« C’est une nature redoutable. C’est aussi un acteur caché… »
Shirley Mac Laine

Alors que Hillman Book annonce la sortie, en format de poche, du premier livre biographique surElvis : The Elvis Presley Story, Elvis débute le tournage de G.I. Blues. Bien au-delà de la rentrée du King après son service national, ce film ouvre une nouvelle ère et marque un tournant important dans sa carrière. C’est le premier d’une longue série de films souvent décriés par la critique où les rôles qu’il doit tenir ne sont parfois pas à la mesure de son réel talent d’acteur. Les conséquences de cette situation le poursuivent encore aujourd’hui. Comme nous l’avons déjà souligné, l’envie de faire du cinéma est réelle chez Elvis et c’est avec beaucoup de plaisir qu’il va retrouver les studios. Le plus étonnant, c’est la véritable effervescence que va provoquer ce tournage : de nombreux artistes et personnalités de tous pays ne pensent plus qu’à venir le rencontrer sur le plateau. C’est là une publicité gratuite qui ravira les producteurs du film et le Colonel Parker.
Les meilleures conditions sont réunies pour ce retour à Hollywood. Le succès est garanti d’autant que les fans du monde entier attendent de retrouver leur idole sur grand écran. La comédie est gaie et les chansons sympathiques, Elvis est radieux, que demander de plus ? Tout comme pour le hit-parade, le King est bien de retour au cinéma !
A BORD DU TEXAS EAGLE
Jamais à court d’idées le Colonel Parker, tout comme il l’avait déjà fait quelques semaines plus tôt, a décidé qu’Elvis regagnerait Hollywood en train, tout en organisant quelques haltes à l’attention des fans. Ainsi, il quitte Memphis le 18 avril par la gare de la Missouri Pacific pour grimper dans le Texas Eagle. Il est non seulement accompagné du Colonel, mais aussi de Charlie Hodge, Joe Esposito, Sonny West… Le lendemain le train arrive très tôt à Dallas, où il fait une courte halte d’une vingtaine de minutes et il en sera ainsi tout du long du trajet, Fort Worth, Abilene, Big Spring, Midland, Odessa… Puis en Californie, Beaumont, Alhambra…A chaque arrêt le rituel est le même, Elvis vient saluer à la fenêtre ou à la porte du wagon la cohorte de fans qui l’attendent, il signe quelques autographes et se fait prendre volontiers en photo.En chemin, il est interviewé par le DJ Jack Murray,qui évoque, notamment, ses passages au Texas dans les années 50 et lui parle également de ce retour à Hollywood : Vous avez des films en prévision ? Oui, un film intitulé G.I. Blues…Avec qui allez-vous jouer, Elvis ? Ils n’ont pas encore choisi de partenaire. Je crois que ce sera une actrice étrangère. Jack Murray :Une actrice étrangère ? C’est le top ! Elvis : Eh bien, je ne sais pas. C’est vous qui l’avez dit, pas moi !…Il répondra ainsi à plusieurs reporters, avant d’arriver à Los Angeles, le 20 avril à 17h45. Sans perdre de temps, la post-production et les répétions, vont débuter dès le lendemain…


