Stax Studios, Memphis

20 – 25 juillet 1973

4 637 mots
20–29 minutes

« A la différence de certains artistes, à aucun moment Elvis ne m’a demandé de figurer comme auteur des titres. »

                                                                                              Tony Joe White

Alors que l’album Aloha From Hawaii, caracole toujours dans le Top au Billboard, début juin 1973, le King semble ne pas s’être remis totalement des problèmes de santé – angine, mauvaise laryngite – rencontrer en février. En effet, sans doute qu’après la pression rencontrée lors du concert du siècle, un mois à Las Vegas et une tournée en avril, attaquer une nouvelle saison à Lake Tahoe, était peut-être de trop. Et, initialement prévue jusqu’au 20 mai, la saison sera interrompue le 16, Elvis étant à nouveau souffrant. 

Le lendemain, contraint et forcé le King malade se rend, sur les conseils de son médecin, à l’hôpital pour passer une radio des poumons. Diagnostic, une amygdalite et un début de pneumonie qui le contraignent à annuler la fin de saison. Certaines personnes de son entourage, pensent qu’il peut y avoir des contradictions entre les médicaments qu’Elvis prend par lui-même et ceux qui lui sont prescrits, ce qui rendrait moins efficace ces derniers. Ils affirment par ailleurs qu’Elvis ne veut rien entendre. Quoi qu’il en soit, le lendemain, en compagnie de Linda Thompson, il quitte Lake Tahoe pour Memphis où selon certaines sources, il se fera soigner dans les jours qui suivent pour une pleurésie et une inflammation des poumons. 

Dès le 20 juin, il repart pour une tournée qui démarre par Mobile dans l’Alabama pour se terminer par Atlanta en Géorgie où il va donner quatre concerts. Il se présentera au total devant plus de 250 000 spectateurs. Un record ! Non seulement l’enthousiasme du public est à nouveau au rendez-vous, mais Elvis est vocalement au top et la baisse de forme constatée un mois plus tôt, n’est plus qu’un vieux souvenir. Les shows sont en général plus longs et l’on y retrouve tous les grands titres de ces derniers mois, si ce n’est Memphis Tennessee ou encoreFaded Love interprétées une seule fois. Son nouveau medley fait partie des moments forts, à l’image de How Great Thou Art, dont il double régulièrement le final, de What Now My Loved’American Trilogie qui est accueillie à chaque fois par un tonnerre d’applaudissements. S’il existe un grand nombre d’enregistrements officieux sur cette tournée, il n’en existe curieusement officiellement aucun à ce jour.

Dans le même temps, RCA réclame du nouveau matériel, annonce qu’une session a été programmée pour la mi-juillet et met sur le marché l’album Elvis – Including Fool (APL1 0283). Mais le fait que Lisa Marie soitvenue passer des vacances à Graceland, n’engage pas Elvis à quitter la ville et c’est sans doute la principale raison qui lui fait choisir les Studios Stax qui se trouve au 626 East McLemore Avenue à Memphis. Il n’a pas enregistré dans sa ville depuis février 1969. Stax est un studio réputé pour sa tendance Soul et ses nombreux tubes des années 60/70. Il a été créé par Jim Stewart et sa sœur Estelle Aaxton en 1960. Leur premier hit sort dès 1961 avec The Mar-Keys et l’instrumental Last Night sur Satellite Records. Otis Redding y enregistra bonnombre de ses succès. Larry Nix – ingénieur des studios – :Il était environ 19 heures quand Elvis est arrivé avec son entourage. Il y avait au moins cinq ou six voitures qui se sont garées devant le studio. Elvis avait une Stutz Bearcat blanche. Il n’avait pas l’air d’être en bonne forme.

