HONOLULU, HAWAII
14 JANVIER 1973
« J’aimerai dire avant toute chose, que c’est un grand privilège, que de faire ce spectacle par satellite et que je ferais de mon mieux. Ainsi que tout le monde qui travaille avec moi, nous nous efforcerons de faire la meilleure prestation, que ce soit. Juste essayer de rendre les gens heureux pendant une heure. Si nous y parvenons, je pense que j’aurais fait mon boulot. »
Elvis, novembre 1972

Avec le show Elvis : Aloha from Hawaii – Via Satellite, Elvis est entré, une fois de plus, dans l’histoire de la musique et de la télévision. Le spectacle a été donné à l’Honolulu International Center Arena, le dimanche 14 janvier 1973 à 0h30, heure d’Hawaï et a été le premier concert retransmis mondialement par satellite.Le concert a été retransmis en direct via le satellite Globecam vers l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande, les Philippines, le Sud-Vietnam et d’autres pays alentours puis a été diffusé en différé dans une trentaine de pays européens dans les quelques heures et jours suivants. L’un des tous derniers pays à le diffuser sera les USA ! La première diffusion américaine a eu lieu le 4 avril 1973 sur NBC-TV qu’Elvis regardera dans son salon de Graceland.
Le costume qu’Elvis porte lors du show deviendra emblématique dans la conscience collective du grand public de l’image de l’Elvis Presley des années 70, car elle sera reprise bien souvent par les médias : journaux, télévision, cinéma… Comme l’écrit la célèbre essayiste américaine Bobbie Ann Mason :Lorsqu’Elvis Presley déploie sa cape à la toute fin du show avec les ailes de l’aigle entièrement déployées et cloutées dans le dos, il devient une figure divine. Le double album qui l’accompagnait, sorti en février 1973, s’est hissé à la première place et s’est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires – certifié cinq fois Platines – rien qu’aux États-Unis.
La diffusion américaine a attiré 51 % des téléspectateurs et a été suivie par plus de foyers américains que le premier pas de l’homme sur la Lune. Au total, l’émission a été initialement diffusée dans environ quarante pays et, selon les estimations, entre 1 et 1,5 milliard de personnes l’ont regardé.
Lorsque Also Sprach Zarathustra a annoncé l’arrivée du King à l’HIC Arena, ce ne sont pas seulement les 6.000 personnes présentes dans la salle qui ont ressenti une excitation frémissante dans tous les nerfs de leur corps, mais des centaines de millions de spectateurs et d’auditeurs pour ceux qui suivaient la diffusion du concert à la radio. Elvis, qui était toujours nerveux avant un concert, était probablement plus conscient que jamais qu’il faisait face à un défi où la moindre erreur serait observée par des millions de personnes à travers le monde. Pour bien comprendre le déroulé de ce concert unique, il faut revenir quelques temps en arrière. Le Colonel Parker eut l’idée de ce spectacle lorsqu’il vit la visite du Président Nixon en Chine retransmise en direct par satellite en février 1972. Il a alors été décidé d’un commun accord entre Elvis et Parker qu’ils ne toucheraient pas un seul $ des deux shows qui y seraient donnés – celui de répétition du 12 janvier 1973 (show 518) et celui qui a été effectivement diffusé (show 519) – et que toutes les recettes seraient reversées à une association de lutte contre le cancer ; c’est à Eddie Sherman, journaliste au quotidien hawaïen The Advertiser, que revient l’honneur de voir l’intégralité des recettes du spectacle reversée à un fonds qu’il avait lui-même créé l’année précédente. Ce fonds avait été créé en l’honneur du chanteur et compositeur hawaïen Kuiokalani Lee, décédé d’un cancer le 3 décembre 1966 à l’âge de 34 ans seulement. Lee avait composé I’ll Remember You chanson qu’Elvis a enregistrée le 10 juin 1966 à Nashville.Lorsque la veuve de Kuiokalani Lee a appris qu’Elvis Presley organisait un spectacle au profit du fonds de son mari, elle s’est tellement émue qu’elle a dû consulter un médecin pour obtenir des sédatifs… ! L ‘objectif était de récolter 25.000 dollars pour la fondation. Le résultat s’éleva finalement à 85.000 dollars. Le Colonel Parker décida que le spectacle diffusé par satellite n’aurait pas de prix fixe pour les billets et que les 200 personnes ayant payé le plus cher pour leurs billets obtiendraient une place dans ce qu’on appelait le Golden Circle. Elvis et Parker achetèrent eux-mêmes des billets à 1.000 dollars chacun.

La star de la série télévisée Hawaii Five-O– Hawaii Police d’État – et grand ami d’Elvis, Jack Lord, a payé le même prix pour deux billets. Un certain nombre d’autres célébrités ont acheté des billets à 100 et 500 dollars, ce qui a permis que les recettes dépassent largement les attentes premières. L’extrême opposé s’est également produit : une dame qui était venue avec cinq enfants a obtenu ses billets pour 3,75 dollars. Le Colonel Parker décida également que, si la demande de billets était forte, le public aurait également la possibilité d’acheter des billets pour la répétition générale du 12 janvier 1973. Ce spectacle avait été prévu car un show de secours était nécessaire au cas où il y aurait un souci technique pendant la retransmission en direct. Les billets pour l’émissiontélévisée furent mis en vente le 7 janvier 1973. À ce moment-là, 4.000 des 6.000 billets avaient déjà été vendus par correspondance. Les 2.000 restants furent vendus le jour même, puis les billets pour la répétition furent mis en vente et se vendirent le jour même.

Le 9 janvier 1973, un Boeing 747 affrété atterrit à l’aéroport d’Honolulu, sur l’île d’Oahu. Lorsqu’Elvis Presley descend de l’avion, c’est pour se préparer à être le héros d’un événement historique : il sera le premier artiste à donner un concert retransmis en direct par satellite dans plus de quarante pays. Elvis et son entourage sontaccueillis à l’aéroport par le Colonel Parker et Sonny West. Il est ensuite conduit à bord d’un hélicoptère qui l’emmène jusqu’à l’héliport situé à l’extérieur du Hilton Hawaiian Village, près de Waikiki, la plage la plus fréquentée au monde. Environ 1.000 personnes se tenaient à l’extérieur de l’héliport clôturé pour tenter de l’apercevoir. Elvis avait loué tout le dernier étage du Hilton et les nuits suivantes furent consacrées à des répétitions au Hilton’s Hawaiian Dome. Les musiciens, arrivés quelques jours avant Elvis, répétèrent pendant une semaine entière au Honolulu International Center, où le spectacle par satellite allait être diffusé. Même si la retransmission avait été planifiée dans les moindres détails, plusieurs problèmes surgirent au cours des jours et des heures précédant le spectacle par satellite. L’un des moins graves, bien que suffisamment problématique pour être relevé, concernait la cape du jumpsuit 1973 American Eagle Suit qu’Elvis portait pour les deux shows : à la fin du show de « répétition » du 12 janvier 1973, Elvis avait offert la cape de son costume de scène à l’épouse de Jack Lord. Le costumier, Bill Belew, fut contacté à Los Angeles et prié d’en confectionner une autre immédiatement. Belew répondit, désespéré :Mais nous avons utilisé tous les rubis dont nous disposions ; il faut en commander d’autres en Europe… ! Heureusement, une nouvelle cape arriva à temps… Mais revenons quelques instants sur ce jumpsuit qui avait toute son importance puisque plus d’un milliard de personnes le verraient et donc une majorité de spectateurs qui n’étaient pas américains. Belew avait commencé sa collaboration avec le King en 1968, en assurant la création de la combinaison en cuir qu’il portait lors de son émission spéciale sur NBC Comeback Special ; par la suite, il avait conçu de nombreux jumpsuits. Les créations de Belew se caractérisaient par un tissu extensible en gabardine, des « cols napoléoniens », des décorations en strass et des pantalons à patte d’éléphant, très à la mode à cette époque. Pour l’émission spéciale à venir, le King demanda à Belew de créer un modèle « patriotique » : il estimait en effet que la diffusion de l’émission par satellite était le fruit de la créativité américaine. Comme elle allait être vue à l’étranger, il dit à Belew :Je veux simplement que ce costume incarne l’Amérique. Ce fut l’une des rares occasions où Elvis formula une demande particulière à Belew, qui s’appuyait habituellement sur sa propre créativité.