27 – 28 AVRIL 1960. RCA STUDIOS, HOLLYWOOD.
Le 27 avril, Elvis se rend dans les Studios RCA d’Hollywood où débute l’enregistrement des chansons du film. Le 27, il met en boîte six titres :Shoppin’ Around, Didja’ Ever, Doin’ The Best I Can, G. I. Blues, Frankfort Special et Tonight Is So Right For love. Une seconde session a lieu le 28, cinq titres sont enregistrés : Big Boots, What’s She Really Like, Blue Suede Shoes, Pocketful Of Rainbows et Wooden Heart. L’ensemble est cohérent, bien dans l’esprit du film, même si les styles abordés sont très différents. Hormis la reprise en forme de clin d’œil de Blue Suede Shoes de son ami Carl Perkins, les chansons du film ont été confiées à des auteurs qui poursuivront souvent par la suite cet exercice. C’est le cas notamment pour Sid Tepper et Roy C. Bennett, ou encore Sid Wayne, Fred Wise et Ben Weisman. Le contrebassiste Ray Siegel : Ce qui était bien avec Elvis, c’est qu’il était toujours un parfait gentleman. Cela m’a toujours sidéré et j’ai toujours été heureux de raconter aux gens combien il se montrait agréable lors d’une session. Il entrait dans le studio et allait serrer la main à tout le monde. Il me disait… Comment ça va, chef ?… Nous avions des rapports excellents et tout le monde se sentait tellement bien à chaque fois qu’on enregistrait ensemble.
Le 6 mai, il se rend, cette fois, au Radio Recorders, pour une troisième session où pour diverses raisons, soit qu’il souhaite revenir sur certains titres, soit qu’il y ait des problèmes de droits, il retravaille alors : Big Boots,S hoppin’ Around, Pocketfull Of Rainbows, Frankfort Special et enregistre Tonight’s All Right For Love.
A noter également qu’un instrumental intitulé Whistling Blues a été enregistré lors des sessions, mais que contrairement à ce qui a longtemps été supposé,Elvis n’y a jamais apposé sa voix. Quatre autres instrumentaux ont également été mis en boîte :Tonight Is So Right For Love, Tonight’s All Right For Love, Wooden Heart et Shoppin’ Around.
LES DISQUES
L’album G.I. Blues est publié aux Etats-Unis, le 1er octobre 1960. Il va rapidement devenir la plus grosse vente d’album jamais réalisée jusque-là par le King. Il va rester 111 semaines dans le classement du Billboard, 10 semaines consécutives n° 1 et 700 000 copies seront vendues en seulement un mois. Il en sera de même en Angleterre où il est déclaré Album of the Year. Il sera certifié Platine.
Il sort en France le mois suivant (430335) et sera réédité régulièrement jusqu’en 1987. Contrairement à l’édition américaine, il propose Tonight’s All Right For Love en lieu et place deTonight Is So Right For Love, qui posait des problèmes de droits en Europe.
On notera que sera édité chez nous également un 45 tours (86285) qui sort en février 1961 et qui comprend : Tonight’s All Right For Love, Wooden Heart, G.I. Blueset Didja’ Ever. On note que l’on trouve au dos le synopsis du film. Sa dernière réédition date d’octobre 1969.
Il faut savoir par ailleurs que de son côté Wooden Heart obtiendra un beau succès, notamment, en Europe.


Sorti en Angleterre, en mars 1961, le single (RCA 1126) se place n° 1 et restera 27 semaines dans les charts où réédité, en 2005, il atteindra cette fois la 2ème place (!). Edité avec en face BTonight’s All Right For Love le single (47-9340) – en France (45469) -, il fera également un malheur en Allemagne avec plus d’un million d’exemplaires vendus. La chanson sortira en single aux Etats-Unis, en 1964, avec en face Blue Christmas.
Tom Petty qui reprend la chanson en 1993 – présente dans le coffret Playback en 1995 – : G.I. Blues est le premier album que je me suis payé. Je suis un vrai fan d’Elvis. Sa musique est très importante pour moi. Je lui dois tellement, il a donné un sens à ma vie. Comme quoi les chansons qui peuvent sembler, aux yeux de certains, les plus simples revêtent une grande importance pour d’autres.
MUSICIENS DES SESSIONS
Guitares : Scotty Moore, Tiny Timbrell, Neal Matthews, Elvis Presley
Contrebasse : Ray Siegel
Batterie : D.J. Fontana, Frank Bode, Bernie Mattinson (6 mai)
Piano : Dudley Brooks
Accordéon : Jimmie Haskell
Tambourin : Hoyt Hawkins
Choristes : The Jordanaires
Ingénieur : Al Schmitt, Thorne Nogar (6 mai)
Producteurs Paramount : Joseph Lilley, Hal Wallis