Le studio est réservé à partir du 20 juillet, cependant Elvis ne fait que passer, vers 23 h, ce soir-là, il n’est visiblement pas en forme et est d’humeur morose, le départ de Priscilla et la procédure de divorce en cours le tracasse indéniablement. Le batteur Jerry Carrigan : Elvis se sentait visiblement misérable… Il portait les mêmes vêtements deux jours de suite, chose que je n’avais jamais vu auparavant. Le pianiste Bobby Wood : Cela semblait tout simplement ne pas l’intéresser. Côté musiciens, Elvis retrouve une partie de l’équipe des sessions de l’American Studios de 1969 qui s’est jointe à une partie du TCB Band. Bobby Wood : Par rapport à 1969, il avait pris du poids, ses yeux étaient jaunes, son teint était jaune. Je ne pouvais pas croire que c’était le même gars. Son look était totalement différent, sa façon d’être était différente. Il était avec son professeur de Karaté, Kang RheeIls voulaient réaliser un film ou quelque chose comme ça, ensemble, et ils faisaient les clowns autour du studio. Ça me rendait nerveux ! Contrairement aux autres fois, il y avait quarante personnes. Nous étions déçus. Il n’avait pas la pêche. Malheureusement peu de clichés existent sur ces sessions, si ce n’est avec le trompettiste Wayne Jackson proche de lui à cette période ou encore avec sa cousine Bobbie Jeanne Wren

Mais de toute évidence le King à l’esprit ailleurs et c’est sans doute pour cela que ce dégage de ses sessions un climat très particulier avec, une fois de plus, la sensation d’un style différent de ceux abordés jusque-là. L’équilibre entre rythmes et ballades est cependant parfaitement respecté et donne du côté de celles-ci de bons résultats. J.D. Sumner :Dans les années qui ont suivi sa séparation, toutes les chansons qu’il aimaitparlaient de sa femme, de la perte de quelque chose qu’il voulait et qu’il ne pouvait pas posséder..

Les 24 et 25 juillet, une partie de l’orchestre change, certains musiciens ayant des obligations ailleurs. Felton Jarvis engage alors de jeunes musiciens comme Donald Dunn à la basse et Al Jackson à la batterie – du groupe Booker T And The MGM’s – ainsi que Bobby Manual et Johnny Christopher à la guitare. Apparemment, ils ne tiennent pas aussi bien la route que les « anciens », et lorsque Elvis entre en studio, quelques-uns d’entre eux perdent leur sang-froid et ne sont pas capables de travailler. Felton Jarvis : Ils se sont tout simplement raidis. Ils ne pouvaient pas jouer. Je leur ai dit : Bon sang, il attend pour vous entendre, mais ils n’y arrivaient pas. Bobby Wood :Je me souviens, nous avions deux batteurs. Ils avaient engagé Al Jackson de chez Stax, ainsi que Jerry Carrigan de Nashville. Après la première nuit, Al Jackson s’arrête et dit : Ce n’est pas mon truc les gars, sitôt dit, il monte dans sa Jaguar et s’en va. 

Il règne en fait comme un malaise aussi bien avec Freddy Bienstock des Editions Hill And Range qu’avec l’ingénieur du son Al Pachucki qui à partir de là ne travaillera plus pour le King. Tony Joe White : J’ai été réveillé par un coup de téléphone de Freddy Bienstock qui me dit qu’ils sont en train d’enregistrer et qui me demande de rappliquer avec mes chansons. Lorsque je suis arrivé au studio, il m’a accueilli comme un malpropre. Il écouta mes chansons puis me dit que je pouvais partir ! Enervé, je lui ai demandé où était Felton qui pénétra à cet instant dans la pièce. Il me demanda ce qu’il se passait et m’expliqua qu’Elvis était dans le studio en train d’enregistrer, qu’il souhaitait me voir et que je pourrais assister à l’enregistrement. Le fait que Felton me connaissait et me traite comme un vieil ami laissa Bienstock sans voix. Cette anecdote montre bien l’ambiance déplorable qui, contrairement à l’habitude, régnait dans le studio. Il faut savoir que Tony Joe White ne cédera pas ses droits sur ces chansons comme la pratique le voulait et qu’il précise même : A la différence de certains artistes, à aucun moment Elvis ne m’a demandé de figurer comme auteur des titres.

En définitive, ces sessions laissent un goût d’inachevé, mi-figue mi-raisin, au point que sur certains titres travaillés par l’orchestre, Elvis malheureusement ne posera jamais sa voix. Elles tournent court et les titres enregistrés ne suffisent pas à faire un album. Il va falloir que RCA envisage autre chose. Il semble actuellement que seule la scène et le contact avec le public puissent rendre le King heureux… Certains titres feront l’objet d’une séance d’ajouts orchestraux, le 28 septembre suivant dans le Studio A de Nashville. Les sessions débutent, le 21 juillet à 21h pour se terminer à 3h du matin et les autres nuits à 23h pour se terminer, les 22, 23 et 24 aux alentours de 3h du matin et le 25 à 5h du matin…

Les choses sérieuses débutent réellement le 21 juillet 1973. La session débute à 21h pour se terminer à 3h du matin. Quatre titres sont mis en boîte, dont un malheureusement avorté et un autre destiné à figurer sur un second album. 