Au départ, Belew a suggéré un motif inspiré des contours de la carte du pays. Ils ont ensuite envisagé le drapeau, mais ont finalement opté pour l’aigle à tête blanche car Belew se souvenait d’avoir vu cette image dans un établissement officiel américain. La combinaison blanche arborerait un aigle à tête blanche réalisé à partir de motifs de pierres précieuses dorées, bleues et rouges sur la poitrine et dans le dos. Belew a créé une ceinture en cuir blanc de 10 cm de large ornée de cinq ovales représentant le Grand Sceau des Etats-Unis. Au départ, il avait confectionné une cape descendant jusqu’aux mollets. Elvis prévoyait en effet de s’en couvrir au début de sa prestation, puis de se dévoiler une fois le spectacle lancé, mais il l’a écartée pendant les répétitions, la jugeant trop lourde avec ses 5,4 kg… ! Belew a donc dû créer une cape qui lui descendrait jusqu’aux hanches. La fabrication de l’ensemble du costume a mobilisé la majeure partie de l’équipe de Belew en raison de l’importance des broderies et de la fixation de plusieurs bijoux : elle ne comportait pas moins de 6.500 pierres individuelles ! D’autres problèmes sont apparus : la scène était gigantesque, construite spécialement pour l’occasion, elle était en forme de « T ». Elle occupait tellement d’espace que le public a dû être limité à 6.000 personnes, alors que la salle pouvait normalement en accueillir 8.400. Pour des raisons de production, le producteur, Marty Pasetta avait placé les musiciens d’Elvis sur une scène surélevée bien derrière lui, ce qu’Elvis n’acceptait pas :Je suis désolé, M. Pasetta, je ne peux pas valider cela ; je veux que mes musiciens soient avec moi sur scène. Le show du 12 janvier 1973, est plus court que celui du 14 ; en effet, Pasetta a demandé à Elvis d’inclure trois chansons supplémentaires pour que l’émission Aloha From Hawaii diffusée par satellite soit plus longue, ce qu’Elvis a accepté d’un léger signe de tête. Il avait l’habitude d’improviser au fur et à mesure pendant les concerts donc cela ne lui a posé strictement aucun problème ; Johnny B. Goode, I Can’t Stop Loving You, ainsi que le medley Long Tall Sally/Whole Lotta Shakin’ Goin’ On furent donc ajoutés pour le show du 14 janvier. Mais les soucis ne s’arrêtèrent pas là : des problèmes techniques qui survinrent menacèrent de perturber l’ensemble de la retransmission… tout le matériel électrique nécessitait plus d’électricité que ce qui était disponible dans le bâtiment. Deux heures avant le début du spectacle, les lumièresde la salle se mirent à clignoter, puis s’éteignirent avant de revenir… La marine fut contactée et, sirènes hurlantes, vint à la rescousse avec du matériel permettant de renforcer l’alimentation électrique, quelques minutes seulement avant qu’Elvis ne monte sur scène. Il est alors temps pour Elvis de rentrer sur scène et de donner le « Show du Siècle » comme il sera couramment appelé par la suite. On constate, qu’il a minci, il s’est entraîné comme un sportif, il a en effet perdu ces dernières semaines une douzaine de kilos et il est à son poids de forme – à peine plus de 75 kilos -. Etonnement encore, des années plus tard, des « journalistes » – qui naturellement ont pris le soin de visionner le concert – diront qu’il était gros dépassant les 100 kilos ! Comme quoi les poncifs propagés par certains ont souvent la vie dure !

« Pour le concert d’Hawaii par satellite, tout était réglé à la seconde près et nous avions tous très peur et j’ai dit à tous mes musiciens : aujourd’hui nous n’avons le droit à aucune erreur car sinon le monde entier le verra… et tout s’est déroulé à merveille, Elvis a été fantastique, un très grand moment… Pour nous tous« .
Joe Guercio


Honolulu, Hawaii
Dimanche 14 janvier 1973
0h30
Show 519
Honolulu International Center Arena
Spectateurs : 6.000
Jumpsuit: 1973 American Eagle
Ceinture: Original Belt
Cape: Blue Cape
Météo durant le show: Clair / 65°F (18,5°C)
Lorsque le concert débute, les lumières s’éteignent (volontairement… !) dans la H.I.C. Arena et le public se retrouve dans la pénombre alors que retentissent les premières notes de Also sprach Zarathoustra. Une fois le morceau terminé, les lumières s’allument et c’est Ronnie Tutt déchainé à la batterie qui lance le show.
Elvis arrive sur scène par la gauche avec un look incroyable ; il est magnifique, bien coiffé, mince et porte un splendide jumpsuit : le 1973 American Eagle Suit ; il fait signe de chaque côté de la foule en souriant.
Charlie Hodge, lui met la guitare autour de l’épaule et très rapidement il commence à chanterSee See Rider. On sent qu’Elvis est un peu stressé, il a la gorge nouée mais il n’en laisse rien paraître, il est très souriant et quand arrive le solo instrumental de guitare, il recule de quelques pas et se met à côté de James Burton et de John Wilkinson, jouant de sa guitare sèche sur laquelle est écrit sur le manche « Elvis Presley » pendant que Burton joue avec sa célèbre Fender Telecaster rose datant de 1968. Puis à un moment, Elvis arrête de jouer, relève la guitare, la regarde sans que cela ne perturbe la partie instrumentale ce qui montre qu’elle est assurée uniquement par Burton et Wilkinson ; avec son sens de l’humour Elvis n’hésite pas à montrer à des millions de personnes son sens de l’autodérision !
Il reprend le micro, chante de nouveau le refrain alors que Ronnie Tutt accélère le rythme à la batterie. En le regardant, on peut déjà se rendre compte qu’Elvis est plus détendu qu’au début de la chanson. Il se met à chanter tout bas le refrainSee See Rider… en bougeant son buste, avant de conclure le refrain final avec puissance. Il brandit sa guitare, regarde ses doigts et il sourit au public qu’il remercie. Elvis commencera chacun de ses concerts – à quelques exceptions près – parSee See Rider, morceau de blues écrit en 1924, à partir du show d’ouverture de la 6ème saison à Las Vegas – 26 janvier 1972, jusqu’à son dernier concert à Indianapolis, le 26 juin 1977.Si Elvis l’a chantée des centaines de fois en concert, il ne l’a jamais enregistrée en studio.


