ELVIS À PARIS

Le 16 juin 1959

4 679 mots
20–30 minutes

Ce qui nous distingue de nombreux pays et qui pour nous tous reste une grande fierté, c’est : la venue d’Elvis à Paris, et ce à trois reprises. Ces visites sont même devenues l’occasion, aujourd’hui, pour certains clubs étrangers de véritables pèlerinages.

Quand Elvis arrive à Paris en juin 1959, sa popularité est déjà très grande en France, surtout auprès des jeunes. En effet, dans le monde entier, le rock and roll a conquis toute la jeunesse. Le catalogue français ne comprend pas moins de quatorze super 45 tours, sans parler des simples, et cinq albums (dont déjà des rééditions), autant dire, à trois titres près (Trying To Get To You,I’ll Never Let You Goet It Is So Strange), la totalité des chansons éditées aux Etats-Unis. Les films Love Me Tender et Loving You, avec l’impact que l’on connait sur toute une génération, sont également sortis sur les grands écrans…Et tout cela malgré une presse hostile qui le présente comme étant le diable. Ainsi, La Saison Cinématographique à propos du film Love Me Tender : …Mais l’élément moyen de ce film est Elvis Presley. Bien connu outre-Atlantique où ses hurlements font défaillir des gamines aussi bien nourries que mal élevées ; il « joue » ici un personnage sorti de l’esprit d’un scénariste qui doit écrire les paroles de ses chansons, avec le même talent que lui-même met à « chanter ». 

L’arrivée d’Elvis à Paris est un événement exceptionnel ; en effet, s’il a dû se rendre en Allemagne pour effectuer ses obligations militaires, la capitale de la France est la seule, hors des Etats-Unis, où il se soit rendu volontairement. Et plus étonnamment encore, comme nous le disions, à trois reprises ! Il confiera souvent par la suite à ses proches que ses visites resteront comme l’un de ses plus grands souvenirs.

MARDI 16 JUIN 1959.

Le mardi 16 juin 1959, Elvis arrive à Paris en Gare de l’Est en provenance d’Allemagne. Le jour n’est pas encore levé, il est accompagné de Charlie Hodge et de Rex Mansfield qui effectuent tout comme lui leur service militaire, et de Lamar Fike qui fait partie de son entourage à Memphis depuis quelques années. Freddie Bienstock, qui est manager aux Editions Hill and Range Music et qui est chargé de rechercher de nouvelles chansons pour Elvis, l’attend sur le quai de la gare, en 

compagnie de son cousin Jean Aberbach, co-directeur chez Hill and Range Music.

    – C’est la première fois que tu viens à Paris ? demande Freddie

Elvis acquiesce de la tête. Freddie insiste alors pour leur faire faire une balade sur les hauteurs de la ville, et leur faire découvrir la capitale de la France au petit matin

    – Elvis, il faut que tu commences par voir le soleil se lever sur la ville,conseille toujours Freddie.

Ils découvrent ainsi la Cathédrale Notre-Dame, le Sacré-Cœur… dans les premières lueurs de l’aube. Il ne fait pas très chaud, ils sont encore engourdis par la nuit passée dans le train, mais le spectacle est merveilleux ! Freddie se retourne alors vers Elvis et l’interroge : 

    – Déçu ?

    – C’est magnifique, répond Elvis.

Puis faisant un clin d’œil à Charlie

    – Il n’y a jamais rien eu de tel à Tupelo.

C’est à deux pas de l’Arc de triomphe, au 33 de l’avenue George-V, à l’hôtel Prince-de-Galles que Freddie a réservé une suite pour Elvis. Il s’agit de l’un des hôtels les plus cossus de la ville. Le palace a été construit dans les années 20, en pleine période Arts Déco. C’est presque l’été à Paris et les Champs-Elysées tout proches de l’hôtel incitent à la flânerie. Le ciel est d’un bleu limpide et les terrasses de cafés donnent envie de s’attarder un peu, le temps de voir passer les filles qui, cédant à la mode lancée par Brigitte Bardot, portent de ravissantes robes vichy. Elvis et ses amis, une fois installés, n’ont qu’une hâte : parcourir la plus belle avenue du monde, d’autant qu’on leur avait assuré qu’Elvis pourrait se promener tranquillement sans que personne ne vienne l’importuner. 

