« Je me souviens, nous roulions dans la limousine, il y avait tant de monde et de fleurs, c’est impossible à imaginer. »
Joan Deary, responsable du catalogue Elvis chez RCA
Nous sommes à présent à un an du 50ème anniversaire de la disparition d’Elvis et il nous a semblé important, de revenir sur ces funestes instants qui bouleversèrent le monde à jamais… La citation qui dit que « tout a une fin », ne s’applique naturellement pas à Elvis. Sa fin, tant il est resté présent dans le cœur et les pensées de millions de gens par le monde, n’en fut en réalité jamais une. Mort, il ne devint pas une légende, il en était déjà une de son vivant. Il a simplement continué de l’être ! Pourquoi et comment, quarante-neuf années après sa disparition, existe-t-il toujours autant de ferveur autour de l’homme et de sa musique ? Sans doute tout simplement parce qu’il le mérite ! Ce 16 août 2026, le monde entier s’est réuni, à nouveau, autour de ses nombreux amis venus tous témoigner de l’homme exceptionnelle qu’il était : Estelle Brown, Larry Strickland, Jim Murray, George Hamilton, Linda Thompson, Jerry Schilling, Larry Gatlin, Tony Orlando… Il voit aussi, le groupe J.D. Sumner & The Stamps Quartet être intronisé aux Graceland Legends. Ses membres historiques : J.D. Sumner, Ed Enoch, Bill Baize, Donnie Sumner, Ed Hill, Larry Strickland, Richard Sterban et Dave Rowland, rejoignent ainsi les grands musiciens et choristes ayant accompagnés le King.
Elvis My Happiness, a également, comme toujours, affirmé sa présence, en prélude à l’événement extraordinaire que s’annonce être 2027 où là, nous serons présents avec un groupe important, venu remercier celui qui en permanence illumine nos vies.


LE DERNIER CONCERT
Le 26 juin 1977, lorsqu’Elvis arrive à la Marquet Square Arena d’Indianapolis, pour la dernière date de sa cinquième tournée de 1977, il retrouve 18.000 spectateurs en délire, debout, qui crient et tapent des mains. Du pur délire ! Il va donner, sans doute, sa meilleure prestation de la tournée. Quand le concert touche à sa fin, il remercie le public, son public auquel, une fois de plus, il s’est donné corps et âme. Il chante Can’t Help Falling In Love en final puis, quittant la scène, il salue et serre des mains, encore des mains… Ensuite, lorsque la voix d’Ed Hill résonne de son classique Mesdames et Messieurs, Elvis a quitté le bâtiment. Merci et bonne nuit, (Ladies and Gentleman, Elvis has Left The building. Thank you and Good night).
Elvis est déjà en route pour Memphis. Ce sera son dernier spectacle ! Personne ne s’en doute, mais il ne lui reste qu’une cinquantaine de jours à vivre. Au cours des dernières années, il aura sillonné les Etats-Unis pour donner pas loin de 1.150 concerts devant 6.500.000 spectateurs ! Il y aura interprété près de 150 chansons différentes.
LA SIXIEME TOURNEE DE 1977
Elvis dispose de sept semaines pour se reposer avant de se lancer dans une nouvelle tournée. Il quitte peu Graceland, consacrant son temps à jouer au racquetball et à chanter du gospel. Tout se passe plutôt bien pour le King dont les dates de la tournée à venir se dérouleront déjà toutes à guichets fermés ! De son côté, l’album Moody Blue entre au Billboard le 27 juillet. Il se hissera rapidement à la 3ème place des charts où il restera 31 semaines, se plaçant même à la première dans celui de la Country. Il sera certifié Multi Platine. Dans le même temps, le magazine Photoplay lui remet deux Awards, l’un pour le Meilleur artiste de variétés, l’autre pour la Meilleure Rock Star.
Le 31 juillet, Dick Grob, chef de la sécurité d’Elvis, ramène Lisa Marie de Los Angeles pour un séjour de deux semaines à Graceland, lequel doit se terminer juste avant le départ de la prochaine tournée. Pour elle, il loue le parc d’attractions de Liberty Land à Memphis ainsi que le cinéma United Artists Southbrook pour voir le dernier James Bond. Il fait de la moto et attaque son régime d’avant tournée. Il mange léger, surtout des fruits, car son poids avoisine les cent kilos.


Mais voilà, le 4 août, la parution du livre des West et de Dave Hebler, sous le titre Elvis: What Happened?– Elvis : Qu’est-il arrivé ? -, va venir assombrir le ciel d’Elvis. Il en sera extrêmement affecté, ne comprenant pas la trahison de ceux qu’il avait toujours considéré comme ses amis. Cependant, comme le souligne Ginger Alden dans son livre, Elvis & Ginger, sorti en 2015, il en parlait peu, mais avec amertume. Bien évidemment, la presse tabloïd se délecte avec l’édition des extraits les plus « croustillants ». La France ne sera pas en reste dans cette surenchère du sordide, à commencer par le titre français donné au livre Elvis ou le roi déchu. On ne pouvait imaginer titre plus racoleur. Malheureusement tous les poncifs propagés là auront la vie dure… et séviront se longues années encore, quand bien même les tristes protagonistes de cette histoire feront par la suite amende honorable
Le 15 août, Dick Grob et Sam Thompson retrouvent Elvis, à Graceland, pour passer en revue les détails de la sixième tournée de l’année. Elle va se concentrer sur l’Est des USA et débutera à Portland, dans Le Maine, par deux concerts, les 17 et 18 août. La tournée comptera douze concerts et se terminera le 27 août par un show au Mid-South Coliseum de Memphis. Plusieurs de ses proches, doutent qu’il puisse mener ce projet à bien étant donné son état de santé mais, pour le King, il est hors de question de ne pas honorer ses engagements.