Immédiatement après la fin de la chanson, Elvis pointe son index vers James Burton pour lui indiquer qu’il peut commencer à jouer l’introduction deBurning Love. Il semble très à l’aise sur cette chanson et contrairement aux répétitions deux jours auparavant, il ne se trompe pas dans les paroles. Il est très souriant, il l’a enregistré le 28 mars 1972 et l’a classé n° 2 au Billboard – n° 1 au Cashbox – aux USA,en août 1972.Après avoir chanté les premières paroles de la chanson, il repose son micro, joue quelques secondes avec sa guitare puis le reprend à nouveau pour chanter le second couplet. Comme d’habitude son pied gauche marque le rythme et il tient avec puissance le micro de sa main droite ; le final est incroyable : Elvis lâche le micro, lève ses poings deux fois en avant. Une fois terminé, le King redonne la guitare à Charlie Hodge ; il remercie le public et leur souhaite la bien bienvenue. Une spectatrice lui tend alors un collier de fleurs rouges qu’il met autour de son cou.
Burning Love est interprétée pour la première fois pendant la tournée d’avril 1972 – Tour 4 – qui sera filmée pour le documentaire Elvis On Tour, le 14 avril 1972. Il la chantera pour la dernière fois pendant le Tour 22, le 25 octobre 1976 à Fort Wayne, IN.
Après les applaudissements nourris du public, Elvis s’adresse à James Burton en disantSomething puis commence à chanter avec beaucoup de douceur ce classique des Beatles écrit par George Harrison. En interprétant cette chanson, il montre au monde entier qu’il n’est pas seulement le roi du rock’n’roll mais aussi un interprète exceptionnel de styles musicaux totalement différents. Elvis s’approche petit à petit vers le bout de la scène pendant que l’on entend la magnifique voix de Kathy Westmorland faire écho aux paroles de la chanson. Elvis la regarde d’un air complice et l’on ressent dans son regard la douceur et l’admiration qu’il lui porte. Il s’amuse à passer le fil de son micro entre son collier de fleurs avec ce sourire « canaille » qu’on lui connait. Sur le quatrième couplet, il s’approche d’une fan qui lui offre un second collier de fleurs roses qu’il accepte avec grande gentillesse et le met autour de son cou. Sur le final, il termine la chanson les deux bras ouverts tel un chef d’orchestre et remercie le public.
Elvis la mettra pour la première fois à son répertoire le jour de l’Opening Night de la saison 3 à Las Vegas – le 10 août 1970. Il la chantera seulement une petite trentaine de fois ; la dernière version connue étant celle donnée au Civic Center d’Asheville, NC,le 24 juillet 1975. Il ne l’enregistrera en revanche pas en studio.
Alors qu’Elvis transpire déjà beaucoup et boit un peu d’eau, les cuivres de l’orchestre de Joe Guercio entament l’introduction deYou Gave Me A Mountain. Le King chante la chanson avec beaucoup d’application et d’intensité. S’il commence à chanter doucement les premières lignes, il montre sa puissance vocale dès le premier refrain ; il se retourne dans la direction de Ronnie Tutt en l’encourageant à donner son maximum à la batterie ! Pendant le second couplet, Elvis lève les yeux vers le plafond comme s’il faisait une prière, demandant la manière dont il pourrait escalader cette montagne qui pourrait s’apparenter à la fin de la famille unie dont il avant tant rêvé d’avoir avec son épouse Priscilla et sa petite fille Lisa Marie. Le final est éblouissant et le public l’applaudit à tout rompre.
You Gave Me A Mountain a été écrite par Marty Robbins en 1968 et interprétée pour la première fois en 1969 par Frankie Laine. Elvis ne va pas l’enregistrer en studio, mais la chante très souvent de 1972 jusqu’à son dernier show en juin 1977. A ce jour, plus de 360 versions nous sont parvenues et il est fort probable qu’il l’ait chanté au minimum 400 fois. On associe souvent cette chanson à sa rupture avec Priscilla. C’est en effet au moment de leur séparation qu’il a commencé à la chanter ; toutefois, lors du concert du 2 septembre 1974 – Closing Show de la 11ème saison à Las Vegas -, il dira, alors que Priscilla se trouve dans la salle, et, qu’il n’a jamais chanté cette chanson en rapport à sa situation personnelle.
Puis, il boit une gorgée d’eau alors que Jerry Schieff commence à jouer les premières notes de Steamroller Blues. Il s’agit d’une chanson écrite et chantée par James Taylor en 1969. Cette fois encore, Elvis ne l’enregistre pas en studio, mais ce sera son interprétation lors de ce concert qui sortira en single – avec en face BFool enregistrée dans la nuit du 28 au 29 mars 1972 – prise 2 – qui sera retenue comme master. Le 4 mars 1973 aux USA, il atteindra une belle 16ème place au Billboard US Pop Singles Chart.


