How Great Thou Art

6 486 mots
27–41 minutes

  25 – 28 mai 1966. RCA STUDIO B, NASHVILLE 

  « Mon Dieu le Sauveur, combien Tu es grand… »

Il y a 60 ans, Elvis retrouvait le Studio B de RCA à Nashville pour des sessions qui vont se révéler être comme étant réellement un tournant décisif de sa carrière. C’est en vérité la première étape, alors qu’il tourne encore à cette époque trois films par an en moyenne, annonçant un revirement total dans les deux années à venir, suivront son Comeback à la télévision en 1968, puis son retour à la scène en 1969… 

Pour le King, c’est un retour à l’un des principaux piliers de son œuvre : la célébration de Dieu par le Gospel – l’évangile -, elle est pour lui essentiel, elle fait totalement partie de son être, il en a été imprégné très tôt, à Tupelo, où il se rendait avec ses parents à l’église proche de leur maison : au 206 Adams Street. Là, ils écoutaient et chantaient des hymnes religieux avec les révérends Parks, Ballard et Frank Smith, ce dernier ayant l’habitude de s’accompagner à la guitare lors des services. Ce fut là mon seul apprentissage de la musique, dira Elvis. Cette musique fit très vite totalement partie de moi-même, elle était aussi naturelle que la danse ! Gladys : Quand il était tout petit, il descendait de mes genoux, courait sur le bas-côté et grimpait à quatre pattes sur la plate-forme de l’autel. Puis il restait là à regarder les membres des chœurs en essayant de chanter avec eux. Il était bien trop petit pour savoir les paroles, naturellement, mais pour l’air il s’en tirait bien.

Je veux chanter ton jugement et ta clémence. O Seigneur ? puis-je te chanter ?
(La Bible, psaume 101:1).

Quand je parlerai les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je serai comme un airain qui résonne ou HG2 une cymbale qui retentit. Et quand j’aurai le don de prophétie et que je connaîtrai tous les mystères et toutes les sciences, quand j’aurai une foi complète, au point de transporter des montagnes, si je n’ai point la charité, je ne serai rien
(1ère épître de l’apôtre St-Paul aux Corinthiens Chap. 13 1.13).

Ces deux citations faisaient partie des passages de la Bible qu’Elvis préférait, et l’on peut dire que tout au long de sa courte vie il en appliqua les principes. Il y a chez Elvis, en raison de ses origines, une quête permanente de spiritualité qui s’est certainement accentuée au cours des ans, du fait des nombreuses questions qu’il a forcément été amené à se poser afin d’appréhender le phénomène dont il a été l’objet et par le rôle qu’il a été amené à jouer. Pourquoi lui ? Pourquoi ce rôle de guide – dont il n’a jamais abusé ? Pourquoi a-t-il suscité tant d’amour ? Et comment malgré tout cela a- t-il pu rester humble et garder la tête froide ? Sa foi l’a sans doute considérablement aidé. Cependant il ne faudrait pas croire, à l’image de tous ceux qui ne voulaient voir en lui qu’un être ignare, peu évolué et juste bon à remuer les hanches, que cette foi, suivant l’éducation donnée par ses parents, était inscrite une fois pour toute. Non bien au contraire, il cherchera toujours à en savoir plus et s’intéressera également aux autres religions et philosophies, lisant beaucoup, ce qui souvent dépassait totalement une partie de son entourage.

UN PEU D’HISTOIRE

Lors de la désormais rencontre historique The Million Dollar Quartet, le 4 décembre 1956, au Sun Studio de Memphis Elvis retrouve Carl Perkins et Jerry Lee Lewis, parmi la multitude de chansons interprétées on trouve Peace In The Valley. Il est évident que la chanson lui trotte dans la tête et dès le 6 janvier 1957 suivant, à la fin de son 3ème passage, à la télévision dans le Ed Sullivan Show, dans lequel il n’est désormais filmé qu’au-dessus de la ceinture, Elvis clôt le spectacle parPeace In The Valley, écrite par le révérend Tommy Dorsey. Il est accompagné par les Jordanaires, Gordon Stocker :I l voulait chanter Peace In The Valley pour sa mère, car c’était une de ses chansons favorites.

Quelques jours plus tard, le 13 janvier 1957, il la met en boîte définitivement dans le Studio Radio Recorders de Hollywood. Dans le même temps et les jours qui suivent, il enregistre trois autres titres religieux :Take My Hand Precious Lord, It Is No Secret et I Believe. Ces quatre titres feront l’objet du EPPeace In The Valley(EPA 4054) qui sort le 11 avril 1957. L’accueil du public est enthousiaste, il parvient, fait rarissime, à se classer à la 3ème place du classement éphémère des EP du Billboard, la 3ème place du classement des albums, à la 25èmeplace du Best Sellers et à la 39ème place du classement des singles. Il est certifié Platine et sera à cette époque-là plus grosse vente de tous les temps d’un disque religieux. Les quatre titres seront inclus par la suite avec huit chansons de Noël dans l’Elvis Christmas Album (Loc 1035) qui sort le 15 octobre 1957, et qui deviendra l’album de Noël le plus vendu au monde.  