Sam Thompson : Nous étions prêts à partir en tournée. Je devais ramener Lisa Marie à sa mère à Los Angeles, mais ça irritait Elvis car il n’aimait pas quitter sa fille, et c’était réciproque. Il retardait un maximum le moment de s’occuper du problème. Avant de partir chez le dentiste, il me fit un signe et me dit : A mon retour, Sam, nous parlerons à Lisa et de différentes choses pour la tournée. Tu m’attends ici. La journée du 15 août touche ainsi à sa fin…

LA NUIT DU 15 AU 16 AOUT 1977
Cette nuit-là, Elvis a rendez-vous, à 23 heures, chez le dentiste, le docteur Lester Hoffman, dans Estrate Drive, pour soigner une carie. En fait, ce n’est qu’à 23 heures qu’il quittera Graceland, au volant de sa Stutz Blackhawk, accompagné de Ginger, Billy Smith et Charlie Hodge. Il saluera au passage les nombreux fans qui se pressaient devant les grilles.
Le King est de retour à Graceland à 1h30. Les quelques fans rassemblés devant les grilles de Graceland qu’Elvis salue au passage, ne se doutent pas que cette nuit connaîtra la plus funeste des fins ! Il reste une photo de cet instant, celle prise par un de ces fans, Robert Call. On peut voir qu’Elvis est vêtu d’un survêtement bleu marine à bandes blanches et porte ses fameuses lunettes noires.

Une fois à l’intérieur de Graceland, il évoque avec ses amis sa future tournée. Il se montre enthousiaste à l’idée de reprendre la route. Il la sent bien cette tournée et est persuadé qu’elle sera meilleure que les dernières. Il est plus exubérant qu’à l’habitude et fait durer la réunion… Il se penche sur les nouvelles chansons qu’il souhaite intégrer à son répertoire, notamment The Fool, Sweet Caroline, Hey Jude, The Twelfth Of Never et Walbash Cannonball. Il y a d’autres titres qui le titillent comme One Sided Love Affair. Il voudrait l’interpréter pour démarrer à Portland. Quelques jours plus tôt, il avait dit à Charlie Hodge : Nous pouvons la travailler, j’aimerais la faire à Portland… et à Ginger : J’ai rêvé de cette chanson la nuit dernière. Qu’as-tu rêvé ? J’ai rêvé que je chantais cette chanson dans le prochain tour. Puis, parlant à Charlie de Ginger : De toute façon je ne me marierai jamais avec elle.
La conversation va s’orienter ensuite vers le livre des West et d’Hebler, sujet qui occupe beaucoup ses pensées. Elvis se sent revanchard et, s’adressant à Dick Grob, il lance : Nous allons leur montrer à quel point ils ont tort. Cette tournée sera la meilleure que nous n’ayons jamais faite. Ce sera super, une nouvelle vie est née ! Demain nous recommencerons tous à nous amuser ! Il ajoutera tout de même qu’il craint d’être confronté, pendant la tournée, aux allégations présentes dans ce livre.

Elvis s’en va ensuite jouer au racquetball avec Ginger, Billy Smith et sa femme Jo. Puis, Billy et Elvis se retirent dans le salon qui jouxte la salle de racquetball, laissant les femmes jouer seules. Il se met alors au piano et interprète notamment Unchained Melody et Blue Eyes Crying In The Rain. Billy le trouve en bonne forme. Vers huit heures du matin, tout le monde pense à aller se coucher alors que tante Delta apporte à Elvis le journal du matin. Il en profite pour lui dire qu’il compte dormir jusqu’en fin d’après-midi, mais qu’il veut voir Lisa Marie avant de s’envoler vers minuit pour Portland, première étape de sa nouvelle tournée.
Souhaitant réellement se reposer, il appelle son infirmière, Marion Cocke, en lui disant qu’ayant du mal à dormir, il souhaite prendre un médicament. Le docteur George Nichopoulos :Il avait pris le sédatif que je lui avais laissé pour la nuit, mais il n’arrivait pas à dormir. Il savait qu’il avait besoin de dormir car il partait en tournée le lendemain. L’infirmière m’a appelé pour me demander la permission de lui donner une pilule que nous avions en réserve. Nous lui avons donné un placebo et un sédatif. A ma connaissance, c’est tout ce qu’il a pris.
C’est vers 10 heures du matin qu’il finit par se coucher, mais n’arrivant pas à trouver le sommeil et ne voulant pas réveiller Ginger, il se rend dans la salle de bains pour lire dans le fauteuil de barbier qu’il a fait installer là, depuis bien longtemps. Car, contrairement à ce que la presse aime dire et écrire, Elvis n’était pas assis sur les toilettes lorsqu’il a eu son malaise mais était installé dans son fauteuil de barbier. Il lisait A Scientific Search for the The Face Of Jesus de Frank O. Adams,un ouvrage qui évoque, notamment, le Saint Suaire de Turin.

16 AOUT 1977
Ginger s’éveille à plusieurs reprises et constate qu’Elvis n’est pas dans le lit et se rendort. Finalement, un bruit sourd en provenance de la salle de bains l’éveille. Elle se lève et découvre, dans la salle de bains, Elvis gisant face contre terre, au pied du fauteuil. Elle va essayer de le ranimer en le giflant à plusieurs reprises : J’ai appelé Elvis ! Mais je suis restée sans réponse, alors j’ai ouvert la porte de la salle de bain et je l’ai vue-là étendu. Je l’ai giflé à plusieurs reprises et il a respiré quand je lui ai tourné la tête. J’ai ouvert une de ses paupières, son œil était tout injecté de sang, mais je ne pouvais pas le retourner. J’ai pensé tout d’abord, qu’il avait pu se cogner la tête, parce qu’il était tombé de son fauteuil et sa figure était face au sol.