Elvis prend vraiment du plaisir à la chanter ; il sourit à James Burton, s’approche du public, retire les deux colliers de fleurs qu’il avait autour du cou qu’il tend avec délicatesse à Charlie Hodge, embrasse une fan qui lui met un autre collier de fleurs jaunes. Toujours aussi souriant, il fait signe à Glen Hardin de continuer à jouer avec ce style blues ; puis le solo de piano terminé, il pointe son index en direction de James Burton et John Wilkinson pour un magnifique solo à la guitare. Elvis les regarde avec beaucoup d’intensité alors que James Burton fait des merveilles avec sa Fender rose ; quand le refrain final arrive, il met tellement de puissance qu’il en fait trembler son micro ; les trois doigts de sa main gauche sont tendus tandis que sa main droite tient avec fermeté le micro en même temps. Il chante avec tellement de facilité que cela en est déconcertant. Il termine, comme d’habitude, le final tel un chef d’orchestre, les guidant avec ses bras.La version est si parfaite que, comme nous l’avons dit, elle sera utilisée comme single. C’est une chanson qu’il chantera assez régulièrement en 1973, 1974 et 1976. Sa première interprétation, très différente de celle-ci, a lieu lors de la 7ème saison à Las Vegas, le 7 aout 1972 – Midnight Show – et la dernière fois, une version splendide, le 28 mars 1977 à Austin, TX.
Après avoir remercié le public comme il le fait après chaque chanson, ce qui, il faut le préciser, est rare chez un artiste, Elvis annonce qu’il va chanter sa chanson préférée,My Way. Cela a dû être incontestablement une surprise pour des millions de téléspectateurs que le King reprenne l’un des plus grands succès de Franck Sinatra. Pourtant, la version que chante Elvis lui est bien propre.
Elvis l’a enregistrée en studio dans la nuit du 10 au 11 juin 1971 dans le Studio B de RCA à Nashville. Il ne lui faudra que trois prises pour mettre en boîte une version pleine de délicatesse et de profondeur. Étrangement, celle-ci ne paraitra ni en single ni sur un album de son vivant. Il faudra attendre la sortie du magnifique coffretWalk A Mile In My Shoes : The Essential ‘70s Masters, pour que les fans la découvrent. En revanche, une version live qui a été enregistrée le 21 juin 1977 à Rapid City, sortira en single le 3 octobre 1977, il restera dans les charts américains pendant douze semaines et attendra la 22ème place.
Le King la chantera pour la première fois à Las Vegas, le 4 août 1972, et elle restera présente dans son tour de chant durant tous les shows de celle-ci. Il la chantera ensuite de façon sporadique, sa dernière interprétation ayant lieu à Cincinnati, OH, lors de son avant dernier show, le 25 juin 1977.
Intéressons-nous à la version de ce show ; il met beaucoup d’intensité sur le premier couplet ; il semble vraiment inspiré par les paroles, il ferme les yeux et l’on ressent beaucoup l’émotion qui s’en dégage. C’est une chanson qui nécessite de la maturité et si la version enregistrée moins de deux mois avant sa mort reste la référence, celle-ci est magnifique. Lorsqu’il chante le premier refrain de la chanson, il y met une telle profondeur, de puissance, qu’il est obligé de s’éloigner du micro et cela est encore plus visible et audible sur le dernier refrain où il laisse peut-être une seconde entre : I did dit…et my way… C’est splendide, le public l’acclame.
Si le King a pu déjà montrer qu’il était capable de passer des chansons rock à des ballades et au blues, il annonce au public qu’il va interpréter un medley – des classiques du rock’n’roll des années 50. Charlie Hodge lui met un foulard bleu autour du cou ; il commence à chanter les premiers mots de Love Me, Treat Me… Il s’arrête, s’adresse à quelqu’un du public et reprend la chanson ; c’est la folie dans la salle ! C’est un grand classique d’Elvis enregistré au Studio 1 à Hollywood, le 1er septembre 1956 ; écrit par Leiber et Stoller en 1954 dont ils diront que c’est la pire chanson qu’ils n’aient jamais écrite (!). Elvis la magnifie et la sort en EP, lequel atteindra la 2ème position au Billboard Top 100. Les spectatrices sont au bord de l’hystérie et l’on voit que cela amuse beaucoup Elvis qui va entrouvrir son jumpsuit pour frapper le micro sur son cœur en parfaite synchronisation avec la batterie de Ronnie Tutt, tout en offrant au public le sourire séducteur qu’on lui connait. Une jeune fille lui tend un mouchoir ; Elvis s’essuie le visage ainsi que son torse à toute vitesse et le lui rend ce qui semble beaucoup l’amuser. Il regarde le foulard bleu que Charlie lui a donné au début de la chanson, le retire et le donne à une spectatrice au bout de la scène. Le final est encore une fois magnifique et pour autant il n’a absolument pas du tout dénaturé le tempo de la version originale des années 50.
Le King continue sur sa lancée avec l’un des plus grands classiques de l’histoire du Rock’n’Roll : Johnny B. Goode, composée et interprétée par Chuck Berry en 1958. Il s’agit de l’une des chansons qu’Elvis a décidé d’ajouter à ce show pour en rallonger la durée a la demande du producteur Marty Pasetta.
Elvis l’interprètera pour la première fois sur scène lors de son retour, le 24 aout 1969, à Las Vegas. Il l’interprètera à partir de la saison 3 à Las Vegas – août 1970 – jusqu’à son dernier show du 26 juin 1977 – dans le cadre de la présentation de James Burton au public dans les deux dernières années.Pour le show d’Aloha, l’introduction de James Burton est magnifique et Elvis semble beaucoup l’apprécier : il reste juste à côté de James sans bouger tout en souriant, admirant le jeu de ce guitariste si talentueux. Puis, il commence à chanter la chanson sur un tempo de folie ; il se met à rire et se tourne vers ses musiciens et ses choristes comme pour leur dire « profitez de ce moment inoubliable ! ». Le solo de Burton avec sa Fender est splendide ; Elvis s’amuse à mimer avec sa main gauche le jeu de guitare, il y met vraiment toute son énergie ! Il jette un regard de connivence à Charlie Hodge qui est également à la guitare et fait, comme toujours, les harmonies vocales et met fin à la chanson avec sa gestuelle inimitable.


Après avoir remercié le public, le King se retourne vers le TCB Band et nous pouvons l’entendre direIt’s Over. Il s’agit d’une chanson écrite et interprétée par Jimmie Rodgers en 1966 et qui a eu connu un relatif succès – 37ème au US Billboard Hot 100. Ce n’est pas vraiment une chanson qui semblait au premier abord avoir le potentiel pour être reprise par Elvis – Jimmie Rodgers a dû en être le premier surpris et fier ! Il a certainement été séduit par la mélodie de cette balade, que l’orchestre, le TCB Band, les chœurs et JD Sumner magnifient considérablement par rapport à l’originale qui est chantée avec une guitare sèche lui donnant un style plus country et ses paroles décrivant la fin d’une relation amoureuse. Elvis met énormément d’émotion lorsqu’il chante le couplet avec force et garde les yeux fermés comme pour cacher sa douleur :
If you knew just how I really feel Si tu savais ce que je ressens vraiment
You might return and yet Tu reviendrais peut-être, et pourtant
There are so many times Il y a tant de fois
That people have to love and then forget Où les gens doivent aimer, puis oublier
Though there might have been a way Même s'il y avait peut-être eu un moyen
I have to force myself to say Je dois me forcer à dire
It's over. Que c'est fini.
Elvis enchaîne ensuite, pour le plus grand plaisir du public et présent derrière les écrans de télévision et des postes de radio sur l’un des morceaux qui a contribué à façonner sa légende : Blue Suede Shoes. Il s’agit d’un monument du rock’n’roll au point d’avoir été introduite au Rock and Roll Hall Of Fame, comme l’une des 500 chansons qui ont marqué l’histoire du Rock’n’Roll. Elle a été composée et chantée par Carl Perkins qui l’enregistre dans les tous derniers jours de 1955 dans les studios Sun Records où Elvis est également sous contrat. Elle sort le 1er janvier 1956 et est la première chanson de l’histoire à se classer dans les trois charts des meilleures ventes de Pop, R’n’B et country. Elvis l’enregistre pour sa part le 30 janvier 1956 au Studio 1 de RCA en dix prises, la dixième étant le master. Elvis en fait un succès mondial et évincera dans l’inconscient collectif le fait qu’il s’agissait d’une reprise. Carl Perkins n’en a pas pris ombrage ; il a dit lui-même beaucoup plus tard en ITW qu’Elvis avait tout. Il avait le physique, le charisme, le manager et le talent. Et contrairement à beaucoup d’entre nous, il ne ressemblait pas à Monsieur « tout le monde ». Elvis séduisait avec ses pattes, ses vêtements de scène et ses bagues. Moi, j’avais trois enfants. Elvis reprend la chanson lors du Comeback Special et elle fait l’ouverture de chacun de ses shows de la saison 1 à Las Vegas à l’été 1969.
La version qu’il en donne est très rock, dans un tempo assez proche de la version studio. Il a une pêche d’enfer, entraine le TCB Band avec ses bras à donner toujours plus. Il est resplendissant de bonheur. Il la chantera environ quatre-cents fois : à chaque concert de la 1ère saison à Las Vegas. Les deux dernières années, il la chante assez rarement et uniquement pour faire plaisir à son public car à l’écoute de ces dernières versions, il n’en ressent plus aucun plaisir, contrairement au show d’Aloha. Il la chantera pour la dernière fois le 23 juin 1977 à Des Moines, IA.
Puis, il montre encore l’étendue de son talent en passant en quelque sorte du rire aux larmes, du rock à une ballade déchirante en disant qu’il va chanter : la chanson la plus triste… qu’il connaisse. Il s’essuie les yeux avec sa couronne de fleurs jaunes pendant que le bassiste Jerry Scheff joue les premières notes de I’m So Lonesome I Could Cry. Il s’agit d’une chanson écrite et interprétée par le chanteur country Hank Williams en 1949. La chanson sera reprise par de nombreux artistes, mais la plus notable est celle de B.J. Thomas en 1966 qui se classe 6ème aux USA et2ème au Canada. Pour sa part, avant le show d’Hawaii – à l’exception du show de répétition -, Elvis ne l’avait jamais interprétée. Il ne la reprendra d’ailleurs que deux fois seulement ; pour le show d’ouverture de la saison 8 à Las Vegas le 26 janvier 1973 et une dernière fois, toujours pendant la même saison, le 15 février 1973 – Dinner Show. Cette chanson lui colle réellement à la peau ; il chante avec ses tripes, la sueur coulant sur son visage pouvant laisser croire que ce sont des larmes. Il est submergé par l’émotion au point d’avoir un frisson. Tout se passe dans sa voix bien sûr mais également sur son visage et sa main gauche qui semble être l’extension des sentiments de tristesse et solitude qui l’envahissent depuis de nombreux mois. Elvis est certes le plus grand showman de l’histoire mais c’est aussi un artiste qui n’a jamais menti à son public ; le King arrive à nous faire savourer de plaisir de le voir s’éclater comme jamais sur un morceau de rock et deux minutes après, avec la même honnêteté, nous faire monter les larmes aux yeux par cette tristesse qui le submerge, lui, Elvis Presley. Il a le monde à ses pieds, mais il se sent si seul et ce sentiment ne fera malheureusement que le ronger de plus en plus au fil des années jusqu’à son décès. C’est seulement avec le temps que les gens comprendront à quel point il se sentait si seul, malgré des millions de fans en adoration, ce qui était tout le paradoxe de sa vie. Cette chanson en est le parfait exemple.