Si ses copains ont adopté les vêtements de ville, Elvis, lui, arbore avec fierté et élégance sa tenue d’été. Il a été promu au rang de caporal le 1er juin. Mais, à peine a-t-il franchi la porte de l’hôtel, un photographe saisit déjà ses premières minutes de badaud. Elvis pose complaisamment devant la vitrine de chez Barclay, boutique de vêtements chics s’il en est, qui jouxte l’hôtel. Astucieusement, son propriétaire utilisera plus tard un des clichés pour sa publicité :Lorsqu’il était encore sous l’uniforme, Elvis Presley prévoyait déjà sa panoplie de cravates chez Barclay, 35, Avenue George-V, Paris. 

Les six hommes empruntent la rue Quentin-Bauchart, qui traverse l’avenue George-V et mène aux Champs-Elysées. Au passage, Elvis s’arrête quelques instants devant l’entrée du cinéma le Biarritz où l’on joue le film italien Enfer dans la ville. Puis, le voici qui arrive sur les Champs, il les descend, se tient à hauteur de l’Elysées-Cinéma où est projeté le film Rio Bravo. Il place un instant sa main sur le guidon d’un Vélo-Solex, l’un des moyens de locomotion préférés des Français. Maintenant la foule commence à s’agglutiner autour du petit groupe. Aimablement, comme toujours quand on le lui demande, Elvis pose pour une photo ou signe un autographe. Les amis décident alors de traverser l’avenue et se retrouvent cette fois devant le cinéma l’Ermitage, au n° 72, à côté du palace le Claridge, où passe le film Al Capone. Là encore, il se crée un nouvel attroupement. L’équipe repasse côté impair de l’avenue, pour faire une halte, cette fois devant le célèbre dancing le Mimi-Pinson. Fait rare pour l’époque, des touristes le filment en couleur et en gros plan. 

Puis, Elvis s’installe quelques instants à une table du café Le Paris. Un cireur noir vient lui faire briller ses bottines, ils plaisantent gentiment. Il envoie un salut tout sourire dehors à quelqu’un qui l’interpelle. Visiblement il est à l’aise, l’air de Paris lui réussit à merveille.C’est un bel après-midi de fin de printemps, sous une température idéale de 22°. En un rien de temps, le trottoir est envahi de monde et le Roi se plie une fois de plus à la demande des Parisiens. Qui un cliché, qui une signature… Jan Fridlund, un photographe suédois de passage dans la capitale, s’en donne à cœur joie et vide deux chargeurs. A nouveau, Elvis doit adopter une position de repli. Qui a dit que le militaire le plus célèbre du monde pouvait se balader tranquillement dans Paris ?Selon Charlie Hodge, pour éviter la foule, ils devront même une fois se réfugier dans un cinéma, le traverser et en ressortir par la porte arrière.

Quelques instants plus tard, il s’installe le temps d’une photo à la terrasse du plus illustre café-restaurant, le Fouquet’s, qui fête tout juste ses 60 ans d’existence, et où se retrouve tout le gratin parisien. Quelque deux cents mètres séparent les Champs-Elysées du Prince-de-Galles et des fans viennent encore à sa rencontre avant que la troupe regagne définitivement l’hôtel. Elvis veut se préparer pour sa première nuit parisienne, il a décidé de mener la grande vie. 

    – Vous pouvez vous habiller cool. Comme vous voulez, dit-il à ses compagnons de virée. Je reste dans mon uniforme réglementaire pour ce soir. 

Tous l’approuvent, sachant que sa tenue lui sied plutôt bien… Cependant, conscient que ses camarades n’ont pas les mêmes moyens que lui, il remet à chacun un billet de cent dollars.

  • Vous n’avez qu’à utiliser ça pour les pourboires uniquement, je paierai la note. Et donnez-leur de gros pourboires. Il faut qu’on ait l’air de gars bien.

Il en sera ainsi tous les jours. Première étape du soir : Le Lido.

MERCREDI 17 JUIN 1959.

Le lendemain après-midi à 16h30, Freddie Bienstock organise une conférence dans les salons de l’hôtel. Elvis n’était pas très chaud, mais Freddie avait insisté prétextant la demande de la presse. Elvis ne craignait pas l’affrontement avec les journalistes :

    – Il faut juste faire attention quand on fait face à ces gens. Ils veulent une histoire. C’est comme ça qu’ils gagnent leur argent pour payer le loyer et les courses. C’est pour ça que je ne me mets jamais vraiment en colère contre ce qu’ils peuvent dire sur moi. Ils doivent fouiller pour gagner leur vie, dit-il à Charlie et à Rex.