Il est 14h20, Joe Esposito : Je venais juste d’arriver dans la maison et je parlai avec Al Strada, quand Ginger nous a appelé, elle nous dit qu’il était arrivé quelque chose de grave à Elvis. Nous avons monté l’escalier quatre à quatre. Ginger pensait qu’il devait juste avoir eu un malaise. Nous avons voulu relever Elvis pensant qu’il s’était juste évanoui, puis nous avons réalisé qu’il ne respirait pas. Ginger : Quand Joe a relevé la tête d’Elvis, j’ai pensé il sait qu’il est mort, parce qu’il m’a dit qu’il ne voulait pas que je le regarde et il nous a tous fait sortir de la chambre… Joe va s’assurer ensuite que Lisa Marie soit tenue à l’écart de la scène.
Après avoir appelé une ambulance, avec l’aide d’Al Strada, Joe essaie alors de ranimer Elvis en pratiquant le bouche-à-bouche et des massages cardiaques. C’est à ce moment qu’apparait Vernon, lui-même à peine remis d’une attaque cardiaque. Il est suivi de Patsy Gamble, cousine d’Elvis, et de Charlie Hodge qui rejoint sans attendre Joe Esposito et Al Strada dans la chambre. De son côté, Vernon craque et se met à pleurer en criant : Oh, mon fils, je t’en prie ne meurs pas ! David Stanley – le fils de Dee Presley : Charlie Hodge était dans la chambre avec Al Strada et Joe Esposito. Vernon venait juste d’arriver. Son ami Sandy essayait de ranimer Elvis. Quand je suis rentré dans la pièce Vernon était en pleurs, et il commençait à se laisser glisser doucement contre le mur de la chambre, il criait : Oh, mon fils, je t’en prie ne meurs pas !
Prévenu par Joe, le docteur Nichopoulos arrive vers 14h40 au moment où les ambulanciers transportent Elvis sur une civière vers leur ambulance garée à l’arrière de Graceland. Charles Crosby, ambulancier : L’appel est arrivé aux urgences. La personne disait qu’il y avait quelqu’un qui rencontrait des difficultés respiratoires au 3764 Elvis Presley Boulevard. A ce moment-là nous étions les seuls à savoir qu’il s’agissait de la maison d’Elvis. Ulysses Jones et moi nous avons grimpé dans l’ambulance et nous sommes partis immédiatement. Dès que nous sommes arrivés à la maison, nous sommes montés à l’étage ; dans la chambre il y avait plusieurs personnes autour du corps allongé. Je ne l’ai pas reconnu immédiatement. Une femme était en train de lui faire du bouche-à-bouche.
Ils conduisent alors Elvis aux urgences du Baptist Memorial Hospital, accompagnés du docteur Nick, de Joe et de Charlie, montés avec eux dans l’ambulance. Ils seront rejoints à 14h45 par Dick Grob. Malgré tous les efforts déployés pour ramener Elvis à la vie, à 15h30, son décès est officiellement déclaré. Cette annonce va faire l’effet d’une bombe auprès des médias, mais surtout plonger les fans dans la détresse la plus totale.
Inquiet pour l’état de Vernon, le docteur Nick se fait raccompagner à Graceland. Charles Crosby : J’ai ramené le docteur Nichopoulos à Graceland, il m’a demandé d’attendre pendant qu’il informait monsieur Presley. Je pense qu’il était inquiet du fait des problèmes cardiaques de celui-ci et nous demandait d’attendre au cas où il y aurait un problème. Nous attendions dans la salle à manger, la fille d’Elvis était là. Elle pleurait, une femme la tenait dans ses bras et essayait de la consoler.
C’est au tour de Sam Thompson de rejoindre Graceland. Il raconte :Quand je suis arrivé à Graceland, je me suis rendu à la Jungle Room. Le Dr Nick était avec Vernon qui hurlait de douleur : Mon enfant est mort ! C’était le chaos, tout le monde était effondré. Je suis sorti de la pièce. J’ai vu Lisa Marie qui pleurait. Elle m’a dit : Sam, mon papa est mort ! Je n’ai pas su quoi répondre. Puis elle me dit : J’aimerais appeler Linda. J’ai appelé ma sœur et j’ai passé le téléphone à Lisa. Quand je l’ai repris, ma sœur m’a dit : C’est vrai ? Je lui ai répondu : C’est vrai. Il est mort.

A présent, il faut alors annuler le vol de retour de Lisa Marie prévu le soir même pour Los Angeles et organiser au contraire, le départ de l’avion d’Elvis, pour aller chercher Priscilla. Dans le même temps, il faut stopper le vol des musiciens en provenance de la Côte Ouest direction Portland, en vue du début de la tournée. On doit bien sûr prévoir aussi les funérailles, agir le plus discrètement possible, en assurant la sécurité de la famille et celle du corps d’Elvis. Des policiers sont postés aux grilles. Ils ont pour consigne de ne laisser passer que les personnes inscrites sur une liste établie par Sam Thompson.

MESURES D’URGENCES
L’expérience d’officier de police de Dick Grob, lui dicte immédiatement qu’il fallait absolument préserver l’intimité de son ami, même après sa mort. Il va alors conseiller fermement à Vernon de demander lui-même une autopsie du corps d’Elvis. Dans ce cas, cette autopsie reste la propriété de la famille et des héritiers. Toutes les photos et les conclusions de l’autopsie ne peuvent être divulguées qu’avec l’accord de la famille. Si une telle initiative n’est pas prise, Dick sait que l’Etat du Tennessee peut solliciter une autopsie, sans l’accord de la famille, si le défunt est une personne célèbre. Cette autopsie appartiendrait alors à une administration publique et deviendrait, par conséquent, une information publique. Cela signifierait que n’importe qui pourrait avoir accès à ces données, à commencer par les médias !