2 MAI 1960, PREMIER TOUR DE MANIVELLE
Le premier tour de manivelle de G. I. Blues a lieu le 2 mai sous la direction de Norman Taurog. C’est un vétéran d’Hollywood, mais si les deux hommes ne se connaissent pas, Norman, très vite, est conquis par le King : Elvis est doué pour le cinéma. Il n’y a aucune gaucherie en lui. C’est le type le plus décontracté qu’on puisse rêver. Il me fait penser à Crosby et à Como. Il sait écouter. Celui qui sait bien écouter sait bien jouer… Le plateau du film va devenir un passage obligatoire, le monde entier souhaite le rencontrer. Ainsi si l’on aperçoit des artistes comme Dean Martin ou Shirley McLaine, on peut croiser également de nombreuses têtes couronnées : le roi et la reine du Népal, le roi et la reine de Thaïlande, les princesses de Suède, de Norvège, du Danemark, ou encore la femme et la fille du président du Brésil… Bien sûr, comme toujours, il se plie de bonne grâce aux séances de photos que lui réclament les fans venus de de toutes parts… Ce tournage est devenu l’événement à ne pas manquer. Tous manquent de mots pour le qualifier ! Shirley Mac Laine : C’est une nature redoutable. C’est aussi un acteur caché… Dean Martin : J’ai trouvé ce garçon charmant, poli et bourré de charme malgré ce qu’on avait pu dire…



Précédemment, dès le 20 août 1959, Hal Wallis s’était rendu en Allemagne pour rencontrer Elvis et débuter les prises de vues d’un film intitulé Christmas in Berlin – qui deviendra G.I. Blues… -, et dont Elvis trouve le titre ridicule. De plus, il ne semble pas très enchanté à l’idée de jouer le rôle d’un soldat. Le film étant censé se dérouler en Allemagne, Hal Wallis en profitera pour tourner des prises de vues, sans son interprète, à Friedberg, Francfort, Weisbaden et Idstein… Le film étant réalisé ensuite entièrement en studio.
Dans cette histoire on ne peut plus familiale, il a pour partenaire principale la très belle Juliet Prowse, née à Bombay en Inde et élevée en Afrique du Sud. Danseuse à l’origine, à l’occasion de G.I. Blues elle apparaît à l’écran pour la 3ème fois. On a pu la voir cette même année dans le film Can Can de Walter Lang avec, entre autres Maurice Chevalier. Pendant le tournage,Elvis et Juliet Prowse auront une courte aventure : Elvis et moi avions une liaison… Nous avions une attirance sexuelle comme deux jeunes en bonne santé, mais il était déjà victime de ses fans. Nous nous rencontrions toujours dans sa chambre et ne sortions jamais…Cependant, bien que le tournage se termine fin juin, ils auront l’occasion de se revoir par la suite à de multiples reprises, notamment, le 12 septembre suivant, où ils assistent à une projection privée du film, suivie d’un dîner. Puis, le 15 novembre, lors d’une projection de G.I. Blues organisée auFox Wilshire Theatre de Los Angeles, au bénéfice de la Fondation des hémophiles. Parmi les personnalités présentes, on reconnait Ronald Reagan et Cesar Romero.


En marge du tournage, le 7 juin, au cours d’un break, Elvis se joint à Shirley MacLaine pour fêter le 43ème anniversaire de Dean Martin. Ils tournent tous deux dans un studio voisin, le film Il a suffi d’une nuit – All in a Night’s Work – que réalise Joseph Anthony avec, là aussi comme producteur, l’incontournable Hal Wallis.
A partir du 24 juin, alors qu’ont lieu les dernières prises de vues le plateau semble se décontracter ; on fête l’anniversaire du Colonel Parker et trois jours sont consacrés, à des fins publicitaires, à des séances photos…
Le tournage terminé, Elvis et son entourage prennent une semaine de vacances à Las Vegas. Puis, il retourne à Memphis où il fait l’acquisition d’un bateau. Ce retour à la maison sera de courte durée, Hollywood n’attend pas et dès le 1er août il attaque la préproduction de son sixième film : Flaming Star – Les rôdeurs de la plaine.
G.I. Blues obtenant des scores impressionnants, il s’agit là vraiment d’un tournant important dans la carrière du King, car plébiscité par les fans du monde entier, c’est sans doute là le meilleur moyen de les atteindre et ce sera le premier film d’une longue série. Il faut dire aussi que l’envie de faire du cinéma est réelle chez Elvis et c’est avec beaucoup de plaisir qu’il a retrouvé les studios.On comprend alors mieux pourquoi Hollywood, qui a trouvé là une vraie manne, ne laissera pas partir Elvis de sitôt. Son sort est scellé.