Ce dernier, à l’inverse, est très impressionné, originaire d’une toute petite ville du Tennessee, Dresden, il est visiblement dépassé par l’événement. Il a vu Elvis lors d’autres conférences à Memphis ou à Fort Hood, mais là c’était différent :

    – Il a fallu que je me pince pour m’assurer que je n’étais pas en train de rêver. Cet événement était ce à quoi vous vous attendriez si le Président des Etats-Unis débarquait. Il y avait des journalistes et des photographes partout. Elvis hors de scène était tellement comme nous. Dans la lumière des projecteurs, il semblait devenir une autre personne. 

En effet, Elvis a tout juste 24 ans et il est étonnant de constater à quel point ce garçon si simple et qui se comporte à l’armée comme n’importe quel troufion peut ainsi faire face à la presse parisienne. La télévision est présente également, ainsi que quelques journalistes étrangers, notamment ceux de l’AFN (radio des forces US) dont un micro est présent sur la table. Les flashes crépitent de toutes parts. Charlie Hodge se tient debout à sa gauche, alors que Lamar Fike est assis près de lui sur sa droite. Si Elvis, au départ, est un peu sur ses gardes, l’atmosphère se détend rapidement, le contact est excellent et parfois même il semble bien s’amuser et répond sans embarras à toutes les questions :

    Oui, j’aime la vie militaire… c’est plus sain et moins tuant que les récitals

    Oui, les Allemands connaissent et aiment mes disques, mais ils respectent mon anonymat dans l’armée

    Ah ! Paris, quelle ville : tous ces cafés sur le trottoir et les femmes qui n’ont pas l’air pressé

    – Brigitte Bardot ? C’est la huitième merveille du monde !

    Ce que je veux faire à Paris ? Me perdre dans la foule et m’amuser comme un gosse

Micheline Sandrel l’interviewe pour la télévision et le juge comme un gentleman : tout le monde est conquis. Il faut dire qu’Elvis irradie. Il avoue également ne pas craindre pour la suite de sa carrière qu’il aimerait voir s’orienter vers le cinéma, qu’il est heureux d’avoir fait venir sa famille près de lui en Allemagne… Il semble détendu et son comportement paraît surprendre ses interlocuteurs à l’image de Paul Giannoli, qui relate l’événement pour le journal Paris-presse l’intransigeant : …costume noir de coupe stricte, chemise blanche à col glacé, cravate gris perle. Cette rigueur dans le vêtement fut la première surprise de cette rencontre avec Elvis Presley. Sur la foi des documents photographiques qui nous sont parvenus, il était permis de s’attendre à plus d’audace et de négligé. Au lieu de se laisser tomber sur un fauteuil et de s’y étaler comme EAP30 un rouleau de pâte de guimauve, il s’assit derrière une petite table couverte du tapis vert que les conférences ont rendu classique. On avait peine à imaginer qu’il n’y a pas tellement longtemps ce jeune homme déréglait les systèmes nerveux, sympathique, lymphatique, digestif et autres des adolescents américains

Tous les principaux journaux de la capitale couvrent ainsi la conférence. François Formont note : Elvis répond patiemment à toutes les questions, à condition qu’elles lui soient posées en anglais, seule langue qu’il connaisse – pour le moment. Il ajoute qu’il est avide de découvrir les monuments de Paris, mais aussi les spectacles des boîtes de nuit… et de conclure : Elvis se conduit, en fait, comme n’importe quel touriste américain qui veut découvrir Paris. Seule fausse note rapportéepeu après par une feuille de choux qui titre : Sensation parmi les jeunes filles américaines, Elvis Presley : « J’épouserai une Française ». Suit un article anonyme inventé de toutes pièces et bien naturellement démenti par la réalité.  