A partir de là, l’enregistrement de Gospel deviendra un incontournable de l’œuvredu King, il venait de prouver qu’au-delà de tout sectarisme, de tout aspect commercial, il s’autorisait à chanter ce qu’il ressentait réellement. Ainsi, trois ans plus tard, le 30 octobre 1960, de retour de l’armée, Elvis récidive, cette fois, avec encore plus de force, en lui consacrant la totalité d’un album, mis en boîte en seulement une nuit (!!). C’est dire à quel point il domine cette discipline. L’album His Hand In Mine comprend douze titres : His Hand In Mine, I’m Gonna Walk Down Golden Stairs, In My Father’s House, Milky White Way, Known Only To Him, I Believe In The Man In The Sky, Joshua Fit The Battle, Jesus Knowns What I Need, Swing Down Sweet Chariot, Mansion Over The Hilltop, If Never Meet Again, Working On The Building. Ce sont tous des standards du genre qu’Elvis est allé puiser aux sources, notamment dans le répertoire du Golden Gate Quartet ou des Blackwood Brothers. Il en a réalisé les arrangements qui restent sobres, inspirés, sans fioritures, superbes. La voix d’Elvis est juste, du velours, superbement soutenue par les Jordanaires, Millie Kirkham et Charlie Hodge
Il est ici dans son élément et le public ne s’y trompera pas, ainsi l’album qui sort le 23 novembre 1960 (LSP 2328) va rester 20 semaines au Billboard où il atteint la 13ème place, ce qui naturellement, là encore, est exceptionnel pour ce genre de musique. Il sera de plus certifié disque de Platine. Un seul titre enregistré lors de cette même session est mystérieusement laissé de côté…

…Il s’agit de Crying In The Chapel. Il ne sortira qu’en avril 1965, mais l’interprétation magistrale d’Elvis enthousiasmera, cette fois encore, le public, HG5 pourtant en pleine période anglaise. Il atteint rapidement la 3ème place au Billboard, où il reste quatorze semaines, numéro un au Easy-Listening chart, et se place pour deux semaines n° 1 en Angleterre, alors totalement dominée par les Beatles et les Rolling Stones… Il faut le faire ! Il est, lui aussi, disque de Platine.

Encouragé par la réaction des fans et du public en général, Elvis ne manquera jamais une occasion de chanter sa foi que ce soit en studio ou en live, improvisant bien souvent… C’est ainsi qu’après avoir ajouté à son répertoire de réels joyaux commeYou’ll Never Walk Alone ou encoreWho Am I ?Sort en avril 1972, l’albumHe Touched Me (LSP4690), il propose des titres enregistrés dans le Studio B de Nashville, les 15 mars, les 17 et 18 mai et 8 et 10 juin 1971 suivant : Amazing Grace, Lead Me, Guide Me, He Touched Me, I’ve Got Confidence, An Evening Prayer, Seeing Is Believing, A Thing Called Love, Reach Out To Jesus, He Is My Everything, There’s Is No God But God, I, John, Bosom Of Abraham. L’album se classe 79ème au Billboard où il reste 10 semaines, ce qui somme toute est un bon résultat pour un album de gospel, il sera certifié Platine et remportera le Grammy du Meilleur album d’inspiration. Comme pour les deux opus précédents, Elvis est allé puiser au plus profond de ses racines, avec toutefois une touche plus moderne avec des titres comme I’ve Got Confidence et Seeing Is Believing. Là encore l’osmose est totale entre choristes, chanteur et musiciens qui partagent tous la même foi, Elvis n’hésitant pas sur certains morceaux à se fondre totalement dans le groupe. 

Mais ce qui reste tous points remarquables, c’est que cette œuvre va prendre au cours du temps une dimension, certainement bien au-delà à laquelle le King s’attendait, elle va faire l’objet d’une multiple d’éditions devenant une thématique incontournable et faisant de lui le plus important vendeur de gospel au monde :He Walks Beside Me (AFL1-2772), en 1985, certifié Gold, le coffret 2 CDAmazing Grace (66421-2), en 1994, certifié Double Platine, Elvis Gospel Treasury (69408-2) , Gold, l’Ultimate Gospel (57868-2), Gold, ou encore le coffret 3 CD Peace In The Valley (67991-2), sans oublier les nombreuses éditions parues sur d’autres labels,… qui laissent naturellement supposer des ventes absolument phénoménales… 

10550 ROCCA PLACE A BEL AIR 

Alors qu’il réside dans sa nouvelle maison au 10550 Rocca Place à Bel Air. Elvis a fait installer du nouveau matériel et, bien qu’il ait dans l’idée d’enregistrer un nouvel album de gospel, il travaille également avec Charlie Hodge et Red West à un profond renouvellement musical qui l’éloignerait totalement des musiques de films. Il écoute alors beaucoup Peter, Paul and Mary et des chansons de Bob Dylan qu’il préfère interprétées par d’autres comme Ian And Sylvia, Odetta ou Jimmy Jones, la basse du quartet de gospel noir The Harmonizing Four. De son côté, Hill & Range lui proposent des titres commePower Of My Love,Merry Christmas Baby ou encoreThe Wonderful World Of Christmas que curieusement, il finira par enregistrer plus tard. 