On doit le premier titre enregistré, If You Don’t Come Back, aux célèbres auteurs/compositeurs Jerry Leiber et Mike Stoller. Le duo l’a écrit pour l’un de ses groupes de prédilection, The Drifters. Ces derniers le sortent en single (Atlantic 2191), en 1963, et bien qu’à cette époque le chanteur lead soit Ben E. King, c’est un autre membre du groupe Johnny Moore – à ne pas confondre avec son homonyme qui chantait dans les Three Blazers – qui interprète la chanson.  

Elvis qui adorait les Drifters reprend la chanson en neuf prises sur un rythme assez différent de l’originale, plus compact bien en accord avec les chœurs. A noter qu’avant la prise 3, on l’entend s’amuser surSurrender. La prise 9 sera retenue pour l’album Raised On Rock (APL1 0388). Il ne la reprendra pas par la suite. 

Il est des chansons qui laissent des regrets. It’s Different Now, avec cette mélodie qui vous revient sans cesse, est de celles-là. Comme on aurait aimé, qu’elle ne reste pas à l’état d’ébauche, mais qu’Elvis la mette réellement à son répertoire. Elle a été écrite, paroles et musique, par Clive Westlake, compositeur très prolifique, à qui Elvis doit déjà, How The Web Was Woven,Twenty Days And Twenty Nights et It’s A Matter Of Time. Clive Westlake aécrit It’s Different Now pour la chanteuse anglaise Cilla Black – de son vrai nom Priscilla White -, qui enregistre la chanson pour son album Images (Parlophone Records) qui sort en 1971. 

Elvis travaille ici It’s Different Now en une seule prise, mais qui hélas en restera là sans qu’on en connaisse réellement la raison. Nous n’aurons connaissance de cet enregistrement qu’en 1996 dans le coffretWalk A Mile In My Shoes – The Essential 70’S Masters (74321 30331.2). Puis, elle réapparaît, en 2007, sur le Raised On Rock (Ftd 88697 12843.2) qui offre, lui, la prise originale, bidouillée pour le coffret et qui comprend un couplet de plus. Il apparaît en effet que le King, ne connaissant pas bien les paroles, se trompe et bredouille sur celles-ci finissant le couplet en marmonnant… Dommage. 

Elvis abandonne It’s Different Now pour revenir à un registre totalement différent avec à nouveau un titre de Jerry Leiber et Mike Stoller. Three Corn Patches. Il vient d’apparaître, cette même année, sur l’album de T-Bone Walker,Very Rare (Reprise 2XS 6483) quand le King s’en empare. Ce sera le dernier titre de Jerry Leiber et Mike Stoller qu’il enregistrera en studio. 
Il s’attarde sur la chanson en quinze prises, mais le tempo médium reste un peu poussif, confirmant les dires de certains qui pensent qu’il s’agit là de la plus mauvaise chanson écrite par le duo. Elvis lui-même n’est pas réellement convaincu et dit : Vous ne pouvez pas donner un coup de pied à cette saloperie… Puis s’excuse pour cet écart de langage. On retrouvera, la prise 15, en octobre 1973, sur l’album Raised On Rock (APL1 0388). Elle ne sera jamais reprise. 

Take Good Care Of Her a été écrite par Ed Warren et Arthur Kent et enregistrée, en 1961, par Adam Wade (Coed 546) qui la place 7ème au Hot 100 et 20ème au R&B. Adam Wade sera le premier noir à animer un jeu télévisé, Musical Chairs, en 1975.Elvis met la chanson en boîte en six prises, la dernière figurant en face B d’un single (APBO-0196) qui comprend I’ve Got A thing About You Baby et sera également présente en ouverture de l’albumGood Times(CPL1 0475). Bien que l’interprétation soit excellente, Elvis ne reprendra jamais la chanson. 

22 juillet 1973, 23h – 3h du matin. Trois chansons sont enregistrées dont l’excellente, I’ve Got A Thing About You Baby, de Tony Joe White qui sera retenue pour figurer sur un second album.  