A 16 heures, Dick Grob arrive à Graceland muni des documents que Vernon doit signer pour introduire la demande d’autopsie. Il va suivre les conseils de Dick et signe les documents. En conseiller avisé et en ami fidèle, Dick a certainement évité que des photos d’Elvis mort, sans doute dans le plus simple appareil, ne paraissent à la une de tous les journaux.
LES MUSICIENS
Un vol est parti de Los Angeles avec un premier groupe de musiciens et, après avoir fait escale à Las Vegas pour récupérer une seconde équipe, le pilote reçoit l’ordre de se dérouter sur Pueblo dans le Colorado où il doit contacter Memphis par téléphone. C’est un membre de l’orchestre de Joe Guercio, Marty Harrel, trombone basse, qui va aux nouvelles et informe ses collègues de la funeste nouvelle. Kathy Westmoreland : Nous sommes tous sortis prendre l’air. Ma première pensée était que la radio de l’avion ne fonctionnait plus ou qu’il y avait un problème mécanique. Si j’avais su que nous avions reçu l’ordre d’appeler Memphis, je me serais douté de quelque chose. Tout est arrivé si vite que je n’avais pas le temps, j’émergeais à peine de mon sommeil, je ne pouvais avoir une pensée rationnelle. Marty revint : Approchez-vous, j’ai quelque chose à vous dire. Nous nous approchâmes tous de lui et il nous dit alors, d’une voix douce et claire : Elvis est décédé ce matin, nous retournons tout de suite à Las Vegas et à Los Angeles. Cette simple déclaration, déclencha des pleurs chez certains, alors que d’autres ne voulaient pas y croire. J’étais engourdie et soudainement abattue. Après ces années passées ensemble, Elvis était une partie de ma vie. Même si je savais, depuis des mois, que la fin était proche, ce fut un choc terrible de l’apprendre. Mes sentiments étaient mitigés : j’étais soulagée à l’idée qu’il ne souffrirait plus mais, au-delà de mes larmes, je ressentais fortement sa disparition. En fait, il m’a fallu de nombreuses années pour que je puisse réellement pleurer, sur la grande douleur de ma vie. Mon ami, mon bel amour, Elvis, l’imprévisible, était mort. J’ai encore beaucoup de difficulté à le réaliser.
Myrna Smith, des Sweet Inspirations : J’étais totalement choquée. Je n’étais pas moi-même, je tournais autour de l’aéroport, comme une hystérique. On m’a donné un Valium. Aussitôt que nous sommes arrivés à Los Angeles, j’ai réservé une place pour Memphis le lendemain. J’ai eu de la chance car peu après il n’y avait plus de place. Linda Thompson n’en a pas trouvé, c’est mon ex-mari Jerry Schilling qui lui a donné sa place et lui est parti avec Priscilla.
Jerry Scheff : C’était un grand choc pour tout le monde. Nous n’arrivions pas à y croire. Nous sommes restés à peu près une demi-heure sur la piste. Personne ne disait un mot. Certains pleuraient. Le vol de retour était silencieux. Lorsque nous sommes arrivés à Los Angeles, il pleuvait, il y avait un orage, et c’était vraiment bizarre. Tout le monde est sorti de l’avion sans parler. Nous sommes montés dans nos voiture et nous sommes partis.
LES FANS, GRACELAND
Devant Graceland, la foule des fans grossit d’heure en heure. La trentième tournée des années 70 n’aura jamais lieu ! On imagine le désarroi – tout comme pour les fans du monde entier – des milliers de spectateurs qui avaient pris leurs places et attendaient depuis des semaines la minute où ils verraient le King apparaître sur la scène. Et lui, pour l’occasion, c’était fait faire un nouveau jumpsuit. Et puis la nouvelle est tombée, très vite confirmée par tous les médias. Désemparée, la très grande majorité d’entre eux ne se fera pas rembourser les billets, préférant garder cet ultime souvenir, comme l’on garde un mot d’amour ou une blessure qui jamais ne se referme…
Au Baptist Memorial Hospital, c’est à 18 heures 30 que le docteur Eric Muirhead débute l’autopsie du corps d’Elvis. Elle durera jusqu’aux environs de 20 heures. Entretemps, Vernon, conseillé par Joe Esposito et Dick Grob, choisit la Memphis Funeral Home pour les funérailles. C’est cette entreprise de pompes funèbres qui s’était occupée des funérailles de Gladys, en 1958. Le cercueil d’Elvis sera également identique à celui de Gladys, en cuivre, fabriqué à Oklahoma City et pesant dans les 130 kilos. Quant au service funèbre, il est décidé qu’il se déroulerait en toute intimité. C’est Vernon qui émet l’idée d’exposer le corps d’Elvis à Graceland pour permettre aux fans de lui rendre un dernier hommage. Mais rien de concret n’est encore décidé. Le sujet d’une conférence de presse est également abordé. Joe est désigné comme interlocuteur représentant Elvis et sa famille.


A 20 heures 15, le corps d’Elvis est transporté du Baptist Memorial Hospital au Memphis Funeral Home sous haute sécurité et dans la plus grande discrétion. Le corbillard, sans signe distinctif, réservé à Elvis, est escorté de deux voitures transportant des policiers, suivies par celle de Dick Grob. La dépouille d’Elvis sera gardée toute la nuit du 16 au 17 août par deux officiers de police en plus du personnel de l’entreprise de pompes funèbres.