Il s’accompagne lui-même à la guitare ou au piano et les thèmes abordés sont très variés. On reconnaît bien là son grand éclectisme… Les enregistrements sont réalisés par Red West qui n’a pas le souvenir de dates exactes, mais seulement qu’ils ont été mis en boîte sur plusieurs mois. Ce qui est certain, c’est qu’il a déjà en tête un futur album consacré totalement au gospel et travaille ainsi,Show Me Thy Ways, O Lord un cantique de Hazel Shade qui s’est inspiré pour son écriture du psaume 25:4 de la bible : Eternel fais-moi connaître tes voies, enseigne-moi tes sentiers… qui sera tout d’abord interprété, en 1963, par l’un des quartets de gospel préférés du King, Hovie Lister & His Famous Statesmen Quartet. Elvis qui est au piano, domine parfaitement le texte et est comme toujours très inspiré, cependant que le couplet est repris pour les harmonies par Charlie Hodge. Cette version ne verra le jour qu’en 1999, sur l’albumThe Home Recordings(07863 67676.2).

Il travaille également Hide Thou Me que l’on doit à Robert Lowry et Frances Crosby et qui est inscrit au répertoire de nombreux quartets : Je suis souvent tenté de me plaindre… mais alors je pense à Jésus et tout ce qu’il a fait pour moi… Cette version informelle va durer cinq minutes, Elvis qui est toujours au piano reprend à loisir les couplets. Il est totalement dedans, inspiré, bien soutenu par Charlie Hodge pour les harmonies. Une prise quasiment parfaite. On ne sait pour quelle raison, mais il ne paraîtra dans un premier temps qu’une minute, en 2000, sur l’albumIn A Private Moment (74321 72866.2).L’erreur sera réparée, en 2002, dans le coffretToday, Tomorrow And Forever (07863 65115.2) où nous découvrirons la totalité. 

Il reprend ensuite,O How I love Jesus un classique du gospel chanté aujourd’hui par de nombreuses chorales. Souvent crédité uniquement comme un traditionnel, on devrait en vérité ses paroles à Frederick Whitfield, qui les auraient écrites en 1855, le compositeur de la musique étant lui inconnu. Le texte est parfois différents suivants les interprètes. Elvis et ses amis n’en chantent qu’un couplet, alors qu’ils reprennent le refrain à plusieurs reprises : Oh, combien j’aime Jésus parce qu’il m’a aimé le premier…La version informelle est interprétée avec conviction. Elle est apparue pour la première fois, en 1997, dans le coffretPlatinum : A Life In Music (67469-2). Une prise plus longue verra le jour trois années plus tard sur l’albumIn A Private Moment (74321 72866.2). Bien qu’il ne l’enregistre jamais réellement, Elvis en chantera à nouveau un extrait, le 30 mars 1972, lors des répétitions pour le film On Tour. 

Elvis poursuit parI, John, attribué à William Gaither, ce gospel a été écrit en réalité par William Johnson, George Mc Fadden et Ted Brooks, transfuges de groupes tels que The Jubalaires ou The Golden Gate Quartet et qui formèrent le groupe The Jubilee Four, celui-là même qui accompagna Elvis sur plusieurs sessions et qui apparaissait dans Viva Las Vegas. Leur version est présente notamment sur l’albumGreat Gospel (Sunset Records), en 1968, sur lequel on trouve également Bosom Of Abraham qu’Elvis reprendra également à son compte, interprétant parfois les deux titres en medley. I, John a été inspirée parTwelve Gates To The City enregistré, en 1935, par le révérend Gary Davis et crédité à Bowles, Hoyle et Frye. Si Elvis n’en chante ici malheureusement qu’un court extrait – présent sur l’album In A Private Moment (74321 72866.2) Il est là, une fois de plus, dans son élément et la chanson lui reviendra régulièrement à l’esprit et il l’enregistrera définitivement, le 9 juin 1971, dans le Studio B de Nashville en seulement deux prises, preuve qu’il la possédait totalement. La prise deux sera présente, en avril 1972, sur l’album He Touched Me (LSP4690). Il l’avait reprise en répétitions pour le film Elvis On Tour, le 31 mars précédent, version parue, en 1994, sur l’album Amazing Grace (07863 66421.2). Il lui arrivera parfois à cette époque de la reprendre sur scène lors d’improvisations, la mêlant même comme, le 7 novembre 1971, à Louisville, à la chanson Polk Salad Annie dans une tonalité totalement différente, montrant là son aptitude incroyable à toujours inventer. 

PREMIERES SELECTIONS

Les sessions ont fait l’objet de premières sélections, parmi lesquelles figurent nombre de titres présents dans la collection personnelle d’Elvis à l’image de ceux des Statesmen, Blackwood Brothers, Roy Hamilton ou encore Harmonizing Four. Sont ainsi évoqués : My Special Prayer, Lord, I Need You Again Today, Room At The Cross, Wasted Years He, Don’t Knock, He Lifted Me, Danny Boy, Greensleeves, Love Is A Many Splendored Thing, Walk That Lonesome Valley, I’ll Tell It Where I Go, To Be Myself, Room For Everybody, I Saw The light, Show Me Thy Wayset quelques titres qu’il mettra plus tard à son repertoire comme You Better Run, If Everyday Was Like Christmas, Fools Rush In, I Will Be True, Rags To Riches ou encore Indescribably Blue… 

Cinq d’entre eux Be My Love, Baby What You Want Me To Do, Write To Me From Naples, My Heart Cries For You et Dark Moon, avaient été découverts à Graceland dans les années 80, tous les autres l’ont été seulement en 1996. Fort heureusement, ces enregistrements « maison » seront mis à la disposition des fans dans les années qui suivront, sur des supports tels que le coffret A Golden Celebration (CPM6 5172) en 1984 ou encore dans le Platinum : A Life In Music (67469-2) en 1997. 

