DIMANCHE 13 MAI 1956, ELVIS A MINNEAPOLIS – SAINT PAUL
Retrouver des documents filmés des années 50 relève du miracle, mais pour les fans le véritable miracle a bien eu lieu, le dimanche 13 mai 1956, lorsqu’ Elvis donne deux concerts dans les villes jumelles – The Twin Cities – : le premier à 15h à l’Auditorium de Saint Paul, et le second à 20h à l’Auditorium de Minneapolis. Ce qui dans les jours qui ont précédé n’a pas manqué d’alimenter les rumeurs et autres commentaires de la part de la presse, des adolescents, mais aussi de certains parents épouvantés à l’idée de sa venue. Ainsi Will Jones, chroniqueur culturel du Minneapolis Tribune, rapporte qu’une mère avait appelé pour demander de faire en sorte qu’Elvis se comporte en gentleman : Je l’ai vu à la télévision et je ne l’aime pas. Elle avait deux filles adolescentes qu’elle ne parvenait pas à empêcher d’aller au spectacle et elle était inquiète.


La veille des deux concerts, le Minneapolis Tribune publiait une rubrique sous la plume du journaliste Russell Bull : Pour savoir pourquoi Elvis Presley est l’idole des adolescents. Voici quelques réponses, accompagnées de photos des personnes interrogées : Dianne Nichols de Willmar : C’est le plus beau chanteur que je connaisse. Sa voix est à couper le souffle, surtout pour les amateurs de bonne musique. Sandra Vatne de Minneapolis : Je pense que c’est parce qu’il est d’une humilité naturelle et authentique, une qualité rare chez les lycéens. Beverly Holmquist de Willmar : Quand je l’entends chanter, j’en ai des frissons. Son physique me rappelle celui de l’homme de mes rêves.
Ce 13 mai, c’est aussi le jour de la Fête des Mères et cependant que de violents orages et tornades s’abattent sur les deux villes, le premier spectacle à L’auditorium de Saint Paul a lieu devant plus de 3 000 fans, celui du soir à L’ Auditorium de Minneapolis plus de 4 000. Parmi les titres interprétés on trouve :Heartbreak Hotel, Blue Suede Shoes, Money Honey, I Got a Woman, I Was the One… et selon Dede Smith, Timi Anderson et Suzie Olson, trois jeunes reporters du St. Louis Park High School Echo : Only You des Platters que depuis des décennies les fans rêvent d’entendre !…


Alors, comme c’est devenu à présent pratiquement la règle, dans les commentaires après shows on assiste à de véritables querelles anciens contre modernes, attisés fortement par des journalistes totalement ringards à l’image de Bill Diehl, chroniqueur pour le St. Paul Pioneer Press qui tient des propos parfois même haineux : Elvis, on a vu ton spectacle. Et on a été, pour le dire simplement, déçus. Quelqu’un, probablement un adulte, t’a dit de te trémousser en chantant. Tes mouvements, Elvis, étaient « vulgaires ». Et tu n’es pas obligé d’être comme ça, mon garçon… Sur scène, Elvis, tu n’étais qu’un danseur de cabaret. Tes ondulations étaient dignes d’un cabaret de strip-tease. Heureusement, tu gardais tes vêtements. Maintenant, tu as fait un flop à Las Vegas parce que tu jouais devant un public adulte qui ne t’apprécie pas. Un adulte calculateur t’a programmé là-bas – et il te poussait à bout. Tu as été évincé… Tu te demandes pourquoi tes spectacles ont été des échecs retentissants : le premier à Saint Paul et le deuxième à Minneapolis ? Oh, ils vont bien sûr incriminer la météo, la Fête des Mères, et tout le reste. Mais nous avons mené notre enquête, et je vais te révéler une raison majeure : les parents t’ont vu à la télévision et n’ont pas apprécié tes déhanchements déplacés. Si davantage de parents t’avaient vu, je parie que même les 6 000 spectateurs, pourtant clairsemés, ne se seraient pas déplacés. Tu as inutilement déçu beaucoup de vos fans. Tu as donné le bon exemple par ta courtoisie, en ne fumant ni en ne buvant. Pourquoi, Elvis, t’acharne-tu à jouer les « Presley du bassin » ? Tu ferais mieux d’arrêter avant que le public ne t’abandonne complètement. Bien sûr, il y aura toujours quelques illuminés pour crier : « Oohhh, Elvis ! » quand tu vas te lancer dans tes déhanchements. Mais tu devrais savoir maintenant que dans le show-business, rien ne pousse dans la médiocrité.
Dede Smith, Timi Anderson et Suzie Olson, les trois jeunes reporters du St. Louis Park High School Echo, soulignes-en ce qui les concerne que : Elvis Presley, jeune prodige de 21 ans originaire de Memphis, a conquis L’Auditorium de Minneapolis le 13 mai avec sa voix puissante et son énergie débordante. Une foule en délire, hilare et idolâtre, l’a accueilli tandis que la police l’escortait de sa voiture jusqu’à la sortie des artistes. Souriant et saluant la foule, il a déclenché des cris et des gémissements enthousiastes. Elles ont même eu l’opportunité de le rencontrer en coulisses où : il répétait ses chansons et discutait avec les journalistes, tandis que la foule à l’avant scandait : On veut Elvis ! Nous lui avons demandé ce qu’il pensait des cris des jeunes filles, et il a répondu : Quand elles arrêteront de crier, je commencerai à m’inquiéter. Il parlait avec un doux accent du Sud. Il disait que ça ne le dérangeait pas que les filles portent des jeans – Ah, comme les filles !


Au fil du temps, Elvis fut pris d’un trac terrible. Il arpentait la salle, tremblant. Ses mains étaient glacées et il s’appuyait parfois contre un mur ou une personne, selon ce qui lui tombait sous la main. Une fois sur scène, Elvis prit une pose théâtrale comme à son habitude, frappa sur sa vieille guitare, tapa du pied et lança : Now since ma baby left me… À ces mots, les filles se précipitèrent vers la scène en hurlant frénétiquement. La police tenta de les retenir. Les hurlements continuèrent pendant tout le spectacle… Personne ne semblait se soucier du fait qu’on ne l’entende pas. Le voir suffisait. Après une demi-heure de concert, il quitta la scène en trombe, épuisé. Plus tard, alors qu’il montait dans sa voiture pour partir, des centaines de filles l’ont acclamé, et Elvis Presley s’est éloigné, laissant derrière lui une foule de souvenirs heureux




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