La radio Suisse Romande est également présente pour une courte interview, au cours de laquelle Jean Aberbach sert de traducteur. Le journaliste lui demande depuis combien de temps il est sous les drapeaux et quel est son grade, il répond caporal, alors qu’une voix féminine derrière lui, faisant allusion à l’article paru dans la presse dit :on a dit sergent dans les journaux ?Il lui demande ensuite pourquoi il a choisi Paris :Tout le monde dit qu’il faut voir Paris, alors je suis très content d’être ici… Puis le journaliste lui demande, s’il est vrai qu’il a dit qu’il voulait voir Brigitte Bardot ; Elvis répond qu’il n’a pas dit ça, mais qu’il serait ridicule de ne pas vouloir la rencontrer, car c’est une grande artiste…Il lui demande également s’il admire des chanteurs français, ce à quoi Elvis répond que non, il ne les connait pas. En vérité, lors de la conférence de presse donnée, le 22 septembre 1958, à New York, il avait évoqué, un peu sous forme de boutade, qu’il aimerait venir à Paris et y rencontrer Brigitte BardotA noter que ces deux extraits ont été publiés, en exclusivité, par Elvis My Happiness, en 2019 et 2022, dans les livres et disques : Elvis in Paris.

Audio de l’interview d’Elvis (Anglais traduit en français) 

En réalité, Elvis a pris tout le monde à contre-pied, et a gommé totalement en quelques minutes l’image un peu niaise que certains journalistes avaient parfois voulu lui donner. C’est Freddie Bienstock qui met fin à la conférence, qui se prolonge ensuite près de la fontaine se trouvant au centre du patio attenant à la salle où Elvis converse à nouveau avec Micheline Sandrel. La scène est filmée, Elvis est heureux de sa prestation, il se laisse à nouveau volontiers photographier avec les personnes présentes. Il se tient quelques instants à l’écart auprès d’une charmante journaliste. Dieu seul sait ce qu’ils se disent, mais le reporter de Paris Match, Daniel Camus, canarde littéralement le couple pour figer sur la pellicule ce qui ressemble visiblement à une scène de drague. 

On retrouve plus tard le couple sur le trottoir de l’avenue George-V, juste devant l’hôtel. Elvis poursuit la conversation entamée dans la cour intérieure et il quitte la jeune femme sur un baisemain à la française. Il bavarde encore un peu avec ses amis puis, ayant loué une superbe Cadillac décapotable de couleur blanche, décide d’aller faire un tour, en cette fin d’après-midi.

Le chanteur et acteur américain, Elvis PRESLEY est à Paris, pour une permission de quelques jours. Accompagné par Micheline SANDREL, il fait une conférence de presse, devant de nombreux journalistes. Sujet muet. Voiture « US force in Germany » –

Cliquez dans l’image ci- dessous pour visionner le clip 

PARIS BY NIGHT.

D’autres artistes américains sont présents à Paris : Claudette Colbert, Esther Williams, Rosalind Russel, Billy Wilder… Mais Elvis les éclipse tous et son passage au Lido ce second soir ne passe pas inaperçu. Toujours vêtu de son costume en alpaga noir, il est venu assister à la revue « avec plaisir ! », un spectacle en dix tableaux de Pierre Louis-Guerin et René Fraday. Il s’agit du cabaret-restaurant le plus célèbre et le plus sélect de la nuit parisienne. Sur scène, il n’y a pas moins de trente bluebell girls qui offrent un spectacle colorié, joyeux et très entraînant. Le groupe d’amis s’installe à une table juste devant le plateau, lorsque des soldats américains présents dans la salle viennent immédiatement saluer leur compatriote. 

Elvis apprécie énormément le spectacle qui, à aucun instant, malgré la tenue dénudée des filles, n’est vulgaire. Il faut dire qu’elles sont très belles. Les critères de sélection sont très stricts et le recrutement se fait dans tous les pays d’Europe. Elvis tombe tout d’abord sous le charme d’une patineuse sur glace, mais aussi, sous celui d’une des sœurs jumelles Kessler. Il fait littéralement la conquête des bluebell girls, qui tombent toutes amoureuses de lui. On l’autorise même à pénétrer en coulisse. À partir de ce soir, il reviendra très souvent, invitant les filles à prolonger la nuit avec toute l’équipe, notamment dans une petite boîte située rue de Ponthieu Le Ban Tue où il restait parfois jusqu’à huit ou neuf heures du matin. Il ramenait ensuite tout le monde à l’hôtel et ne se levait qu’en fin d’après-midi, faisait monter un petit déjeuner copieux et repartait pour une nouvelle virée. Bien que l’endroit fût exigu, c’est au Ban Tue que se retrouvaient tous les oiseaux de nuit, on y rencontrait toute la faune parisienne, également de nombreux travestis. Cela ne dérangeait pas Elvis outre mesure, à condition toutefois qu’on ne vienne pas l’ennuyer.