25 – 28 MAI 1966. RCA STUDIO B, NASHVILLE 

Le 25 mai, à une heure du matin, Elvis quitte Memphis à bord de son bus pour Nashville où l’attend dans le Studio B des sessions d’enregistrement d’une extrême importance.Du 25 en début de soirée au 28 à minuit, il va mettre en boîte dix-huit titres dont la plupart structureront l’un de ses albums les plus importants : How Great Thou Art. Il s’agit de sessions en toutes points remarquables où, en dehors des gospels, il enregistrera également des titres forts à l’image de Love Letters, Tomorrow Is A Long Time ou bien Down In The Alley des Clovers. On est très loin là alors de certaines chansons de films et c’est sans doute pour cela qu’Elvis a un peu le trac. Pour la première fois, il s’est adjoint Felton Jarvis à la production. Ça fonctionne très vite entre les deux hommes, d’autant qu’ils se sont assuré le concours des ingénieurs Jim Malloy et Al Pachucki, ainsi que des meilleurs musiciens et choristes. Si tous les anciens sont présents, on voit arriver une nouvelle et flamboyante génération : Chip Young à la guitare, David Briggs au piano et à l’orgue…Alors qu’en complément des Jordanaires apparaissent les Imperials et que l’on trouve June Page et Dolores Edgin aux côté de la choriste Millie Kirkham. Tous ont des racines gospel très profondes.

Le récent succès de Crying In The Chapel n’est sans doute pas pour rien dans sa décision de reprendre le chemin des studios d’enregistrement afin de travailler pour la seconde fois des chansons sacrées. 

Les douze morceaux qui composent l’album associent le rythme : Run On, So High, By And By, les standards : Farther Along, In The Garden, les morceaux profonds :Stand By Me, Somebody Bigger Than You And I, et un titre majeur qui donnera son titre à l’album : How Great Thou Art, qu’Elvis reprendra régulièrement sur scène dans les années 70. Mais il ne faut pas oublier pour autantWhere No One Stands Alone, Without Him, If The Lord Wasn’t Walking By My Side sur lequel son auteur Henry Slaughter joue de l’orgue, et Where Could I Go But To The Lord qui fut un succès en 1951 pour Red Foley et que le King reprendra lors de son Comeback en 1968. Encore une fois Elvis s’occupe lui-même de nombreux arrangements. Comme pour His Hand In Mine, il s’agit ici encore de morceaux traditionnels, parfois très anciens.

Au cours de ces sessions, Elvis enregistre également, comme nous le disions, quelques petites merveilles qui malheureusement seront disséminées sur divers supports ce qui constitue sans nul doute une erreur. Ainsi Tomorrow Is A Long time et Down In The Alley se retrouveront-elles sur l’album Spinout. Un autre titre, Beyond The Reef, gravé en 1950 par Jimmy Wakely et Margaret Whiting, aura une histoire très particulière…. Enregistré alors qu’Elvis joue lui-même du piano, soutenu vocalement par Red West et Charlie Hodge, il fera l’objet d’un arrangement musical par Felton Jarvis le 9 août 1969 qui ne verra le jour qu’en 1980 dans le coffret Elvis Aron Presley, tandis que la version originale apparaîtra vingt-sept ans plus tard dans le coffret From Nashville To Memphis.

Trois autres titres feront l’objet de singles. Love Letters – un standard dont Ketty Lester avait fait un tube en 1962 – et Come What May tout d’abord seront regroupés sur un disque (47.8870) qui sortira en juin 1966, atteignant la 19ème place au classement dans lequel il reste sept semaines. Quant àFools Fall In Love, il apparaîtra en janvier 1967 en face B d’Indescribably Blue, une chanson que le King va enregistrer au cours de sa prochaine session.

Quelques jours auparavant, sur le plateau de Spinout, il avait donné une interview à la journaliste May Mann dans laquelle Elvis le fidèle disait :je resterais pour toujours à Graceland parce que c’était la maison de sa mère…Alors, en pleine quête spirituelle, comme le démontre l’achat, dans les dernières semaines, d’une multitude de livres sur le sujet, il évoquait également ses futures sessions d’enregistrement, qui disait-il : Seront orientées presque totalement vers le Gospel. 

LES SESSIONS

Le 25 mai, la session débute à 22h pour se terminer à 7h le lendemain. Ce premier jour deux titres majeurs, devenus mythiques, vont être enregistrés, How Great Thou Art et Where No One Stands Alone.