Find Out What’s Happening, au rythme assez atypique a été écrit par Jerry Crutchfield. Celui-ci :J’ai écrit Find Out What’s Happening en 1964. Elle n’était pas prévue pour Elvis, quand je l’ai écrite je produisais un nouveau groupe de R&B, The Spidells et je voulais qu’ils l’enregistrent. Elle m’avait été inspirée par John Lee Hooker, Howlin’ Wolf, Muddy Waters, car j’étais un grand fan du Delta Blues. The Spidells (Monza 1122) ont connu un succès mineur avec ce titre, au contraire de Bobby Bare qui en 1968 la placée 15ème auHot 100 (RCA 47-9450).Jerry Crutchfield : Felton Jarvis a eu l’idée de la proposer à Elvis. Comme beaucoup, je vénérais Elvis et j’étais très excité à l’idée qu’il allait l’enregistrer. Son approche est puisée dans ses racines blues et country. Elvis était l’inspirateur et le catalyseur de l’explosion du Rock’n’Roll. Ce n’est pas seulement un pionnier, un innovateur, il avait un talent énorme. Sa légende continuera toujours. Il ne partira jamais.

C’est par ce titre que débute cette seconde nuit de session. Il est travaillé en neuf prises par Elvis, somme toute de bonne humeur, qui ne pouvant pas lire les paroles, dit :Je veux trouver son auteur pour lui écraser les doigts et casser ses stylos… C’est la prise 9 qui est retenue pour figurer sur l’album Raised On Rock (APL1 0388). Il ne la reprendra pas par la suite. 

On doitI’ve Got A Thing About You Baby à Tony Joe White chanteur/compositeur country de grand talent, dont le King, après avoir repris le flamboyant Polk Salad Annie, reprend également au cours de ces mêmes sessions, le superbe For Ol’Times Sake. Elle est tout d’abord enregistrée dans le même temps par Tony Joe White pour son albumThe Train I’m On (Warner Brothers 2580), et par Billy Lee Riley qui la sort en single (Entrance 7508) et la place 93ème au Hot 100. Tony Joe White : I’ve Got A Thing About You Baby m’a été inspirée par ma rencontre avec ma femme. C’est juste la manière qu’a homme qui pense à une femme, il n’y a rien d’autre de spécial. J’aime ce qu’en a fait Elvis, il est exactement dans l’esprit qui nous animait. La prise et la musique sont totalement dans le coup. 

Elvis met la chanson en boîte en quinze prises. Après la première, il dit en se moquant de lui-même :J’ai raté la première partie. Je chantais Heartbreak Hotel Mais je vais m’accrocher. Nous ferons juste la fin plus tard et nous l’expédierons par la posteUn peu plus loin, il chante quelques bribes deWasted Years de Stuart Hamblen. La dernière prise est retenue pour figurer sur le single (APBO 0196) qui sortira avec en face BTake Good Care Of Her. La chanson sera également présente sur l’album Good Times (CPL1 0475).Si Elvis ne reprendra pas la chanson par la suite, Felton Jarvis avait cependant en projet, en 1980, de la lui faire chanter en duo avec Tony Joe White

Les auteurs de Just A Little Bit ne sont pas moins de quatre : John Thornton, Ralph Bass, Earl Washington, et Piney Brown. Elle est enregistrée, en 1959, par Tiny Topsy – de son vrai nom Otha Lee Moore – (Federal 12357), puis quelques temps plus tard par Rosco Gordon (Vee Jay 332), à qui la chanson est parfois créditée, qui la place, en 1960, 64ème au Hot 100.
Elvis
n’a aucune peine à mettre en boîte, cette sorte de rumba, en seulement deux prises. Sa version est beaucoup plus délayée, légère, que les précédentes et le vocal est parfait. La prise 2 sera retenue pour figurer sur l’album Raised On Rock (APL1 0388). Il ne la reprendra pas par la suite. 

23 juillet 1973, 21h – 3h30 du matin. Cette nuit seulement deux chansons au programme. On les doit à deux auteurs/compositeurs qu’apprécie particulièrement le King : Mark James et Tony Joe White. Les deux titres se retrouveront d’ailleurs sur le même single. 