Les amis passent ainsi des nuits entières à faire les spectacles de cabarets parisiens : les Folies-Bergère, le Moulin-Rouge, le Carrousel, cabaret rendu célèbre par le transsexuel Coccinelle

Le Moulin-Rouge est l’un des hauts lieux mythiques de Paris. Il a connu son heure de gloire à la fin du siècle dernier, on y dansait le french cancan, immortalisé par le peintre Toulouse-Lautrec, sur la toile La danse au Moulin-Rouge. Un soir, lors de son spectacle, la chanteuse américaine Nancy Holloway l’aperçoit dans la salle, sans plus attendre, elle griffonne quelques mots sur le premier papier trouvé : Elvis, pouvez-vous me faire l’immense faveur de venir me voir immédiatement après le final ? Merci par avance. Nancy Holloway. Elle fait parvenir le message à Elvis, qui lui répond au dos : Je serai à l’entrée des coulisses comme vous me le demandez. E. P. 

Chose promise, il vient la retrouver. Nancy Holloway raconte :

    Après le spectacle, il est venu me rejoindre dans ma loge et nous avons sympathisé. A ce moment-là, il sortait avec l’une des sœurs Kessler, qui dansaient au Lido. Après quoi, comme je le faisais chaque soir, j’allais chanter au Mars Club, une boîte de Jazz. Souvent, il y venait terminer des soirées avec nous. Voilà comment nous nous sommes rencontrés. Ah ! Il était vraiment super, c’est quelqu’un que j’aimerai toujours, pas seulement pour le personnage qu’il était, mais aussi pour l’homme que j’ai connu. J’adorais son accent du Sud. Il était très beau et aussi très modeste. En fait, je n’ai pas connu Elvis, l’homme de spectacle. Quand il était ici, c’était un homme comme tout le monde, très relax. La première fois qu’il a vu Paris, pour lui c’était merveilleux ! A l’époque, je chantais assez souvent Fever et Elvis m’a dit : tiens, j’ai oublié ça… Quand je rentre, je vais l’enregistrer, et il l’a enregistré. 

Le photographe du Moulin-Rouge tire à jamais un instantané sur lequel on retrouve également André Pousse. Ancien champion cycliste, il est devenu le directeur artistique du célèbre music-hall, c’est lui qui a engagé Nancy Holloway.  Si le Moulin-Rouge tout comme le Lido est un lieu qu’Elvis affectionne particulièrement, il ne lui est toutefois pas nécessaire de se rendre dans un night-club, si prestigieux soit-il, pour s’amuser. Ainsi, un soir en se rendant de la Tour Eiffel à l’Arc de triomphe, alors que le taxi roule tranquillement, il se met à chanter avec Rex et Charlie des gospels et tout ce qui lui passe par la tête, comme : I’ll Be Home Again. L’ambiance, Paris qui brille de tous ses feux et le feeling aidant, il se sent tellement bien qu’arrivé à la place de l’Etoile, il demande au chauffeur d’opérer un demi-tour et de retourner à la Tour Eiffel. Ils font ainsi l’aller et le retour à plusieurs reprises. Heureux chauffeur de taxi !

Si on peut parfois apercevoir le caporal Presley au balcon de sa suite, dans ses folles nuits parisiennes, cela ne l’empêche pas de retrouver devant le Prince-de-Galles les fans les plus chanceux ou les mieux informés, souvent par le chasseur de l’hôtel. C’est le cas de Louis Skorecki, qui arrive avec sa pile de disques sous le bras, le 45 tours Jailhouse Rock, l’album Loving You… Dédicaces, photos… Il n’en espérait pas tant. Il arrive même à lui demander s’il préfère chanter des balades ou du R’n’R, ce à quoi Elvis répond qu’il aime autant les deux. Ce jour-là, Elvis porte un superbe pull à grosses côtes et, ce qui est peu courant, un bolo-tie (cordon retenu par une bague) autour du cou. Un autre soir, très chic parisien, il porte une veste pied-de-poule sur un pantalon noir et pose entouré de jeunes filles, dont l’une, quelle coïncidence, possède une guitare ! 