Le premier titre mis en boîte, Run On, est un traditionnel, dont l’auteur reste inconnu, et dont Elvis signe l’arrangement, l’interprétation est totalement dans l’esprit des quartets, tels The Golden Gate Quartet, qui popularisa la chanson en juin 1943 (Okeh 6713). Il faut souligner ici le travail remarquable effectué par les Jordanaires et les Imperials qui le soutiennent avec ferveur. A noter qu’en France le groupe Pow Wow aura l’énorme privilège de l’interpréter avec The Golden Gate Quartet au cours du Taratata du 25 mai 1994 : Seigneur Dieu Tout Puissant permet-moi de te dire les nouvelles…

HOW GREAT THOU ART

How Great Thou Art a été écrite, en 1885 et publiée l’année suivante, par un pasteur suédois, le révérend Carl Gustav Boberg, sous le titre O Store Gud (Oh Great God). Elle est traduite en allemand, en 1907, par Manfred von Glehn qui l’intitule alorsWie Gross Bist Du (How Great Thou Art). Une première traduction en anglais a lieu en 1925 par E. Gustav Johnson. Puis en 1948, un missionnaire anglais, Stuart K. Hine, en crée une version russe en Ukraine, qu’il traduit ensuite en anglais en y ajoutant un quatrième couplet. C’est à lui qu’est aujourd’hui crédité la chanson qui a été popularisée par George Beverly Shea et Cliff Barrows, en 1955, puis par les Blackwood Brothers en 1957. 

Cet hymne est devenu depuis l’un des plus interprétés non seulement par des artistes renommés, mais également par de nombreuses chorales. A tel point qu’How Great Thou Art sera désigné, après un vote, par la BBC comme étant l’hymne préféré des Anglais et il arrivera second aux USA, après Amazing Grace, dans la liste des hymnes favoris de tous les temps, établie, en 2001, par le magazine Today’s Christian.

Alors autant le dire sans attendre, l’interprétation d’Elvis dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Il est totalement inspiré et fait montre de qualités vocales totalement incroyable : Mon Dieu le Sauveur, combien Tu es grand…Il l’enregistre en seulement quatre prises pour lesquelles il faut souligner, là encore, le travail remarquable de l’ensemble des choristes. 

C’est la prise quatre qui ouvrira l’album éponyme (LSP 3758) qui sort, en février 1967.How Great Thou Art n’en restera pas là, puisque l’interprétation live, flamboyante, exceptionnelle, du King enregistrée en 1974 à Memphis, remportera, cette même année, le Grammy dans la catégorie meilleure performance d’inspiration. Cette même interprétation fait encore lever les salles aujourd’hui lorsqu’elle est interprétée dans Elvis – The Concert – le concert virtuel. 

How Great Thou Art fera naturellement partie, par intermittence, de son répertoire sur scène où elle deviendra l’une des pièces maîtresses, à partir de novembre 1970 et ce jusqu’au 19 juin 1977, le public l’obligeant même parfois à en doubler le final. 

Après How Great Thou Art, Elvis reprend, Stand By Me, un Gospel qui ne comporte en général aucun crédit, comme c’est le cas ici, sans doute du fait de son entré dans le domaine public, il a en vérité été écrit, en 1905, par le révérend Charles Albert Tindley surnommé, le Prince des prêcheurs. Bien qu’il ne faille pas le confondre avec le tube planétaire Stand By Me de Jerry Leiber, Mike Stoller et Ben E. King, et rendu célèbre par ce dernier, il semble en fait qu’il l’ait inspiré. Cet hymne qui est surtout chanté par des chorales, a été également popularisé par Red Foley, celui-ci étant présent, en 1962, sur son album Songs Of Devotion (Decca DL 74198). Elvis chante Stand By Me tout en délicatesse : Quand les tempêtes de la vie font rage, reste près de moi… On ne peut imaginer plus belle interprétation. 

WHERE NO ONE STANDS ALONE

Le King poursuit par Where No One Stands Alonequi a été écrit, en 1955, par Mosie Lister, l’un des maîtres en la matière et membre fondateur du groupe The Statesmen. C’est l’un des groupes éminents de cette grande famille du gospel blanc. Le groupe était présent aux funérailles d’Elvis en 1977. The Statesmen avait enregistré cet hymne sur son propre label (1061) toujours en 1955.

Elvis l’enregistre en onze prises, le master qui est constitué des prises 4 et 7, sera présent sur l’album How Great Thou Art (LSP 3758). Je ne sais pas de pire chose dans ce monde que d’être seul. Tiens-moi la main, chaque heure, chaque jour. Grand inconnu viens prends ma main… Alors qu’il se donne totalement à son public, jour après jour, et qu’il est malade, le 16 février 1977 à Montgomery en Alabama, Elvis s’installe seul au piano et demande juste à ses chœurs de le suivre pour en donner une version informelle profonde et poignante.

L’histoire ne va pas s’arrêter là et Lisa Marie quelques cinquante-deux plus tard rendra un hommage d’une beauté intemporelle que seul un enfant aimant peut offrir à son père. En effet, le 10 août 2018 sort mondialement l’albumWhere No One Stands Alone, il propose une réelle pépite, un duo virtuel qui réunit le père et la fille dans une émotion intense qui touchera au cœur tous les fans de la planète. Un pur chef d’œuvre ! 

L’album va se classer numéro un du palmarès des albums chrétiens de Billboard, où il reste deux semaines, et dans le top 10 pendant deux semaines supplémentaires. Outre cette pure merveille, l’album rassemble des enregistrements d’Elvis, principalement issus des albums :How Great Thou Art et He Touched Me, accompagnés d’instruments et de chœurs nouvellement enregistrés. 