Vers 21 heures, Priscilla quitte Los Angeles pour Memphis à bord du Lisa Marie, accompagnée, entre autres, de ses parents, de sa sœur Michelle, de Jerry Schilling, de Joan, l’épouse de Joe Esposito, et de quelques autres amis très proches. Priscilla : Au début du voyage, je restai assise, seule, désespérée.Puis je me rendis dans la queue de l’appareil, dans la chambre à coucher d’Elvis. Je m’étendis sur le lit, incapable de croire qu’Elvis était vraiment mort. Le vole me sembla interminable. En arrivant à Memphis j’étais transie de froid. On nous a poussés dans une limousine, pour éviter la bousculade des photographes.Puis nous avons roulé à toute vitesse vers Graceland, où nous sommes tombés sur des visages catastrophés : des parents et des amis intimes, les domestiques – tous ces gens qui nous avaient entourés pendant tant années. J’avais passé la plus grande partie de ma vie avec eux et il m’était pénible de les retrouver dans de telles circonstances. La plupart des membres de la famille d’Elvis, Vernon et sa maman, Minnie Mae, ainsi que ses filles Delta et Nash, s’étaient retranchés dans la chambre de Minnie Mae, alors que ses amis et les garçons qui travaillaient pour lui étaient pour la plupart dans le salon. Les autres allaient et venaient lentementd’une pièce à l’autre, silencieux et incrédules.
LE MONDE ENTIER…
La nouvelle du décès d’Elvis Presley s’est maintenant répandue dans le monde entier. Toutes les rédactions, qu’elles appartiennent au monde de la presse écrite ou audiovisuelle, se sont emparées du sujet et le mettent à la Une ! Toutes les chaines de télévision chamboulent leur programmation et ne parlent que d’Elvis et de sa mort. La chaine CBS n’ayant pas cru bon de mettre en Une la nouvelle du décès d’Elvis va se retrouver ce jour-là avec la plus faible audience, les téléspectateurs ayant zappé immédiatement sur une autre chaine pour suivre les sujets évoquant Elvis. Les programmes spéciaux se multiplient. Rarement la disparition d’une personnalité n’a créé un tel sentiment. A l’image du New York Post qui titre : Des millions de personnes sont en deuil… aux quatre coins de la planète, les gens sont effondrés, abasourdis. Elvis est tellement grand qu’il fait partie de l’imaginaire. Il est universel, il fait partie de nous-mêmes. Il ne peut pas mourir. Chez les fans c’est avant tout un sentiment de détresse qui prévaut. La douleur est profonde. Ils sont anéantis. Ils viennent de perdre qui un ami cher, qui un frère, un parent, en réalité une partie d’eux-mêmes. Ils souffrent profondément. Ce désarroi apparait dans toutes les réactions, Will McDaniel, qui avait connu Elvis dès ses débuts déclare :J’étais dans la maison quand j’ai appris la nouvelle. Je suis sorti sous le porche, je me suis assis et j’ai crié. Simples fans, personnalités, artistes, les témoignages sont tous identiques. Bobby Wood, pianiste, notamment des sessions de 69 :J’étais à Nashville pour une session d’enregistrement avec Joe Tex. Quand la nouvelle est arrivée Joe a arrêté la session. Il ne pouvait plus travailler. Il était choqué car Elvis était son plus grand héros. J’étais choqué également, nous l’étions tous. Je ne pouvais pas le croire. Tout d’abord quelqu’un a dit : c’est une mauvaise plaisanterie, ou quelque chose comme ça, mais hélas c’était vrai.
Mae Axton, co-auteur d’Heartbreak Hotel : Je revenais d’un festival de rock en Georgie, et j’avais à peine eu le temps d’ouvrir la porte de mon appartement que le téléphone sonnait. Je décrochai et fit allo… mais personne ne répondit. Finalement la secrétaire d’Elvis vint au téléphone et me dit : Mae, Vernon a essayé de vous appeler… Elvis est… Mae, il… est parti. Je ne pouvais pas le croire. Je ne savais plus où j’étais…




LES MEDIAS FRANÇAIS…
C’est aux alentours de minuit (heure française), que la triste nouvelle est arrivée en France. Aussitôt les émissions de radios se sont interrompues, pour ne passer que les disques d’Elvis. C’est comme ça que de nombreux fans comprendront qu’il se passe quelque chose d’anormal et apprendront le décès d’Elvis. Alors qu’à Memphis c’est la nuit, les premiers journaux sortent en France. La nouvelle fait pratiquement toutes les Unes. France Soir, dans sa première édition, titre sur toute la largeur : La mort d’Elvis Presley – le roi du rock, 42 ans, avait été trouvé inanimé chez lui. Une grande photo en concert est suivie d’un long article de Jacqueline Cartier. Dès la deuxième édition les choses se gâtent, et toujours sur toute la largeur de la première page on peut lire : Elvis Presley est mort pour avoir voulu maigrir – Foudroyé à 42 ans parce que son cœur n’a pas tenu.