C’est parRaised On Rock que s’ouvre la troisième nuit des sessions. On doit la chanson à Mark James :J’ai écrit Raised On Rock à New York, puis j’ai réalisé la maquette à Nashville. Je l’ai envoyé à Elvis et je pense qu’il l’a apprécié en raison des paroles qui évoquaient la naissance du rock’n’roll et comment certaines personnes pensaient que cela ne durerait pas. Il y avait cependant une ligne qui pouvait poser un problème et je l’ai signalé à Red West. Elle disait : While I was in the back room diggin’ The Stonespendant que j’étais dans la chambre du fond enterrant les Stones -, ils l’ont changé par : While I was in the back room rockin’ on – pendant que j’étais dans la chambre du fond faisant du rock -. Je ne sais pas si Elvis était un fan des Stones, mais quelqu’un a changé les paroles ? Dans sa version Elvis a bien saisi le rythme et le feeling de la chanson, cependant à mon goût sa production n’est pas totalement satisfaisante.  

Elvis enregistre probablement la chanson en une douzaine de prises, la seule à nous parvenir sera la 10 qui fera tout d’abord l’objet d’un single (APBO 0088) avec en face B For Ol’ Times Sake. Elle apparaîtra ensuite, un mois plus tard, sur l’album au titre éponyme (APL1 0388). Il ne la reprendra par la suite qu’une seule fois : le 6 août 1973 à Las Vegas

For Ol’ Times Sake est à nouveau une superbe chanson de Tony Joe White, qu’il avait enregistré pour son excellent album Homemade Ice Cream (Warner Brothers 92274), en 1973. Tony Joe White : Elvis s’est appliqué sur For Ol’ Times Sake. J’ai eu la même sensation que pour Polk Salad Annie. Elvis me dit que j’avais écrit une partie de sa vie dans cette chanson. Il s’est totalement imprégné des paroles et de son atmosphère triste. Sa version me brise le cœur, sa manière de chanter est magnifique. Le lien entre sa vie personnelle et la chanson est évident. 

Ce second titre de Tony Joe White repris au cours de ces sessions par le King, est paru depuis peu et il ne fait aucun doute qu’Elvis s’est senti concerné, on le sent d’ailleurs sur ses hésitations dès les premières prises. Son interprétation est à fleur de peau, avec tout juste ce qu’il faut d’accompagnement, dépouillée de tout artifice, personnelle, une merveille de délicatesse. 

Il enregistre la chanson en huit prises, la dernière étant retenue pour figurer sur un single (APBO 0088) avec en face A Raised On Rock. Elle apparaîtra ensuite sur l’album Raised On Rock (APL1 0388). Il ne la reprendra pas par la suite. 

24 juillet 1973, 23h – 3h du matin. Seule la si sympathique et injustement ignorée parfois, Girl Of Mine, est mise en boîte au cours de cette nuit qui sera la dernière en présence d’Elvis

Girl Of Mine a été écrite par Les Reed et Barry Manson. Les Reed : Barry Mason voulait toujours écrire des chansons country avec un mid-tempo. Il était maître en la matière, avec des mots solides qui m’ont inspiré pour composer des mélodies simples. C’était un romantique, il excellait dans des paroles, sans doute commerciales, mais intelligentes, et nous étions fiers d’avoir écrit ces chansons. Quand nous avons été approchés par Freddy Bienstock pour écrire pour Elvis, ça a été pour nous un réel privilège. Et Elvis a été notre vraie inspiration pour Girl Of Mine. Elle contient tous les ingrédients qui ont fait de lui le King, si populaire avec tous ces fans. C’est une ballade rythmée, simple dans sa construction, et facile à interpréter. 

Alors effectivement, Elvis n’a aucune peine à s’emparer de la chanson, la mélodie est ronde, elle tourne toute seule, et vous reste dans la tête. Onze prises sont mises en boîte en ce début de quatrième nuit de sessions. La dernière sera présente, en octobre 1973, sur l’album Raised On Rock (APL1 0388). Il ne la reprendra pas par la suite. 

24 juillet 1973, 3h – 5 h du matin. A partir de cette nuit qui ne voit apparaître qu’un seul titre, seuls les musiciens seront à l’œuvre.

Good, Bad But Beautiful est la seconde chanson de Clive Westlake, aprèsIt’s Different Now, envisagée au cours de ces sessions. Seulement, Elvis insatisfait du son obtenu jusque-là, entre en conflit avec son ingénieur Al Pachucki et décide de quitter le studio. Celui-ci ne travaillera d’ailleurs plus par la suite pour le King. A partir de là, seule la partie instrumentale de cette ballade sera enregistrée et on ne sait réellement pour quelles raisons, Elvis n’y posera jamais sa voix. Devenue l’arlésienne pendant des décennies, la prise verra enfin le jour, en 2007, sur la réédition de l’album Raised On Rock (Ftd 88697 12843.2). 