S’en suit une magnifique version deI Can’t Stop Loving You où Elvis retrouve immédiatement le sourire. Ce standard de la musique country – la chanson a été écrite et chantée par Don Gibson en 1957 et revisitée par Ray Charles en 1962 où le titre devient n°1 dans de nombreux pays – est réorchestrée magnifiquement par Joe Guercio et le TCB Band pour en donner une version qui colle à Elvis. S’il ne l’a jamais enregistrée en studio, nous avons eu la chance en 1999, sur l’album Suspicious Minds de l’entendre la chanter en totale improvisation dans les studios de l’American Sound, à Memphis, dans la nuit du 17 au 18 février 1969 en medley avec It’s My Way (of Loving You) et This Time. Cette version est fabuleuse où l’on ressent le bonheur palpable qu’Elvis à d’enregistrer enfin des morceaux pour des albums qui lui tiennent à cœur, et non plus des BO de films qu’il jugeait lui-même médiocres. Cette chanson a été chantée par Elvis lors la 1ère saison à Las Vegas, le 24 août 1969 – dinner show. Il la chantera ensuite pendant presque tous ces shows en 1973 et 1974. Le hasard a voulu qu’il ait chanté la chanson pour la dernière fois lors de son dernier concert. Nous en avons récupéré à ce jour un peu plus de 250 versions.
Il est amusant de souligner que pendant qu’il chante la chanson, il se baisse pour recevoir un nouveau collier de fleurs – blanche et rouge – la jeune fille qui le lui tend l’embrasse en criant :Oh Elvis ! I Love You… que l’on entend parfaitement bien. Cela aurait pu être retiré lors du mixage de l’album par l’ingénieur du son mais cela montre tellement l’amour inconditionnel que se portaient Elvis et ses fans que cette phrase en est le symbole.
Elvis enchaine avec Hound Dog, l’un de ses hits des années 50 écrit par le duo Leiber et Stoller et interprété en 1952 par Big Mama Thornton dans une version Rhythm and Blues. Elvis l’enregistre le 2 juillet 1956 dans les studios de RCA à NYC dans une version de pur rock’n’roll. C’est un succès non seulement aux USA où le titre se classe n°1 des ventes dans les charts pop, Rhythm & Blues, country & western, mais aussi à l’étranger. Cette chanson est le parfait exemple de la fusion réussie dont parle Elvis lors du Comeback Special de la Country, du Rhythm & Blues et du Gospel pour aboutir au Rock’n’Roll. Outre ses ventes stratosphériques à plusieurs millions d’exemplaires en quelques mois, Elvis en donne une interprétation mythique à la télévision, qui choquera une partie des Américains et fascinera les plus jeunes, le 5 juin 1956 lors du Milton Berle Show.
Mais à force de la chanter, Elvis a clairement perdu le plaisir de l’interpréter ; on le voit et on l’entend lors de cette version donnée lors du show d’Aloha. On peut dire que c’est la seule chanson bâclée du show, chantée tellement rapidement qu’il a du mal à articuler certaines paroles ; elle est expédiée en une minute ! Il continuera de la chanter jusqu’à son dernier concert uniquement pour faire plaisir aux fans de la première heure, mais elle sera tellement dénaturée qu’elle ne sera plus que l’ombre d’elle-même. Elvis voulait évoluer musicalement, mais il était parfois prisonnier d’une image d’un jeune rocker de 21 ans qu’il n’était plus et ne voulait plus être. Cela ne l’empêche pas d’être très souriant, de récupérer un foulard qui lui est tendu par une fan, de s’essuyer le visage et le torse avec en moins de deux secondes et le lui rendre.
Il enchaîne immédiatement par une chanson que très peu de fans connaissent déjà :What Now My Love. Son interprétation appliquée est une pure merveille. Il s’agit de la reprise d’une chanson française écrite par Gilbert Bécaud et Pierre Delanoë,Et Maintenant. Cette chanson est construite comme une sorte de « Boléro de Ravel moderne » qui ne fait qu’aller croissante dans sa puissance, avec le nombre d’instruments qui s’ajoutent au fil de la chanson. Elvis parvient à en dégager totalement la substance émotionnelle en se l’appropriant, comme s’il l’avait composée. Kathy Westmoreland effectue un travail exceptionnel et sa voix devient un instrument à elle seule. Elle est la seule debout à chanter alors que les Sweet Inspirations sont assises pendant les deux tiers de la chanson. C’est seulement sur le dernier couplet que tous les choristes se lèvent pour chanter, accompagnés par l’ensemble de l’orchestre de Joe Guercio. Elvis marque une très légère pause avant de chanter le refrain final, lui donnant d’autant plus de puissance. Sa maitrise vocale est totale ; pendant qu’il regarde Charlie Hodge en souriant, il tient la dernière note durant de longues secondes. Lorsque la chanson se termine, c’est une véritable standing ovation qui l’attend ; il remercie plusieurs fois le public en lui disant qu’il est formidable.
C’est une chanson qu’Elvis appréciait depuis longtemps, puisque nous avons eu la chance de récupérer deux versions enregistrées chez lui, au 10550 Rocca Place, Bel Air en juin 1966. Il ne l’a jamais enregistrée en studio mais la chanter pour la première fois à Las Vegas, le 4 août 1972. Il la chantera une dernière fois à la demande d’une personne du publicà Las Vegas, le 4 décembre 1976. Il s’agit plus d’une lecture des paroles, mais il y met une telle émotion que cela en donne des frissons. Il ne chante que le refrain final. A ce jour, nous avons récupéré un peu plus de 150 versions.