Libération titre de son côté : La mort d’Elvis Presley – Un rocker plaqué or – avec cinq pages d’articles intérieurs. L’aurore titre : Elvis Presley le deuil de ses fans et souligne que l’Europe et l’Amérique sont en deuil. Le Quotidien de Paris :La mort d’un roi. Le Parisien :Le King n’est plus, sa voix reste : 400 millions de disques ! Même le quotidien révolutionnaire Rouge en fait sa première, sous le plume d’Anna Libera :Ma dernière idole, ma première révolte. Tous soulignent son apport unique à la musique et à la société en général. Ils notent également l’infinie détresse de ses fans, en France comme dans le reste du monde. Mais malheureusement, comme toujours, la presse cherche à noircir encore un peu plus le tableau et lance des débuts de rumeurs, de calomnies… Il faut bien vendre, peu importe la véracité l’exactitude des faits rapportés !…
Et puis, il y a les premières réactions des peoples. Bien que la nouvelle soit tombée dans la nuit, les premiers témoignages arrivent. Johnny Hallyday, qui a tendu un drap noir à sa fenêtre en signe de deuil : Il restait le symbole de toute une jeunesse… Sa mort c’est un grand vide dans le monde entier. Et nous sommes tous sortis de lui en quelque sorte. C’est mon époque qui s’en va… Sylvie Vartan :Nous sommes très tristes. Elvis a bercé nos premières surprises-parties. C’est peut-être grâce à lui que nous chantons…
MERCREDI 17 AOÛT 1977
Aujourd’hui c’est la tristesse qui prédomine, mais demain il faudra bien expliquer, comprendre pourquoi l’enfant de Tupelo est devenu une telle source d’amour. Pourquoi ? Le téléphone n’arrête pas de sonner à Graceland et, dehors la foule continue à grossir devant les grilles. A six heures du matin, l’Elvis Presley Boulevard est quasiment inaccessible…
A 8 heures, Larry Geller et Charlie Hodge se rendent au Memphis Funeral Home pour coiffer et préparer Elvis en vue du service funèbre. Ils apportent, également, le costume blanc et la chemise bleue, les vêtements choisis la veille par Vernon pour revêtir Elvis.
Pendant ce temps, les derniers détails de sécurité et de mise en place sont étudiés. Dick Grob a abordé la possibilité d’un enterrement militaire, ce dont Vernon ne veut pas. Toutefois, il accepte qu’il soit quasi militaire. Ainsi, il y aura la Garde d’Honneur des membres de l’Air Guard Unity et un drapeau plié en forme de triangle, comme le veut la tradition militaire américaine. Elvis aurait sûrement apprécié que cet honneur lui soit rendu par son pays.
Ce même matin, le médecin légiste du Comté de Shelby, le docteur Francisco annonce, par une déclaration officielle, qu’Elvis est mort d’une arythmie cardiaque. Le docteur Nichopoulos : Après l’autopsie, la seule chose que nous ayons trouvé de signifiant, était le durcissement d’un vaisseau du cœur. Nous avons pensé que c’était vraisemblablement la cause de l’arythmie, spécialement après qu’il avait effectué des exercices tôt le matin, et joué au racquetball. Ils ont trouvé qu’Elvis avait un gros cœur et les facteurs risques sont, qu’il avait de l’hypertension et c’est réellement tout. Si quelqu’un a une attaque cardiaque, la pathologie spécifique dit ça.
A 12 heures 25, Graceland reçoit un appel du Memphis Funeral Home prévenant que tout était prêt pour ramener Elvis chez lui. Il sera escorté par les policiers restés aux pompes funèbres ainsi que par une unité de motards de la Police de Memphis. Ceux-ci rendront un hommage personnel au King en roulant toutes sirènes hurlantes et les lumières rouges allumées. Le cortège pénétrera dans Graceland par le portail arrière, l’entrée à l’avant de la propriété étant inaccessible à cause de la foule qui se presse devant les grilles de Graceland.
Le cercueil est alors placé à l’entrée du salon de musique, la tête d’Elvis dirigée à l’est. Les meubles du salon ont été retirés pour faciliter son accès. Aussitôt le couvercle ouvert, la famille et les proches défilent devant sa dépouille et se recueillent. Parmi les amis proches, on trouve James Brown qui dira : Lorsque j’ai appris la mort d’Elvis, je me suis immédiatement rendu à Graceland. Elvis était mon ami. J’ai parlé avec son père, j’ai essayé de le consoler, mais quand je suis passé devant le cercueil, c’est moi qui ai eu besoin d’être consolé…


Vers 14h30, le cercueil est déplacé dans l’entrée. Une fois les derniers préparatifs terminés, le drapeau des Etats-Unis et celui de l’Etat du Tennessee sont mis en berne sur des hampes juste à l’extérieur de la porte. Des membres de la Garde d’Honneur sont placés près des colonnes et les premiers fans peuvent enfin monter pour rendre leur dernier hommage. Les grilles ont été ouvertes de manière à ne laisser entrer qu’une personne à la fois. Ceux qui entrent dans la propriété doivent suivre le côté droit de l’allée, pour laisser l’autre côté à ceux qui sortent. Aucun arrêt n’est autorisé devant le cercueil. La procession reste silencieuse et respectueuse. Du fait de la très forte chaleur et de l’importante humidité de ce 17 août, certaines personnes ont des malaises et une unité de secours est mise en place sur la pelouse, près des grilles. Au cours de l’après-midi, la foule est estimée à 200.000 personnes !…
Alors qu’il était prévu de laisser les fans accéder au cercueil pendant deux heures, au vu de l’importance de la foule, l’heure de fermeture va être décalée d’heure en heure. Finalement, les grilles de Graceland seront fermées à 19h15. Le nombre de couronnes de fleurs livrées à Graceland s’élèvera, ce jour-là, à 3.200 ! Priscilla : Je passai la plus grande partie de l’après-midi dans la chambre de Minnie Mae, la grand-mère d’Elvis, pendant que des milliers de personnes en deuil, venues du monde entier, défilaient en pleurs devant le corps d’Elvis Presley. Des hommes et des femmes s’évanouissaient. Certains s’attardaient devant le cercueil, refusant de croire que c’était bien lui qui reposait là. Il était vraiment aimé, admiré et respecté…
L’évènement revêt une importance telle que le Président Jimmy Carter est amené à faire une déclaration : La mort d’Elvis Presley prive notre nation d’une partie d’elle-même. Dans le monde entier, il symbolisait la vitalité, la rébellion et la bonne humeur de notre pays. Il était unique et irremplaçable. Sa musique et sa personnalité ont radicalement transformé l’aspect de la musique populaire américaine.