La chanson apparaîtra finalement, en 1975, sur l’album au titre éponyme de Shirley Bassey qui atteindra la 13ème place du classement anglais.

25 juillet 1973, 23h – 5h du matin. Trois instrumentaux au programme, dont seul la délicate Sweet Angeline fera l’objet d’un ajout vocal par le King.

Ce dernier jour de sessions s’ouvre à nouveau sur une chanson de Mark James, Color My Rainbow, toutefois sans Elvis qui n’obtenant pas la veille le son recherché, a laissé place aux seuls musiciens. Il n’y aura donc que l’instrumentale de cette ballade qui sera enregistrée et on n’en restera là, puisque Elvis n’y posera jamais sa voix par la suite. Cette mélodie somme toute sympathique et bien mise en valeur par les choristes ne verra en fait le jour qu’en 2007 sur l’album Raised On Rock (Ftd 88697 12843.2).

Suit une belle ballade,Sweet Angeline, que l’on doit à Chris Arnold, David Martin et Geoff Morrow, auteurs déjà de plusieurs titres pour le King et qui ont enregistré eux-mêmes la chanson en Angleterre, en 1971, pour le label Bell (1183). Celle-ci avait déjà été proposée précédemment à Elvis lors des sessions de janvier 1969 à l’American Studios

Sweet Angeline va être enregistrée en deux temps. La prise instrumentale tout d’abord au cours de cette nuit, sur laquelle Elvis posera sa voix, le 22 septembre suivant, dans sa maison de Palm Springs en Californie soutenu par le groupe Voice. C’est alors la prise 15 qui sera retenue pour figurer sur l’album Raised On Rock (APL1 0388). Il ne la reprendra pas par la suite. 

The Wonders You Perform, la dernière chanson de ces sessions va subir le même sort que Good, Bad But Beautiful et Color My Rainbow. On la doit à Jerry Chesnut qui par la suite offrira plusieurs autres chansons au King, It’s Midnight, Love Coming Down… Là encore seule la prise instrumentale est mise en boîte, cependant qu’Elvis ne posera jamais sa voix dessus. Cette prise n’apparaîtra qu’en 2007 sur l’albumRaised On Rock (Ftd 88697 12843.2).

Il s’agit d’un gospel interprété dans le plus pur style country par Jerry Chesnut, lui-même, mais surtout par Tammy Wynette qui l’avait sorti avec succès en single (Epic 10687), en 1971. 

Les semaines qui vont suivre tendent à prouver que réellement Elvis ne se sent bien que sur la scène. Le 29 juillet, il s’envole pour Los Angeles où, le 31, il retrouve à 21h pour trois jours de répétitions le Studio C de RCA sur Sunset Boulevard. Quelques anciens titres sont essayés, comme She’s Not You, I Feel So Bad ou A Mess Of Blues, sans suite, cependant que Trouble va faire son apparition. Il travaille également des titres qu’il n’a pas encore enregistré : The Twelfth Of Never, Are You Sincere,My Boy et Raised On Rock qu’il vient juste de mettre en boîte quelques jours plus tôt. La liste des chansons qui vont être interprétées est impressionnante, on ne compte en effet pas moins d’une cinquantaine de titres.

LES DISQUES 

LES ALBUMS

L’album Raised On Rock (APL1 0388) qui sort, en octobre 1973, atteint la 50ème place du Billboard où il reste présent 13 semaines, la 36ème en Angleterre. Il ne propose que dix titres : Raised On Rock, Find Out What’s Happening, Girl Of Mine, For Ol’ Times Sake, If You Don’t Come Back, Just A Little Bit, Sweet Angeline et Three Corn Patches, enregistrés entre les 21 et 25 juillet 1973 dans les Studios Stax de Memphis, auxquels s’ajoutent :I Miss You et Are You Sincere, enregistrés, le 23 septembre suivant, dans la maison d’Elvis à Palm Springs. 