Roland Chardon a, lui aussi, appris la nouvelle par le même chasseur. Fébrile, de peur de manquer l’occasion, il vide rapidement les quelques photos que contient son appareil. Il prend un cliché étonnant de l’instant où Elvis tance de la main une jeune fille qui lui demandait une dédicace sur le sein. Cette fois, il porte un pantalon crème et un pull blanc avec un col en V. Le monde l’entoure, il lui parle gentiment et ira même s’asseoir avec quelques-uns sur un des bancs qui se trouvent sur l’avenue George-V. Roland sort une carte postale très répandue à l’époque qui représente notre idole souriante et qui joue de la guitare. Elvis y appose sa signature (avec un stylo-bille bleu)

Yves Plantureux est là également. Il est en train de passer son bac et a été prévenu par des copains, ainsi que par une voisine, de la présence d’Elvis à Paris. Il se rendra plusieurs jours de suite au Prince-de-Galles, prendra même quelques clichés pendant la conférence, et plus tard dans le patio de l’hôtel. Il vide lui aussi le chargeur de son petit appareil photo. Accrocheur, il obtient plusieurs autographes du King, dont un dans l’ascenseur de l’hôtel où Elvis écrit :To Yves Plantureux from Elvis Presley. Inutile de dire qu’il ne peut y avoir de plus grand bonheur pour un fan.

L’hebdomadaire La semaine Radiophonique, dans son compte rendu, le montre précisément en présence des fans avec pour légende : Elvis Presley, le roi du rock’n’roll, en rupture de service militaire, passait une courte permission à Paris. Reconnu par ses « fans » il accepta volontiers de signer des autographes. Une photo prise dans le même temps apparaîtra plus tard également dans un magazine US avec toutefois une erreur dans la légende où il est écrit qu’il a rencontré ses fans dans le hall de l’hôtel George V ?

LA NOSTALGIE DE PARIS

De retour en Allemagne Lamar Fike, remerciera Jean Aberbach en ces termes : Au nom d’Elvis et moi-même, je voudrais vous remercier pour le temps et les efforts que vous avez déployés pour nous avoir aidé à passer du bon temps à Paris et à rendre ce voyage plus agréable pour Elvis. Je ne sais pas ce que nous aurions fait sans vous, notamment, avec la presse et tous ces reporters, vous avez su gérer cela de manière absolument incroyable, rendant ainsi les choses plus faciles pour Elvis. Je parle au nom d’Elvis lorsque je dis : merci de tout cœur pour que tout se soit aussi bien passé. C’est quelque chose qu’Elvis et moi-même n’oublierons jamais. S’il y a quelque chose que je puisse faire, peu importe l’importance, n’hésitez surtout pas à faire appel à moi, je ferai tout mon possible pour vous aider. C’est le moins que je puisse faire pour vous en raison des efforts que vous avez consacrés à faire qu’Elvis soit le plus à l’aise possible. En espérant que nous pourrons tous nous réunir à nouveau dans un proche avenir et discuter du plaisir que nous avons eu à Paris. Meilleures salutations. Cordialement, Elvis et Lamar.

Comme tous les Français, Elvis aura été surpris d’apprendre que Brigitte Bardot venait d’épouser le jeune comédien Jacques Charrier qui avait été révélé l’année précédente dans le film de Marcel Carné, Les Tricheurs. Elvis a du mal à quitter notre capitale, il y a trouvé un art de vivre qui lui était totalement inconnu jusqu’à présent. Après presque dix jours de perm, il faut pourtant bien se résoudre à regagner le bataillon. Il décide alors de louer une limousine et de rejoindre l’Allemagne par la route buissonnière. L’été incite souvent au vagabondage !

Cependant, Paris lui trotte toujours dans la tête. Aurait-il oublié quelque chose (ou quelqu’une !) ? On ne le saura jamais, mais quoi qu’il en soit le week-end suivant, il demande à Lamar Fike, Rex Mansfield et à Charlie Hodge de l’accompagner pour une nouvelle incartade. Pas de chance, les amis qui s’étaient fait déposer à la gare par Vernon, le père d’Elvis, arrivent un peu tard et le train est déjà parti. Mais rien ne peut arrêter Elvis, la capitale lui manque. Il demande que l’on affrète un avion mais ne trouve pas de pilote. Pendant ce temps-là, notre homme bout d’impatience et demande que l’on appelle un taxi. Elvis propose alors au chauffeur de rattraper le train ou si ce n’est pas possible de gagner directement Paris. Une fois le train rattrapé, voilà qu’il redémarre avant que les compères n’aient eu le temps de monter. C’est le chauffeur qui a dû être content de la course ! Bad Nauheim/Paris, ça ne se voit pas tous les jours ! Le groupe loge à nouveau pour le week-end au Prince-de-Galles et reprend la tournée des cabarets de la ville. Paris sera toujours Paris !