En 2024, ce merveilleux hommage trouvera son prolongement dans l’édition d’un livre post mortem, From Here To The Great Unknown, titre qui reprend des paroles deWhere No One Stands Alone, écrit à deux mains par Lisa Marie et sa fille Riley Danielle Keough.

Elvis va s’éloigner ensuite quelque peu du Gospel, à commencer par un blues que l’on doit à Jesse Stone et qui avait été enregistré en 1957 par The Clovers (Atlantic 1152), Down In The Alley. Il apparaitra en bonus de l’album Spinout (LSP 3702), alors qu’il aurait sans doute mérité un meilleur sort. La chanson évoquée un temps pour figurer dans le Comeback 68, refera surface en répétition le 16 août 1974 à Las Vegas, où il l’interprètera, le 19 août suivant, lors du show d’ouverture. 

Puis, il va terminer ce premier jour de sessions par l’enregistrement deTomorrow Is A Long Time qui est l’un des titres les plus long chanté par le King – cinq minutes vingt-cinq – et qui fera dire à son auteur, Bob Dylan : C’est la meilleure interprétation de l’une de mes chansons que je n’ai jamais entendue.C’est en fait Ian Tyson et Sylvia Fricker, un duo folk canadien, qui la sort le premier sur l’albumFour Strong Winds (Vanguard VRS-9133/VSD-2149). Elle est reprise dans la foulée par de nombreux artistes et il semble que ce soit la version de Odetta, parue en 1965, sur l’album Odetta Sings Dylan (RCA Records LSP 3324) qui ait donné l’idée à Elvis de la mettre à son répertoire. 

Le 26 mai 1966, la session débute à 22h pour se terminer, là encore, à 7h du matin.

Ce second jour de sessions ne débute pas non plus par un Gospel, mais par une petite merveille de délicatesse,Love Letters. La chanson a été écrite, en 1945, par Edward Heyman et Victor Young pour le film de William Dieterie qui s’intitulait précisément Love Letters, sorti en France sous le titre Le poids d’un mensonge avec Joseph Cotten et Jennifer Jones. Interprétée la même année par Dick Haymes elle parvient à la 11ème place du classement. Elle est reprise, en 1955, parle Paul HG14 Weston Orchestra (Columbia 40385) qui obtient un succès populaire, mais c’est finalement Ketty Lester qui en fait un hit en 1962 en la plaçant 5ème au Hot 100 et 2ème dans le classement R&B (Era 3068).Love Letters va devenir ainsi un classique de la Easy-Listening Music, un genre très prisé aux USA.

C’est avec un réel bonheur qu’Elvis la met à son répertoire en neuf prises, la dernière étant retenue pour faire l’objet d’un single (47.8870) qui sort, le 8 juin 1966, avec en face BCome What May. Il atteindra la 19ème place du Billboard, faisant mieux en Angleterre en se plaçant à la 6ème. Il se dégage de l’interprétation du King un feeling incomparable, à fleur de peau, il aime visiblement cette très belle chanson puisqu’il l’enregistre à nouveau le 7 juin 1970 dans le Studio B de Nashville. Comme pour l’originale, contrairement à des idées reçues, la partition piano n’a pas été assurée par Floyd Cramer, mais sur les deux versions par David Briggs, dont c’était ici la première session avec le King. Cette fois, c’est la prise cinq qui sera retenue et qui donne son nom à l’album sur lequel elle sort en juin 1971, leLove Letters From Elvis (LSP 4530) qui atteindra la 33ème place du Billboard et la 12ème du Country chart.

A partir de la saison d’avril 76 à Lake Tahoe, peut-être est-ce dû au fait que David Briggs soit venu remplacer Glen D. Hardin au piano, Elvis l’intègre au show au cours de la présentation des musiciens et la conservera ainsi jusqu’en février 1977. 

Retour au Gospel avec So High, traditionnel souvent crédité uniquement comme tel, ce qui est le cas ici, et qui en réalité aurait été écrit par Jimmy Jones, la basse du groupe Harmonizing Four, pour lequel Elvis avait une grande admiration et qu’il aurait souhaité voir participer à ces enregistrements, si celui-ci avait été disponible. La chanson serait inspirée du Gospel You Must Come In At The Door enregistré, en 1923, par The Wiseman Sextette, elle évoque : la toute-puissance de Dieu qui est telle qu’on ne peut la contourner… Elvis en signe ici l’arrangement. 

Il passe ensuite à un classique du Gospel,Farther Along, souvent attribué au révérend W.B. Sone qui la publia en 1937. En réalité, son auteur serait W. B. Stevens, un prêcheur originaire du Missouri, qui l’aurait écrit en 1880, cependant qu’il sera publié pour la première fois par Barney E. Warren, en 1911. C’est le Frank Stamps Quartet (Columbia 20337) qui le popularise dans les années 40. Elvis, lors de la mythique session du Million Dollar Quartet, en avait pris le lead, superbement soutenu par Jerry Lee Lewis et Carl Perkins, les trois hommes étant visiblement dans leur élément. Cependant, comme c’est souvent le cas avec Elvis, il gardera le titre en mémoire. C’est lui qui l’arrange ici, alors qu’il la reprendra par la suite qu’anecdotiquement, comme le 4 août 70 en répétitions à Las Vegas.  