La chanson suivante est l’un des grands moments du concert ; Jerry Scheff joue les premières notes avec sa basse et l’on reconnait immédiatement l’emblématique Fever. C’est un moment de réelle communion entre Elvis et son public. C’est une très bonne idée qu’Elvis a eu que de choisir cette chanson dans son tour de chant pour ce show car elle montre parfaitement à quel point un seul geste de sa part pouvait faire vibrer à l’unisson des millions de spectateurs, comme c’était le cas à ses débuts, presque vingt ans plus tôt.Il joue réellement avec son public en affichant son air « canaille », car il sait parfaitement l’effet qu’aura chacun de ses gestes sur le public et notamment sur la gent féminine. Il commence par bouger juste sa jambe gauche ; puis lors du second couplet, c’est son buste entier pendant que les Sweet Inspirations, Kathy Westmorland, JD Sumner et les Stamps claquent des doigts jusqu’à la fin du morceau.
C’est amusant de le voir faire, car il ne fait pas ses mouvements par hasard ; il bouge sa jambe droite, puis sa jambe gauche, mais à un moment il est déconcentré et oublie de recommencer, il fait alors une sorte de signe de croix avec son micro en partant de son front, son nez puis sur chacun de ses yeux ! Le réalisateur scinde l’écran en deux ce qui nous permet de pouvoir voir Elvis de face et de profil en simultané. Plus la chanson avance et plus il bouge, il va jusqu’à se baisser totalement alors que les cris se font de plus en plus frénétiques. Le King termine la chanson en faisant un kata de karaté. On peut noter qu’Elvis ne la chante pas en entier ; il saute trois strophes – qu’il chantera de temps à autres lors d’autres shows – car la chanson est longue. Dans cette version, il manque les strophes suivantes :
Everybody’s got the fever
That is somethin’ you all know
Fever isn’t such a new thing
Fever started a long ago
Romeo loved Juliet
Juliet she felt the same
When he put his arms around her
He said, « Julie baby you’re my flame »
Thou givest fever
When we kisseth
Fever with thy flaming youth
Fever
I’m on fire
Fever yeah I burn forsooth.
Fever est une chanson de jazz teintée de Rhythm & Blues, écrite par Otis Blackwell et Eddie Cooley. Elle est enregistrée la première fois par Little Willie John en 1956. La chanson rencontre un succès immédiat puisqu’elle est vendue à plus d’un million d’exemplaires. En 1958, Peggy Lee l’adapte avec tellement de talent qu’elle est restée jusqu’à aujourd’hui l’un des titres de référence de l’histoire du jazz. Mais c’est la version d’Elvis qui sera la plus vendue, malgré les reprises de dizaines autres artistes. Il l’enregistre dans le Studio B de RCA à Nashville, le dimanche 3 avril au soir. Il ne lui faudra que quatre prises pour que le master soit retenu. Il la met à son répertoire sur scène le 5 août 1972, la dernière version qu’il en donnera sera le 23 avril 1977 à Toledo. A ce jour, nous possédons plus de 380 versions de ce monument de la musique du XXème siècle.
La chanson terminée, on peut entendre Elvis s’adresser au TCB Band, hors micro : Welcome To My World. Quelle excellente surprise car Elvis chante cette chanson spécialement pour le show d’Aloha ! La symbolique est naturellement qu’Elvis accueille toutes celles et tous ceux qui regardent leur poste de télévision et qui ne connaissent pas ou peu son univers. Quelle chanson ! Quelle interprétation ! Une splendeur : sa voix, son charme, son charisme sont à leur paroxysme.
Charlie Hodge met un foulard rouge autour du cou d’Elvis au début de la chanson et comme d’habitude, le King blague en donnant l’impression qu’il ne sait plus s’il doit le donner à l’un des membres du TCB Band ou au public ! Une fois le foulard donné à une jeune fille, Charlie lui en met un autre, blanc cette fois ci. Il termine la chanson en nasillant l’air du morceau avec une décontraction totale. C’est un cadeau de l’entendre et de le voir interpréter ce morceau.
Hormis une magnifique version donnée pour le show de répétition le 12 janvier 1973, Elvis n’intègrera jamais cette chanson à son répertoire. Il chantera le début de la chanson à la demande d’une personne du public lors de la 14ème saison à Las Vegas, le 13 décembre 1975 – Midnight Show – mais ne se souvenant plus des paroles, il y met un terme très rapidement. Presque quarante ans plus tard, en 2012, RCA publiera sur le label FTD le CD From Hawaii to Las Vegas qui reprend les répétitions d’Elvis en vue de son 8ème engagement à Las Vegas. L’enregistrement n’est pas de qualité professionnelle, il a été fait depuis un magnétophone. A priori, ces répétions ont eu lieu pendant son séjour à Hawaii, entre le 10 et le 13 janvier 1973. Nous pouvons l’entendre chanterWelcome To My World ; il est tout aussi décontracté que lors du show d’Hawaii, avec une voix très légère mais appliquée, bien qu’il fasse un petit jeu de mots. Il est certain qu’il a chanté cette chanson uniquement pour le concert. C’est un classique du répertoire Country composé par Ray Winkler et John Hathcock et interprétée par Jim Reeves en 1963.


Mais avec le King, comme nous l’avons entendu depuis le début du show, les changements de styles sont permanents. S’ensuit une version d’une rare intensité de Suspicious Minds qui fut son 18ème single n°1 des charts US (et le dernier de son vivant) qui est pour beaucoup de ses fans le titre qui symbolise son retour sur scène en 1969. Elle a été plusieurs fois élue comme étant la chanson d’Elvis préférée du public. Composée et interprétée par Mark James en 1968, c’est le producteur de la chanson, Chips Moman qui propose à Elvis de l’enregistrer, ce qu’il fait dans la nuit du 22 au 23 janvier 1969 à l’American Sound Studio de Memphis. Il l’enregistre en huit prises. Le tempo est plus rapide que la version studio mais dure à quelques secondes près autant – 4’30 -, ce qui en fait un morceau d’une très longue durée pour des passages radio lorsqueSuspicious Mindssort en single le 26 août 1969 – 4’22.
Suspicious Minds est une chanson idéale pour être interprétée sur scène ; Elvis n’est pas que chanteur, il est aussi acteur et le prouve souvent sur cette chanson en jouant avec le public, mais aussi avec ses musiciens et ses choristes. Pendant le show, il n’hésite pas à « théâtraliser » sa prestation en se mettant à genoux pendant qu’une jeune femme du public le recoiffe avec amour… Deux autres femmes essayent de lui retirer une bague, ce qui le fait sourire – bien qu’il ait souvent été blessé aux doigts pendant toutes les années où il était en concert au point de porter souvent des pansements. Il se remet à nouveau à genoux lorsqu’il chante le second couplet, avant de se redresser doucement pour en chanter le refrain. La chanson gagne de plus en plus en intensité et lorsqu’arrive le refrain final, il incite Ronnie Tutt à jouer au maximum de ses capacités en tournant le bras droit vers lui ; les lumières deviennent stroboscopiques – bleues et blanches – ; la salle est, un très court instant, plongée dans la pénombre et lorsque les lumières se rallument, on voit une jeune femme qui tend un éventail à Elvis qu’il s’empresse d’utiliser quelques instants !
Alors que la puissance de Suspicious Minds est à son paroxysme, Elvis prend encore le temps d’embrasser une spectatrice puis une seconde qui hurle. La salle est plongée dans la pénombre de nouveau ; seul Elvis est éclairé… Le rendu visuel est incroyable ; puis un flash blanc éclaire Elvis qui termine la chanson par un kata ! C’est émotionnellement comme artistiquement splendide.
Après une telle démonstration, la tension retombe et Elvis présente les musiciens : J.D. Sumner, puis le Stamps Quartet,les Sweet Inspirations, Kathy Westmorland, James Burton à la guitare, John Wilkinson à la guitare rythmique, Glen Hardin au piano – qui se lève pour remercier le public qui l’applaudit – puis Charlie Hodge pour ses harmonies vocales qu’il présente en riant comme étant « general flunky » – ce que l’on peut traduire par « larbin en chef » – car il lui donne ses écharpes etc… – c’est bien entendu une blague puisque Charlie Hodge est l’un des meilleurs amis d’Elvis, il occupe un rôle très important lors des concerts et il lui arrive souvent de vérifier avec les ingénieurs du son les balances avant les concerts… Elvis n’oublie pas, bien entendu, Joe Guercio ainsi que son orchestre. Il présente également son ami Jack Lord qui est alors la star de la série Hawaii Five-O. Il remercie également le producteur Marty Pasetta et toute son équipe, ainsi que le public pour la somme très importante récoltée pour l’association caritative Kui Lee contre le cancer.
Cela lui donne l’opportunité de lui rendre hommage en chantantI’ll Remember You. Il s’agit d’une balade très douce ; la salle est dans la pénombre ; le piano de Glen Hardin joue les premières notes et il est rejoint quelques secondes plus tard par les violons de l’orchestre de Joe Guercio. Seul un projecteur éclaire Elvis qui la chante avec beaucoup de délicatesse, la version est très proche de celle qu’il a enregistré dans le Studio B de RCA le 10 juin 1966. C’est une chanson qui lui aura donné du fil à retordre puisqu’il lui faudra dix-neuf prises pour obtenir le master.