S’il n’obtient pas un véritable succès, c’est sans doute en partie par le fait que certains titres par leurs rythmes inhabituels, If You Don’t Come Back, Just A Little Bit… ont pu surprendre et que l’ensemble manque certainement d’homogénéité. Dommage car certaines chansons méritent qu’on s’y attarde un peu plus comme For Ol’ Times Sake, Are You Sincere, I’ve Got A thing About You Baby ou encore Sweet Angeline. Il est fort probable que le malaise ressenti entre les musiciens, tout comme les problèmes techniques, y soient également pour quelque chose. 

Quoi qu’il en soit l’album qui paraît en France, en 1973, sous la référence 461012 sera réédité en permanence, la dernière réédition (Ftd 88697 12843.2) qui date de 2007, comprend de plus de très nombreuses alternatives. 

L’album Good Times (CPL1 0475) qui sort, en mars 1974, atteint la 90ème place du Billboard où il reste huit semaines, la 42ème en Angleterre. Il ne propose que dix titres : Take Good Care Of Her, enregistré le 21 juillet 73, I’ve Got A Thing About You Baby, enregistré le 22 juillet 73, et Loving Arms, I Got A Feelin’ In My Body, If That Isn’t Love, She Wears My Ring, My Boy, Spanish Eyes, Talk About The Good Times, Good Times Charlie’s Got The Blues, enregistrés entre le 10 et 16 décembre 1973, tous mis en boîte au Stax Studios

S’il est vrai que dix titres c’est peu, on reste cependant stupéfait par les mauvais résultats obtenus à l’époque qui sont totalement en décalage avec la qualité des chansons et leurs interprétations. Il s’agit en effet de la plus mauvaise place jamais atteinte par un album d’Elvis Speedway remporte la 2ème avec le score de 82ème en 1968. Sans doute un exemple de la mauvaise politique commerciale de RCA. Car à vrai dire, il n’y a rien à jeter, les mélodies sont splendides, les orchestrations excellentes et le King est vocalement impérial. Curieusement si les fans sont passés à côté, ils se rattraperont par la suite et l’album deviendra vite un incontournable.    

Il paraît en France, en 1974, sous la même référence (CPL1 0475) que l’américaine et fera depuis l’objet en permanence de rééditions, la dernière (Ftd 506020-975003), sous forme d’un double album, date de 2009, et comprend de plus de très nombreuses alternatives.

Après avoir sorti les albums précités, Raised On Rock et Good Times, le label FTD fera paraître, en 2013, le coffret Elvis At Stax (88883724182), comprenant l’ensembles des sessions réalisées dans le mythique studio, y compris celles à venir en décembre 1973…

LES SINGLES

Raised On Rock fait l’objet d’un single (APBO 0088) qui sort, le 21 septembre 1973, avec en face B For Ol’ Times Sake, il atteint la 41ème place du Hot 100, la 27ème dans le Easy-Listening et la 36ème en Angleterre.

I’ve Got A thing About You Baby est retenue pour figurer sur le single (APBO 0196) qui sort, le 11 janvier 1974, avec en face B Take Good Care Of Her. Il atteint la 39ème place du Hot 100 où il reste 12 semaines, mais fait beaucoup mieux dans le classement Country avec une belle 4ème place, et obtient la 27ème dans le Easy-Listening.

STAX MADE IN FRANCE

Take Good Care Of Her a été déposée en France à la Sacem sous le titre Je ne T’aime plus, paroles de J. Datin et M. Vidalin, sans trouver toutefois d’interprète. 

Find Out What’s Happening a été déposée en France à la Sacem sous le titre J’ai connu des filles, paroles de Pierre Vassiliu, sans trouver toutefois d’interprète. 

I’ve Got A thing About You Baby a été adaptée en français par Pierre Delanoë, Claude Lemesle et Joe Dassin, pour ce dernier, sous le titre Si je te dis « je t’aime ».

MUSICIENS

Guitares : 21 et 23/7 : James Burton, Reggie Young, Charlie Hodge
24 et 25/7 : Bobby Manual, Johnny Christopher, Charlie Hodge

Basse : 21 et 23/7 : Tommy Cogbill
24 et 25/7 : Donald « Duck» Dunn

Batterie : 21 et 23/7 : Ronnie Tutt, Jerry Carrigan
24 et 25/7 : Al Jackson, Jerry Carrigan

Piano : Bobby Wood
Orgue : Bobby Emmons

Choristes : J.D. Sumner & The Stamps Quartet : Ed Enoch, Bill Baize, Donnie Sumner, David Rowland. Kathy Westmoreland, Jeannie Greene, Mary & Ginger Holladay

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