Vers 20 heures, le cercueil est replacé à l’entrée du salon de musique. C’est à présent au tour des officiels de Memphis et des personnalités du monde de la musique et du show business de venir se recueillir devant le cercueil. Parmi eux Chet Atkins et Roy Orbison : Je suis arrivé à Graceland dans la soirée. Il y avait une foule immense devant les grilles. Des agents du Tennessee Bureau of Investigations, m’ont fait monter discrètement dans un de leurs cars. J’ai vu Priscilla et sa fille, et de nombreux amis à moi. J’ai parlé au père d’Elvis en essayant de le consoler. Mais quand je suis passé devant le cercueil ouvert, j’aurais eu besoin d’être consolé. J’ai mis ma main sur son cœur et je lui ai dit avec des larmes dans les yeux : lâcheur, pourquoi m’as-tu laissé.
Priscilla : J’attendis le moment propice pour lui dire avec Lisa, au revoir. Ce fut tard dans la soirée, quand le corps d’Elvis fut placé dans le salon où la cérémonie devait avoir lieu. Tout le monde était parti : le calme était revenu. Avec émotion, nous nous sommes penchées au-dessus de lui. Tu as l’air si détendu mon chéri, si reposé ! Je sais que tu es heureux maintenant : toutes les réponses que tu cherchais tu les as trouvées. Puis, je lui ai souri. Tâche tout de même de ne pas déclencher d’émeute aux Portes du Paradis… Lisa m’a pris la main et nous avons passé au poignet droit d’Elvis un bracelet d’argent qui représentait les mains jointes d’une mère et de son enfant. Tu nous manqueras. Je savais que ma vie ne serait plus jamais la même…
Cette tragique et triste journée se termine et vers 23 heures, il ne reste plus, à Graceland, que Joe Esposito, Billy et Jo Smith, Priscilla, Sam Thompson, Dick et Marilyn Grob ainsi que quelques proches. Dick et Sam resteront à côté du corps d’Elvis toute la nuit.
JEUDI 18 AOUT 1977
Bien malheureusement ce 18 août, jour de l’enterrement, commence de manière tragique. En effet, vers quatre heures du matin, un conducteur ivre percute avec son véhicule un groupe de fans qui faisait partie de la foule toujours présente sur le boulevard pour veiller Elvis. Plusieurs personnes sont légèrement blessées. Mais comble de malheur, Alicia Hovatar et Juanita Johnson, dix-neuf ans toutes les deux, venues de Monroe en Louisiane, sont tuées sur le coup.

Ce sont environ 250 personnes qui assistent au service funèbre, parmi lesquelles on trouve, outre Priscilla, la famille et les amis proches, le Colonel Parker, Linda Thompson, Ginger Alden, Ann-Margret…Des chaises pliantes ont été installées dans tout le salon, traversant l’allée jusque dans la salle à manger. Cependant qu’autour du cercueil étaient disposés des ornements floraux amenés par les membres de la famille et par ceux qui travaillaient pour Elvis.
La cérémonie débute à 14 heures. Elle est présidée par le Révérend Rex Humbard de la Cathédrale of Tomorrow, qui évoque ses relations avec Elvis et ses contributions au monde. Ensuite, Bill Blaize des Stamps chanteWhen It’s My Timesuivi de Jake Hess des Statesmen qui interprèteKnown Only To Him. Jackie Kahane qui avait la responsabilité de « chauffer » la salle lors des concerts du King, parle du vrai Elvis, l’être merveilleux, du paradoxal homme-enfant que ses amis connaissaient, de sa nature si joyeuse, de sa générosité, de son constant souci des autres. Il dit combien il leur manquera et affirme que sa musique continuera à vivre. Puis, c’est autour de James Blackwood des Blackwood Brothers qui chante How Great Thou Art, suivi par Kathy Westmoreland avec My Heavenly Father, cette chanson qu’Elvis lui demandait si souvent de chanter sur scène, tant il aimait à la fois la chanson et l’interprétation. Le révérend C.W. Bradley, de la Memphis World Chugh, prie et parle tout comme le révérend Humbard l’avait fait. Puis, les Stamps interprètent Sweet Sweet Spirit avant que la cérémonie ne se termine par His Hand In Mine repris en chœur par toute l’assemblée.
James Blackwood : Nous étions avec Charlie Hodge, il y avait J.D. Sumner, le pasteur de l’Eglise du Christ et le révérend Humbard. Nous réglions les préparatifs pour savoir qui ferait quoi. Kathy Westmoreland devait interpréter My Heavenly Father et les membres de chaque groupe leur chanson. Charlie se tourna vers moi et me dit : James je pense qu’Elvis aurait voulu que tu chantes How Great Thou Art. Veux-tu le faire ?J’ai dit, bien sûr. Quand Joe Guercio sut que j’allais interpréter cette chanson, il est venu vers moi et me dit : Monsieur Blackwood, j’ai dirigé Elvis quand il chantait How Great Thou Art, des centaines de fois. Voulez-vous m’accorder le privilège de la diriger avec vous pour lui une dernière fois ? J’ai répondu bien sûr.
J.D. Sumner : Vernon me demanda si je voulais m’occuper des chants : Vous savez parfaitement ce qu’Elvis aurait aimé entendre, mieux que quiconque. Tous ensemble nous avons parlé de cela. Il y avait tous les groupes dont les Statesmen, le quartette qu’Elvis préférait, il avait toujours aimé Jake Hess. Nous avons tous chanté ensemble, Hovie Lister était venu d’Atlanta pour jouer au piano.
Kathy Westmoreland de son côté n’avait pas réellement l’esprit à chanter, mais devant l’insistance de Priscilla et de J.D. Sumner, elle finit par céder : Je ne pouvais pas imaginer cela, mais je pense honnêtement qu’Elvis m’aurait dit en souriant : Ce n’est pas un problème nous arrangerons ça. Quand je me suis mise à chanter, une chose étrange s’est passée. Les lumières de Graceland se sont mises à clignoter, et ont continué tout au long de la chanson. Quand je me suis arrêtée de chanter tout est redevenu normal.