Bien que crédité comme traditionnel, By And By, tombé dans le domaine public à, une nouvelle fois, été écrit par Charles Albert Tindley, en 1905, sous le titreWe’ll Understand It Better By And By. Le premier enregistrement connu date de 1925, il est celui de Brothers Frank & James McCravy (Okeh 40319). Il est devenu depuis un classique repris surtout par de nombreuses chorales :Quand le matin viendra où tous les saints de Dieu ensemble entrerons à la maison, nous le comprendrons mieux encore…C’est, à nouveau, Elvis qui en signe un arrangement bien rythmé. 

In The Garden, ce gospel qui a été désigné dans les années 80 par The Christian Hearld, comme étant l’un des trois préférés des protestants, a été composé en 1912 par C. Austin Miles sous le titre (He Walks With Me) In The Garden. Le premier enregistrement connu est celui de Rodeheaver & Asher, il est apparu sur le label Victor (18020) en 1916.
Elvis
l’enregistre en seulement trois prises d’une très grande sensibilité, emplie d’humilité, juste, avec un accompagnement minimum, les choristes faisant, une nouvelle fois, merveille : Je viens au jardin seul, tandis que la rosée est encore sur les roses. Et j’entends la chanson de Dieu… Et il marche avec moi, il parle avec moi et me dit que je suis à lui… 

Pour terminer la session, Elvis va rompre cette belle série de Gospel, en reprenantBeyond The Reef, écrite par Jack Pitman, en 1949, et popularisée l’année suivante à la fois par Bing Crosby avec le Lyn Murray And His Orchestra (Decca L5816) et Jimmy Wakely avec Margaret Whiting (Capitol 1234). On est ici dans le répertoire typiquement hawaiien qu’affectionne particulièrement Elvis pour qui l’archipel était un peu comme une seconde patrie. Il l’improvise unepremière fois, fin 1960, dans sa maison de Perugia Way à Bel Air en compagnie de son flirt du moment Nancy Sharp et Red West. La chanson reviendra ainsi à plusieurs reprises lors de sessions informelles. Ce sera à nouveau le cas, par exemple, en février 66 ou début 67 – on n’a pas connaissance de la date exacte – dans sa maison de Rocca Place à Hollywood. Il récidive ici, une fois encore, en se mettant au piano et en chantant en trio avec Red West et Charlie Hodge, cependant que Felton Jarvis laisse tourner la machine. Cette nouvelle improvisation verra finalement le jour sous deux formes. La première – prise 2 – en août 1980 dans le coffretElvis Aron Presley( CPL8 3699), la seconde dans sa version pure dans le coffretFrom Nashville To Memphis (66160-2), en 1993. 

*Nos excuses pour la qualité de la photo ci-contre malheureusement indisponible en meilleur quali.

Le 27 mai, la session débute à 19h pour se terminer à 5h du matin.

Ce troisième jour de sessions débute, à nouveau, par un Gospel absolument magique : Somebody Bigger Than You And I qui a été écrit par Johnny Lange, Walter Heath et Joseph Burke, et enregistré (Decca 27494) par The Ink Spots, le 15 février1951. Elvis va s’appliquer en seize prises, cependant que Henry Slaughter est à l’orgue, pour délivrer une version non seulement très personnelle, mais aussi inspirée, sur laquelle la magie des chœurs opère à nouveau :Il est quelqu’un de plus grand que vous et moi, qui a fait la montagne, l’arbre, qui a accroché la lune dans le ciel étoilé… Il marche là à côté de vous, comme il marche avec moi. Il me donne la force de continuer parce qu’il se soucie de moi… 

Il passe ensuite à Without Him. On doit ce gospel à Mylon LeFevre qui l’enregistre, en 1963, avec son groupe The LeFevres pour l’albumWithout Him(Sing MFLP 3210). Elvis aurait découvert la chanson lors d’une convention de quartets Gospel à Memphis, ce qui l’aurait décidé à l’enregistrer. Il l’interprète, là encore, avec humilité et délicatesse, chez lui nul n’est besoin d’en rajouter : Sans Lui je serais esclave, sans Lui la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Mais avec Jésus, Dieu merci je suis sauvé. Oh Jésus, mon Jésus, Sans Lui je serais tellement perdu…

If The Lord Wasn’t Walking By My Side a été écrit par Henry Slaughter, qui accompagne ici Elvis à l’orgue, et qui fait partie des Imperials. Il l’a composé alors qu’il était le pianiste attitré du Weatherford Quartet qui l’enregistre, en 1960, sur le label Rite Record (103). C’est devenu un standard depuis pour tous les quartets de Gospel. Il est cependant revisité ici totalement par Elvis qui en donne une interprétation chorale éblouissante où sa voix se mêle à celle des choristes, l’ensemble lui donnant une force remarquable :J’errais quand Jésus m’a trouvé, il a entendu ma prière et maintenant je chante parce que je suis heureux et je ne sais pas ce que je ferais si le Seigneur ne marchait pas à mes côtés…