Elvis PRESLEY
FICHE TECHNIQUE
Paramount Pictures – Couleur – Durée : 104 minutes – Producteur : Hal B. Wallis –Réalisateur : Norman Taurog – Scénario : Edmund Beloin et Henry Carson – Photographe : Loyal Griggs – Directeurs artistiques : Hal Pereira –Walter Tyler – Musique : Joseph J. Lilley.
DISTRIBUTION
Tulsa McLean : Elvis Presley – Lili :J uliet Prowse – Cooky :Robert Ivers – Tina : Letitia Roman – Rick : James Douglas – Maria : Sigrid Maier – Sgt. McGraw : Arch Johnson – Jeeter : Mickey Knox – Captain Hobart : John Hudson – Turk : Jeremy Slate – Papa Mueller : Fred Essler – Sgt. « Dynamite » Bixby : Edward Stroll.

BOX OFFICE
La sortie officielle du film a lieu le 23 novembre dans tout le pays. La critique est très partagée. Le New York Times : C’est un Elvis bien changé qui nous est apparu dans ce film, et Bosley Crowther s’étonne dans son commentaire qu’Elvis puisse se porter bien avec du miel au lieu de sang dans les veines. Le Los Angeles Times : Je ne qualifierai pas vraiment Elvis de sophistiqué, mais il a mûri, ce pourquoi nous le remercions.Le Hollywwod Reporter, sous la plume de Jim Powers :C’est un Elvis Presley civilisé et métamorphosé qui nous est revenu de son service militaire en Allemagne. Le film est une honnête comédie militaire de type classique, coulée dans le moule de Sailor Beware – La Polka des marins avec Dean Martin et Jerry Lewis –et de nombreuses autres comédies musicales analogues produites parHollywood, le sort du film dépendra du loyalisme avec lequel les fans dePresley le cautionneront au box-office.
Cependant, lorsqu’il est projeté à Mexico, le film cause de nombreuses scènes d’hystérie collective et d’actes de vandalisme, incitant le gouvernement à cesser toute diffusion, mais également des suivants…G.I. Blues se place 2ème dans les listes de Variety et bien que sorti fin novembre, obtient la 14ème place des meilleures recettes de l’année avec 4, 3 millions de dollars en seulement six semaines ! En 1961, G.I. Blues sera par ailleurs nominé pour le Best Written American Musical par la Writers Guild of America. Le prix sera remporté par le film de Vincente Minnelli, Un numéro du tonnerre – Bells Are Ringing – avec Judy Holliday et Dean Martin. Les deux autres films en compétition étaient : Can-Can deWalter Lang et Le milliardaire de George Cukor.
Malgré ces excellents résultats, il semble toutefois – comme l’affirme Priscilla dans son livre : Elvis et moi – qu’Elvis détestait le film. A tort sans doute, car on s’aperçoit que plus de soixante années plus tard, il a bien vieilli et qu’il peut facilement faire la pige à bon nombre de comédies de l’époque. Alors surtout, ne boudons pas notre plaisir !…
EN FRANCE
Si la popularité d’Elvis auprès des jeunes Français était déjà très importante, son retour fracassant à la vie civile, en mars 1960, l’a non seulement conforté, mais lui a fait atteindre un niveau jamais atteint par aucun autre artiste étranger. La vente de plus d’un million d’exemplaires de It’s Now Or Never dans notre pays a eu pour effet d’élargir son auditoire et de voir tous les jeunes chanteurs qui alors apparaissaient en France, se réclamer de lui et reprendre à loisir toutes ses chansons, comme le montre l’adaptation par les Editions Pigalle de la totalité des chansons de G.I. Blues.
Devant ce déferlement, sa société de disques RCA avait mis en place une correspondance régulière avec les fans. Ils recevaient régulièrement un courrier leur donnant toutes les nouvelles infos, notamment sur les sorties de disques, sur les films… Ainsi, le 1er décembre 1960, Claude Gagnière, chargé des rapports avec les fans :Mais voici que va paraître tant attendu par tous les amis d’Elvis : G.I. Blues. Dès les premiers jours de décembre votre disquaire l’aura dans ses stocks…, mais comme il risque d’être dévalisé aussitôt, n’hésitez pas à lui commander ce disque sans plus attendre (c’est un 33 tours 30 cm standard, n° 430.335). Il poursuit en soulignant que l’album comprend de magnifiques photos couleur, tout en énumérant quelques-uns des titres qui le composent. Claude Gagnière annonce par ailleurs que le film sera distribué en France dans les trois ou quatre mois qui suivent… et termine sa lettre en apportant quelques réponses à certaines interrogations des fans comme : Quelle est l’adresse d’ Elvis ? A notre connaissance, ce type de correspondance avec les fans n’existait à l’époque pour aucun autre artiste en France. Ce qui démontre une popularité hors du commun.
Cette annonce sera dès lors largement suivie de publicités dans les magazines avec des accroches du style : Un nouvel Elvis vous enchantera dans G.I. Blues –Café Europa en uniforme -, en précisant :Demandez à votre disquaire la bande sonore du film ou encore: Enfin, voici G.I. Blues par Elvis Presley…


