cependant que de très nombreuses radios diffusent à l’occasion de la fête des mères, Crying In The Chapel et l’album His Hand In Mine.

Joshua Fit The Battle ouvrira la face B de l’album His Hand In Mine (LSP 2328) et fera par ailleurs l’objet d’un single, en février 1966, avec en face B Known Only To Him(447-0651).

Si Swing Down, Sweet Chariot figure naturellement sur l’album His Hand In Mine (LSP 2328), il fera l’objet également, en février 1966, d’un single avec en face B Milky White Way (447-0652). En avril 1969, la chanson fera également l’objet d’un single avec How Great Thou Art (74-0130) qui sera réédité l’année suivante dans la série Gold Standard (447-0670). 

LE EP

Surrender fera l’objet en France d’un 45 tours quatre titres (86303) où l’on retrouve Lonely Man, mais aussi deux titres en provenance du film Flaming Star, le titre éponyme et Summer Kisses, Winter Tears. Il sort en mars 1961 et sera réédité à plusieurs reprises jusqu’en 1969. En avril de la même année, sort avec la même couverture sous un format, censé devenir le format unique, mais qui ne fera pas long feu, le premier « compact 33 tours double » (33.001). Il fait l’objet alors de plusieurs couleurs de label : bleu, rouge, vert, jaune… Un véritable collector. A son verso on trouve un texte vantant les qualités de cette nouveauté : …La RCA en vous présentant aujourd’hui le Compact 33 double amorce une évolution irréversible vers la vitesse unique, car le véritable progrès ne doit résulter que de la simplification et en fin de compte de l’unification. En vérité on en restera là !

MADE IN FRANCE

His Hand In Mine, bien qu’ayant fait l’objet d’une adaptation française par Frank Gérald sous le titre Dans le creux de ta main, la chanson ne sera jamais interprétée dans notre pays. C’est tant mieux, car il faut dire que son texte se trouve être à mille lieux de l’original…
Surrender sera interprétée chez nous par Maya Casablanca, sur le tempo d’Elvis, entrecoupées d’un couplet en italien, avec pour titre Reviens à Sorrentesur des paroles de Antoine Roque et Louis Gueteville. Elle sera également reprise, en 1963, par Jacques Bélanger.

En 2019, l’adaptation de My Father’s House, La maison de notre père, apparaît sur l’album Les Forces de l’Amour (Jade) du groupe La Compagnie Créole. Le titre est arrangé par Clémence Bringtown, à l’origine et chanteuse du groupe. 
En 1960, Joshua Fit the Battle est adapté en France par Georges Aber et Annie Rouvre sous le titre Jéricho pour Dario Moreno qui l’interprète sur un arrangement de Claude Bolling. A sa suite, elle est reprise notamment par Richard Anthony, John William et Catherina Valente. 
Crying in the Chapel a été enregistrée à l’époque par Bobby Solo, un très grand fan du King, sous le titre Je sais qu’un autre, paroles de Gérard Bourgeois et Jean-Max Rivière, puis plus près de nous par Chris Evans sous le titre Dans la chapelle, paroles de Christian Voron. À noter qu’une autre adaptation a été déposée à la Sacem sous le titre, J’ai voulu revoir la Chapelle, paroles de Jean Delettre, sans trouver toutefois d’interprète. 

MUSICIENS

Guitares : Scotty Moore, Hank Garland, Elvis Presley

Contrebasse : Bob Moore

Batterie : D.J. Fontana, Buddy Harman

Piano : Floyd Cramer                                                                     

Sax : Boots Randolph

Choristes : The Jordanaires, Millie Kirkham, Charlie Hodge

Ingénieur : Bill Porter

Producteur : Steve Sholes

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