Cette troisième nuit de sessions et d’enregistrements Gospel se termine parWhere Could I Go But To The Lord écrit par James B. Coats en 1940. On le devrait en vérité à K. E. Harvis et J. M. Black qui l’aurait composé, en 1890, James B. Coats se contentant de le réécrire. Quoi qu’il en soit, il est enregistré, cette même année 40, par The All American Quartet (Sacred Records SS-537), mais ce sera Red Foley qui le popularisera, en 1951, alors qu’il figure en face B de son grand succès Peace In The Valley (Decca 14573). Elvis va en réaliser, en seulement deux prises, une version parfaite, incontournable, merveilleusement soutenue par ses choristes : La vie ici est magnifique avec mes chers amis que j’aime et ma sérénité, je la reçois des paroles même de Dieu. Pourtant, quand je fais face à la main glaciale de la mort, où pourrais-je aller sinon à Dieu ?… Ce Gospel lui colle tellement à l’âme qu’il va le reprendre, en 1968, pour son Comeback télévisé. Celui-ci va donner lieu à une longue séquence Gospel magnifique, Elvis étant entouré du groupe féminin noir The Blossoms et interprétant en medley outreWhere Could I Go But To The Lord, Sometimes I feel Like A Motherless Child– chanté par Jean King des Blossoms – et Up Above My Head, enregistrée, le 21 juin 1968, en sept prises. La dernière apparaîtra alors sur l’albumElvis TV Special (LPM 4088). 

Le dernier soir, le 28 mai, la session est très courte, elle commence à 19h pour se terminer à 22h. 

Le King s’éloigne du Gospel pour mettre en boîte Come What May, écrit, en 1957, par Franklin Tableporter. La chanson est enregistrée la même année par Al Casey (Dot 15563), puis l’année suivante par Clyde McPhatter (Atlantic 1185), toutefois sans grand succès. Cette phrase qui trouve son origine dans Macbeth de Shakespeare et qui a fait l’objet notamment du thème principal du film Moulin Rouge, en 2001, correspond à notre : advienne que pourra. Elvis enregistre ce mid-tempo en 8 prises, la dernière faisant l’objet, en juin 1966, de la face B de Love Letters (47.8870). 

Pour terminer, il inscrit à son repertoire Fools Fall In Love de Jerry Leiber et Mike Stoller qui l’avait écrit, en 1957, pour The Drifters qui l’enregistre la même année (Atlantic 1123) et atteignent la 10ème place du classement R&B. Cette chanson qui bénéficie d’une superbe mélodie est enregistrée par Elvis sur un tempo plus enlevé en cinq prises. La dernière apparaîtra, en janvier 1967, en face B d’Indescribably Blue (47-9056). 

L’ALBUM HOW GREAT THOU ART (LSP 3758) 

L’album How Great Thou Art, qui sort, en février 1967, comprend douze titres enregistrés entre le 25 et le 27 mai 1966 dans le Studio B de Nashville : In The Garden, How Great Thou Art, Somebody Bigger Than You And I, Farther Along, Stand By Me, Without Him, So High, Where Could I Go But To The Lord, By And By, If The Lord Wasn’t Walking By My Side, Run On, Where No One Stands Alone, et en bonus Crying In The Chapel, enregistré, le 30 octobre 1960, dans ce même studio. 

Le résultat est sans appel, il se hisse à la 18ème place du Billboard – un score inimaginable pour un disque de ce style – où il reste 29 semaines et est certifié Triple Platine. Il est par ailleurs nominé pour les Grammy’s dans deux catégories : Meilleur Album Religieux, qu’il remporte et Meilleure Qualité Sonore pour l’ingénieur Jim Malloy, qui ne l’obtient pas. En Angleterre, il atteint la 11ème place. On note que la photo de couverture propose en arrière-plan une photo de la First Church of Christ de la ville de Sandwich dans le Massachusetts. 

Elvis est allé puiser là au plus profond de ses racines et même au-delà avec des titres commeHow Great Thou Art qui date du 19ème siècle. Il chante et, avec lui choristes et musiciens, qui seraient tous à citer, sa foi, sa croyance en Dieu, au travers de ses hymnes repris souvent par des chorales et de tous ces gospels si chers aux quartets, qu’ils soient Noir ou Blanc. Il en réalise les arrangements en n’hésitant pas sur certains à se fondre même au milieu de toutes ses voix qui sont absolument magnifiques, tout en restant vrai, sobre, totalement inspiré. Magique !

How Great Thou Art (445040) sortira chez nous dès 1967 où il sera le premier disque français à paraître en Stéréo-Dynagrove. Il sera réédité régulièrement jusque dans les années 70. 

MUSICIENS DES SESSIONS

Guitares : Scotty Moore, Chip Young

Basse : Bob Moore (sauf 28 mai), Charlie Mc Coy (sauf 26 mai), Henry Strzelecki (sauf 28 mai)

Batterie : D.J. Fontana, Buddy Harman

Piano : Floyd Cramer, Henry Slaughter, Elvis Presley (Beyond The Reef)

Orgue : Henry Slaughter (sauf 28 mai), David Briggs (26 mai)

Harmonica : Charlie Mc Coy (sauf 26 mai)                                         

Sax : Boots Randolph, Rufus Long

Tymbale : Buddy Harman

Trompette : Ray Stevens (28 mai)

Steel guitar : Pete Drake

Choristes : The Jordanaires, The Imperials (sauf 28 mai), Millie Kirkham, June Page, Dolores Edgin, Charlie Hodge, 

Red West (Beyond The Reef) 

Ingénieurs : Jim Malloy (25 & 27 mai), Al Pachucki (28 mai)

Producteur : Felton Jarvis

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