Les slogans pour le film s’adresseront également à un public élargi :Plus de Blue Jeans pour Elvis Presley… et fait rarissime l’affiche – 60×80 – du film comportera cinq lignes d’un texte soulignant :un Elvis différent transformé par son service militaire…
Les photos extraites du film feront par ailleurs l’objet de nombreuses publications reprenant le déroulé du film, cependant que le magazine Les Films pour vous le publiera, dans son numéro du 18 septembre 1961, sous forme d’un roman photos en pas moins de 58 pages.
Le film sort en France, le1er mars 1961, avec pour titre Café Europa en uniforme – Elvis est doublé dans le film par Michel Roux. Il totalisera dans un premier temps 1 030 000 entrées, ce qui est réellement un excellent résultat. D’autant que de son côté la critique a très bien accueilli le film.
LA CRITIQUE EN FRANCE
Cinémonde : Ayant perdu ses rouflaquettes, mais aussi dynamique, Presley incarne ici un rôle fantaisiste, sa meilleure composition après Bagarres au King Creole.
Ciné-revue : Le producteur Hal Wallis, chez qui Elvis Presley est sous contrat, n’a pas attendu la démobilisation de son poulain pour entamer enAllemagne même les prises de vue de cette plaisante comédie dont la réalisation s’est poursuivie à Hollywood. Elle séduira incontestablement tous ceux qui ; privés de la présence de l’idole pendant deux longues années, attendent de retrouver Elvis toujours conforme à sa légende. Ils ne seront pas déçus : Dans une histoire taillée tout exprès pour lui, celui qui fut le roi du rock’n’roll et que personne n’a jamais égalé chante, joue, conquiert avec une grande aisance. Le service militaire semble lui avoir donné une plus grande aisance. A ses côtés fleurissent trois plaisants sourires féminins : ceux deJuliet Prowse, Letitia Roman et Sigrid Maier.