Elvis enchaîne avec un medley de deux hits des années 50 : Long Tall Sally et Whole lotta Shakin’ Goin’ On. Il s’agit du dernier morceau ajouté à la demande du producteur pour rallonger la durée du show. James Burton, soutenu par John Wilkinson offre un magnifique solo.
C’est en effet le point d’orgue du concert auquel nous allons assister quand Elvis va interpréter la chanson An American Trilogy ; ne perdons pas de vue que ce show, le plus regardé au monde, se trouve à Hawaii, tout dernier Etat à avoir rejoint les quarante-neuf autres Etats des USA en 1959 et est interprété par le plus célèbre chanteur au monde qui est américain. Quoi de plus américaine que cette chanson même si les étrangers ne comprendront pas forcément les subtilités des symboles des grands moments de l’histoire américaine auxquels elle fait référence. Comme son nom l’indique, elle est un medley de trois chansons célèbres du répertoire de la musique américaine :
. Dixie est une chanson populaire du sud des Etats-Unis au XIXème siècle.
. The Battle Hymn Of The Republic est un chant repris par les soldats de l’Union – nord des USA – pendant la guerre de Sécession qui les oppose aux sudistes.
. All My Trials est une chanson populaire des années 50 qui était un hymne à un moment où la ségrégation faisait rage pendant que de très nombreux américains protestaient contre les inégalités sociales et raciales.
Ces trois chansons ont été magnifiquement regroupées en une seule qui a été composée et interprétée par Mickey Newbury au début de l’année 1972.
Lorsqu’Elvis interprète la chanson le jour du concert d’Aloha, elle n’est pas inconnue du grand public car elle figure dans le reportage Elvis On Tour. De plus, la chanson est sortie en single le 4 avril 1972 ; il s’agit d’une version live enregistrée pendant la 6ème saison à Las Vegas – Janvier/Février 1972. Lorsque l’on entend les premières notes à la guitare, la salle est totalement silencieuse ; Elvis commence à chanter les premières paroles de la chanson, reprenant les paroles de Dixie :
Oh, I wish I was in the land of cotton
Old things they are not forgotten
Look away, look away, look away Dixieland…
Puis Elvis tend son micro vers JD Sumner et les Stamps en disant : chantez pour nous… il les regarde, le dos tourné au public :
Oh, I wish I was in Dixie, away, away
In Dixieland I take my stand to live and die in Dixie…
Elvis reprend ensuite la suite des paroles :
‘Cause Dixieland, that’s where I was born
Early Lord one frosty morning
Look away, look away, look away Dixieland…
Il enchaine ensuite sur cette marche militaire nordiste, The Battle Hymn Of The Republic dont le style martial est parfaitement bien rendu par le jeu de batterie de Ronnie Tutt :
Glory, glory hallelujah
Glory, glory hallelujah
Glory, glory hallelujah
His truth is marching on…
L’intensité dramatique est parfaitement retranscrite par la voix exceptionnellement puissante d’Elvis, accompagnée par l’orchestre de Joe Guercio. On entend bien la voix de Kathy Westmoreland qui assure à merveille les harmonies, bientôt rejointe par les Sweet Inspirations ainsi que par JD Sumner et le Stamps Quartet.
Une fois le premier refrain terminé, Elvis marque une petite pose et il module sa voix de façon qu’elle garde son intensité mais aussi la même délicatesse qu’au début de la chanson. Il chante l’extrait de 3ème chanson, All My Trials :
So hush little baby
Don’t you cry
You know your daddy’s bound to die
But all my trials, Lord, will soon be over…

S’en suit un magnifique solo à la flute traversière assuré par le talentueux Gabe Btazar. La tension monte d’un cran lorsque l’orchestre de Joe Guercio semble vibrer avant l’arrivée de tous les cuivres. Le King les regarde et leur crie – sans le micro – de continuer ; son regard est celui d’un conquérant, qui s’apprête à mettre toute ses dernières forces pour le refrain final et c’est ce qu’il fait puisque sur le Hallelujah, il arrive à attraper une note haute de façon exceptionnelle – qui demande une parfaite maitrise technique vocale -, avec sa puissance vocale lancée au maximum et sur la dernière note qu’il tient plusieurs secondes. Les spectateurs sont en délire, une véritable standing ovation éclate dans la salle ; Elvis est souriant, il remercie avec humilité le public ; il sait à ce moment-là qu’il a fait le plus difficile.
Les fans tendent désespérément des mouchoirs à Elvis dans l’espoir qu’il les touche ; cette idolâtrie dépasse Elvis lui-même qui a toujours voulu être considéré pour ce qu’il était : un homme avec ses qualités et ses défauts. Mais quand on voit ce show, il est difficile de rester de marbre devant cet homme qui semble tout droit venu d’une autre planète comme l’avait écrit un journaliste l’année précédente lors de son passage au Madison Square Garden.
Malgré le fait que les applaudissements ne s’arrêtent pas, Elvis enchaîne sur l’un de ses grands succès de la fin des années 50, A Big Hunk O’ Love ; il est resplendissant, heureux : il sait qu’en ayant réussi une prestation aussi incroyable que celle qu’il vient de donner avec An American Trilogy, il a gagné son pari. Cela ne veut pas dire qu’il va bâcler les dernières minutes du concert, bien au contraire. La chanson est très rythmée et entrecoupée par deux solos : l’un au piano, l’autre à la guitare, un peu comme si l’un répondait à l’autre. Elvis regarde avec beaucoup d’attention Glen D. Hardin et James Burton jouer comme de véritables virtuoses chacun de leurs instruments. Le King a toujours souhaité mettre ses musiciens en avant et cette chanson en est le parfait exemple.
Elvis a enregistréA Big Hunk O’ Love juste avant son départ pour le service militaire, dans le Studio B de RCA à Nashville dans la nuit du 10 au 11 juin 1958, en quatre prises. Il la reprendra qu’à partir du show d’ouverture de la 6ème saison à Las Vegas, le 26 janvier 1972. Il la chantera pendant la quasi-totalité de ses shows de 1972 et 1973. La dernière version connue date du 26 janvier 1974, show d’ouverture de la 10ème saison à Las Vegas.
Une fois la chanson terminée, Elvis remercie le public alors que Charlie Hodge est derrière lui, en train de lui attacher aux épaules la cape qui a été reçue seulement quelques heures plus tôt. Il s’adresse une dernière fois au public en lui disant qu’il va chanter une chanson extraite de son premier film tournée à Hawaii : Blue Hawaii. Il commence à chanter Can’t Help Falling In Love, chanson qui aura clôturé tous les shows d’Elvis du 31 juillet 1969 au 26 juin 1977 – à l’exception de la 4ème saison à Las Vegas pendant l’hiver 1971. Il s’agit de la chanson qu’Elvis a le plus chanté de sa carrière. Sa voix est fabuleuse, on ne ressent aucune fatigue ; il s’applique beaucoup, il regarde de chaque côté du public et donne à une femme le foulard rouge qu’il avait depuis plusieurs minutes autour du cou. Les choristes accompagnent Elvis sur le premier refrain ; le King veut profiter de chaque moment qu’il lui reste avec son public pour ces instants qu’il sait inoubliables… Il s’approche d’une fan qui lui met autour du cou une seconde couronne alors que deux autres spectatrices essaient de lui arracher une bague qu’il a autour d’un doigt de sa main gauche, c’est l’hystérie complète car personne ne souhaite que le show se termine ! Elvis clore magnifiquement la chanson avec tous les choristes debout ; le King, genou à terre prend sa cape qui coute plusieurs milliers de dollars et la lance au public.