Elvis aura laissé lors de ses passages à Paris, à tous les observateurs, et témoins qui l’ont approché, l’image d’un homme chaleureux et humble, d’une extrême gentillesse et d’une correction exemplaire. Il a aimé Paris et le souvenir de ce premier contact restera à jamais gravé dans sa mémoire. Il n’y a pas meilleur moyen de voir Paris pour la première fois, que d’une des collines de la ville à l’aube, dira-t-il souvent par la suite. 

ELVIS A PARIS & ELVIS MY HAPPINESS

Très vite, dès que l’occasion s’est présentée à nous, nous avons voulu témoigner de l’incroyable privilège qu’a été pour les fans français la venue d’Elvis à Paris. Nos multiples recherches, nous ont amené à déterrer plusieurs collections de clichés exceptionnelles, soit auprès de photographes amateurs à l’image de Marcel Thomas ou des collections de Paris Match, par exemple… Ainsi, nous nous sommes retrouvés en possession d’une somme de plusieurs centaines de photos. Il était évident alors que nous devions en faire profiter le plus grand nombre. NotrePrésident, Jean-Marie Pouzenc, s’est mis immédiatement à l’ouvrage, et, en 1999, nous sortions le premier opus qui remporta un succès immédiat. Il sera suivi de plusieurs autres éditions améliorées, en 2007 notamment, où le livre fera l’objet d’une édition spéciale réservée à la clientèle du Prince de Galles. En 2019, il fera, à nouveau, l’objet d’une édition remarquable (LMLR), français/anglais, sous deux formes, l’une étant destinée aux Etats-Unis, l’autre pour l’Europe et le monde agrémentée d’un CD et d’un vinyle. Cette thématique est de très loin la plus vendue sur Elvis dans notre pays. Elle fera également l’objet d’un album vinyle et d’un CD…

Mais ce n’est pas tout, car l’un des événements My Happiness, les plus retentissants et l’un des plus riches en émotions, a sans nul doute été l’édition, en juin 2009, du lancement de la souscription du Timbre Elvis dont l’émission a eu lieu le 2 octobre à Sens. La France sera alors le seul pays avec les Etats-Unis à sortir un timbre officiellement, alors que les faux fleurissent par le monde. Il sera édité ce jour-là par La Poste, non seulement un timbre au tarif normal, mais aussi un timbre 50gr, un timbre monde et une enveloppe préaffranchie. Outre notre équipe, il faut en remercier Daniel Labonne et François Thénard sans qui cela n’aurait pas été possible et Jean-Paul Véraguas, adhérent de la première heure, pour les dessins magnifiques figurant sur le timbre et l’enveloppe. Ce sera le timbre de ce type le plus vendu chez nous, une réussite totale et mille fois méritée. 

Edité pour commémorer le 50ème anniversaire de la venue d’Elvis à Paris, il venait à la suite de la manifestation que nous avions organisée à l’hôtel Prince de Galles, le 13 juin précédent, où dans la salle même qui avait accueilli la conférence de presse d’Elvis, en juin 1959, nous avions invité Joe Esposito à rencontrer les fans français et étrangers qui s’étaient joints à nous. Cette journée mémorable s’est terminée au Petit Journal Montparnasse où étaient venus nous retrouver Clyde Wright du Golden Gate Quartet et Nancy Holloway…

2 réponses à «     ELVIS À PARIS »

  1. Avatar de stephane guillemard
    stephane guillemard

    Que de beaux souvenir !!!
    Nous avions eu le privilege de dejeuner avec Joe Esposito aux Prince de Galles ,avec Jean Marie et Monique:))

    1. Avatar de Elvis My Happiness

      Bonjour Stéphane,

      Merci pour ton commentaire !

      Bonne journée
      Cordialement

      Elvis My Happiness

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