ELVIS MADE IN FRANCE
La BO de G.I. Blues est symptomatique de l’impact incroyable du King au début des années 60, dans notre pays. Du jamais vu ! En effet, il faut le souligner et rappeler à ceux qui ont la mémoire bien trop courte, qu’à l’image d’une très grande partie de l’œuvre d’Elvis, toutes les chansons du film G.I. Blues ont été adaptées en France. Elles l’ont été de plus par des auteurs aussi importants et prolifiques que Michel Emer – mari de Jacqueline Maillan – qui a écrit plus d’une vingtaine de chansons pour l’immenseEdith Piaf : L’ Accordéoniste, qui ne quittera jamais son répertoire, mais aussi : Bal dans ma rue, La fête continue, De l’autre côté de la rue ou À quoi ça sert l’amour qu’elle chantait en duo avec Théo Sarapo…Michel Emer a adapté ici : Shoppin’ Around, sous le titre Je ne veux plus être un dragueur, interprétée par Danny Boy et les Pénitents, Dany Fisher et Hédika – Johnny Hallyday en aurait enregistré que la partie instrumentale – et G.I. Blues dont il conserve le titre original, mais qui cependant ne fera l’objet d’aucune reprise.
Jacques Dambrois adaptera de son côté : Doin’ The Best I Can, sous le titre Pour votre amour, destinée à être chantée, si l’on en croit la partition, par Johnny Hallyday pour qui il adaptera, entre autres, Danse le twist avec moi. En vérité, il semble que non et c’est enfait Régina Grant qui l’interprétera sur un EP ne comprenant que des adaptations de chansons d’Elvis. On lui doit également les paroles françaises de What’s She Really Like qui l’intitule, Qu’est-ce qu’elle est vraiment ? Bien que sur la partition figure la mention : créé par Johnny Hallyday sur Disques Vogue, elle ne sera jamais interprétée dans notre pays.
On doit à Gisèle Vesta, épouse d’André Salvet directeur des Editions Pigalle qui, lui aussi, a adapté des chansons d’Elvis, l’adaptation française de Tonight Is So Right For Love, sous le titre La magie d’un soir d’été. Bien que la partition porte ce titre, c’est en fait celle de Tonight’s All Right For Love, qui cependant ne sera jamais interprétée dans notre pays. Gisèle Vesta a adapté bien d’autres titres d’Elvis, notamment pour Eddy Mitchell & les Chaussettes Noires et a travaillé également pourJohnny Hallyday, Sylvie Vartan, Sheila…
Big Boots, on aurait pu penser que cette sympathique bluette passe inaperçue, eh biennon ! Tout comme beaucoup d’autres, elle sera adaptée en France par Léo Lelièvre fils sous le titre Général Sable et sera interprétée, là encore, par Regina Grant.


La palme revient à Wooden Heart qui fera l’objet chez nous de plusieurs adaptations. C’est Tino Rossi qui l’enregistre tout d’abord sous le titre Qu’il est doux sur des paroles de Daniel Hortis, reprise également par la chanteuse canadienne Lucille Starr, moitié en anglais moitié en français, avec des paroles différentes. Pour Camillo, la chanson devient Mon amour tu m’attendras, paroles de J. Nicolas, tandis queDalida la chante sous le titre, T’aimerai toujours sur des paroles de Lucien Morisse, Danyel Gérard etG. Helian. Enfin,Nana Mouskouri la reprend à son compte en 1979, avec pour titreC’est le temps, paroles de Claude Lemesle. Rien que ça…
Et puis, il y a bien sûr la superbe reprise de Blue Suede Shoes – en une seule prise ! – qui fera naturellement l’objet en France de plusieurs adaptations : Comme un fou – D. Deshayes et L. Missir – par Les Pirates en 1962, Le pompes bleues – O. Lorquin – en 1977 par Lucky Blondo et La soupe aux choux – Ticky Holgado – une parodie en 1999 avec le groupe les Clap Shooters. Une adaptation a été enregistrée à la Sacem sous le titre Tu m’fais marrer paroles de L. Lagarde, sans trouver toutefois d’interprète, alors qu’au Canada, Armand Desrochers l’intitule Mes souliers bleus pour Carmen Déziel. De son côté Johnny Hallyday la reprendra également fréquemment, mais en anglais, et il aura même l’occasion en 1984 de l’interpréter en duo avec Carl Perkins. Eddy Mitchell l’interprétera aussi en medley à diverses occasions.
Trois chansons, bien que déposée en France à la Sacem ne feront l’objet d’aucune reprise : Didja’ Ever par Christian Jollet, sous le titre Quand un homme veut se marier, Frankfort Special par Henry Marchand sous le titreLe train de la Classe, et Pocketfull Of Rainbows par Maurice Vandair sous le titre, Blues avec vous.


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