Il tient les deux index levés, il sourit à la foule. Il récupère une couronne – pas de fleurs cette fois ! – qu’il tient dans sa main ; il prend la direction des coulisses mais se retourne une dernière fois vers le public. Ce qui se passe dans la tête d’Elvis à ce moment-là doit être un mélange de bonheur, de fierté, de soulagement… il a réussi ce qu’aucun autre artiste n’avait fait et n’a jamais pu reproduire plus d’un demi-siècle plus tard : chanter devant des centaines de millions de personnes à travers le monde en donnant qui plus est une prestation parfaite. Même le Colonel Parker, qui était réputé avare en compliments, écrira quelques jours plus tard à Elvis une lettre très émouvante dans laquelle il le félicitait pour cette prestation phénoménale et la fierté qu’il ressentait. Les articles dans la presse internationale sont dithyrambiques ; il serait bien trop long d’en mettre des extraits car ce qui compte, c’est ce que chacun de nous a ressenti le jour où il a vu ce concert ; s’il était en âge de le voir en direct, s’il l’a vu bien des années plus tard… quoi qu’il en soit, chaque fan d’Elvis Presley se souvent très certainement du moment et de l’endroit où il se trouvait lorsqu’il a vu pour la première fois à la télévision le concert : Aloha from Hawaii.
Les fans s’en souviendront si bien que plus tard, ils n’auront qu’une idée se rendre sur les traces du King à Hawaii. Grâce à Elvis My Happiness, cette opportunité, ce bonheur, leur sera offert à plusieurs reprises. Ils ne manqueront jamais alors de se faire photographier devant la statue scellée en bonne place devant l’Honolulu International Center Arena et rappelant à tous qu’ici a été donnée : Le Concert du Siècle !


Le show terminé, la salle vidée, certainement pas rassasié, le King trouvera quelques instants plus tard la force de mettre en boite, sur la scène même, avec une infinie délicatesse… : Blue Hawaii, Ku-U-I-Po, No More, Hawaiian Wedding SongetEarly Morning Rain, qui serviront à agrémenter le show avec des images d’Hawaii lors des diffusions futures.
DISQUES, VIDEOS, LIVRES
Le double album Aloha From Hawaii Via Satellite (VPSX 6089) qui sort, le 15 février 1973, est un véritable événement. Il va obtenir une vente record immédiate d’un million d’exemplaires qui le hisse immanquablement à la 1ère place du Billboard ou il reste cinquante-deux semaines, et additionne trente et une semaines dans le classement Country. Il est certifié cinq fois Platines. S’il n’atteint que la 11ème place en Angleterre, il reste néanmoins vingt semaines dans le classement et obtient ainsi des bons scores dans le monde entier devenant mythique et incontournable.
Il propose l’intégralité du concert du 14 janvier 1973 à Honolulu et comprend :See See Rider, Burning Love, Something, You Gave Me A Mountain, Steamroller Blues, My Way, Love Me, Johnny B. Goode, It’s Over, Blue Suede Shoes, I’m So Lonesome I Could Cry, I Can’t Stop Loving You, Hound Dog, What Now My Love, Fever, Welcome To My World, Suspicious Minds, I’ll Remember You, Long Tall Sally/Whole Lotta Shakin’ Goin’ On, An American Trilogy, A Big Hunk O’ Love, Can’t Help Falling In Love.
Sorti en France dans le même temps sous la référence 461002/3, il obtient également le même succès et sera, sous diverses formes, réédité en permanence


Seul Steamroller Blues sera extrait de l’album pour figurer sur un single (74-0910) avec Fool en face B qui sortira le 4 mars 1973. Il atteint la 17ème place du Hot 100, la 15ème en Angleterre, somme toute une excellente place pour un titre de ce style. Elvis avait déjà envisagé de le reprendre à son compte dès février 1972. Il lui trotte visiblement dans la tête, car la reprise qu’il en fait, le 7 août 72 à minuit, n’était sans doute pas prévu au programme, et il n’est suivi que par le band, sans les chœurs qui prendront par la suite une place prépondérante. Record World :une interprétation entraînante du morceau de James Taylor qui devrait rapidement booster les ventes et faire un carton dans les charts. On note, fait rarissime, qu’Elvis ne figure pas sur la pochette où il a été remplacé par un vieil engin à vapeur.
Comme c’est toujours le cas avec Elvis, bien malin celui qui aujourd’hui peut dire à combien d’exemplaires Aloha From Hawaii a été vendu dans le monde ? Tant il y a eu par la suite d’éditions différentes, vinyle, CD… en coffret, à l’image du trois CD de Ftd (965880195.2) – qui proposait, en 2023, également le concert du 12 et les enregistrements après concert…
Il en sera de même avec les vidéos, sorties tout d’abord en cassettes, puis en DVD, seul ou avec le concert du 12, comme pour le coffret édité par BMG/RCA (88276 613079), en 2004, qui remportera un immense succès planétaire, à l’image de la France où, en même temps que le Comeback 68, il sera certifié DVD de Platine.
Du côté des livres, on connaîtra le même engouement, les photos du show étant mises à toutes les sauces… Il est cependant un ouvrage – 440 pages – sorti pour le 40ème anniversaire de l’événement qui restera à jamais la référence : Elvis Aloha via satellite de Joseph Pirzada et Joseph Tunzi. Outre une présentation absolument exemplaire, il renfermait des centaines de photos, souvent pleine page, et documents, couvrant la totalité de l’événement. Un réel must !
MUSICIENS
Guitare : James Burton, John Wilkinson, Charlie Hodge, Elvis Presley
Basse : Jerry Scheff
Batterie : Ronnie Tutt
Piano : Glen D. Hardin
Choristes : J.D. Sumner & The Stamps Quartet, The Sweet Inspirations, Kathy Westmoreland, Charlie Hodge
Orchestre sous la direction de Joe Guercio
Ingénieurs : Al Pachucki, Rick Ruggieri, Dick Baxter (RCA)
Producteurs : Joan Deary (RCA), Marty Pasetta (NBC)












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