Myrna Smith : Lors de cérémonie, j’étais assise à côté d’Ann-Margret et Roger Smith. Je me souviens quand Kathy et les autres ont chanté. J’étais dans un état second.
Larry Strickland, des Stamps : La scène qui m’a le plus marqué, c’est dans la pièce à côté du piano. Je me souviens que quand nous nous dirigions vers le cercueil Charlie était devant. Il aimait réellement Elvis. Il lui caressait la main. Je me suis approché, il y avait là Ann-Margret, Priscilla et plusieurs personnes, mais je ne les voyais pas. Il ne m’était pas venu à l’idée, que tout le monde était comme moi : nous étions réellement en deuil. C’était une chose terrible.
Larry Geller : Une fois la cérémonie terminée, nous étions quelques-uns près du cercueil : Vernon, Jerry Schilling, Charlie Hodge, Joe Esposito et moi-même. Juste avant que le couvercle ne soit refermé, Joe toucha la bague qu’Elvis avait à son doigt, le TCB, et je mis ma main sur son front. Je voulais être la dernière personne à le toucher, et je l’ai été.
Vers 15 heures 30, le cercueil est transporté dans un corbillard blanc qui sera suivi, en cortège, par seize Cadillac blanches destinées à la famille et aux proches. Ils seront huit à porter le cercueil : Joe Esposito, Billy Smith, Gene Smith, Charlie Hodge, Lamar Fike, Docteur Nick, Jerry Schilling et George Klein.
À 16 heures, la Garde Nationale est alignée le long de l’allée qui mène aux grilles et le cortège de voitures se forme devant Graceland. Huit motos de la Police de Memphis et du Département du shérif du Comté de Shelby ouvrent le chemin. Au passage du cortège, les gardes et les officiers de police se mettent au garde-à-vous. L’image du cortège des seize Cadillac blanches précédées du corbillard blanc et de l’escorte de motards de la police, se déplaçant lentement, fera le tour du monde. Une foule immense, recueillie, s’est massée le long du trajet jusqu’au Forest Hill Cemetery. Tous les hôtels de la ville affichent complet et il est impossible pendant ces deux jours d’avoir un vol pour Memphis. Ed Parker : Quand nous sommes sortis de Graceland et que j’ai vu cette foule immense présente pour ses funérailles, je suis resté stupéfait. Je ne pense pas qu’Elvis ait jamais réalisé à quel point il était populaire et célèbre. Je pense que son esprit était là à côté de moi, je pense que lui-même devait en être bouche-bée.
Priscilla : Après la cérémonie, nous sommes allés au cimetière municipal. Lisa et moi, dans la même voiture que Vernon et Sandy. C’était à cinq kilomètres et, sur tout le trajet, il y avait des hommes et des femmes éplorés, et des milliers encore qui attendaient au cimetière.
Le boulevard Elvis Presley, sous la chaleur de l’été, est comme frappé de stupeur devant ces images uniques. Jamais on n’a vu autant de monde assister à un enterrement, autant de fleurs, autant de tristesse autant de respect… Joan Deary, responsable du catalogue Elvis chez RCA : Je me souviens, nous roulions dans la limousine, il y avait tant de monde et de fleurs c’est impossible à imaginer.
L’accès au cimetière a été sécurisé et c’est tout près du mausolée qu’une zone réservée aux médias a été aménagée. Après une cérémonie courte et rapide, la famille et les invités vont s’approcher, chacun à leur tour, du cercueil pour l’embrasser une dernière fois, le toucher et lui dire quelques mots d’adieu. Vernon marche difficilement, le visage marqué par la douleur. Puis tout le monde s’en retourne à Graceland. Là, Joe Esposito, Sam Thompson et Dick Grob vont se rendre à l’emplacement réservé aux médias pour une conférence de presse.
En fin d’après-midi, la foule se disperse petit à petit, après deux journées de veille continue ! Le calme peut revenir à Graceland.

OCTOBRE 1977
JE RESTERAIS POUR TOUJOURS A GRACELAND PARCE QUE C’ETAIT LA MAISON DE MA MERE…
Elvis Presley
La ferveur des funérailles étant quelque peu retombée, Vernon, Joe Esposito, Dick Grob et Sam Thompson vont se pencher sur la question du lieu où Elvis doit être enterré, le mausolée ne constituant qu’une solution temporaire. Vernon aimerait que son fils soit enterré au cimetière à côté de sa mère, Gladys. Dick et Sam s’y opposent au nom de la sécurité et mettent en avant les risques de vandalisme et de vol du cercueil, sans parler de profanation de sépulture. C’est Joe qui émit l’idée d’enterrer Elvis chez lui à Graceland, dans le Jardin des Méditations. Il ajoute qu’on pourrait également déplacer la sépulture de Gladys et l’installer à Graceland, à côté d’Elvis. Cette solution plut beaucoup à Vernon. Cependant, des démarches administratives sont nécessaires pour obtenir l’autorisation d’enterrer une personne dans un quartier résidentiel. La Commission en charge finit par donner son accord et, dès lors, les travaux purent commencer au Jardin des Méditations pour recevoir deux caveaux. L’administration du Forest Hill Cemetery fut, elle, très satisfaite du déménagement d’Elvis, étant donné les coûts engendrés par la protection permanente nécessaire autour du mausolée, les fans étant présents tous les jours.
D’autant par ailleurs qu’un incident, qui heureusement n’eut pas de grave conséquence, intervint peu de temps après l’enterrement d’Elvis. Quatre hommes furent arrêtés pour tentative de vol de sépulture. Dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 août, ils furent surpris par des officiers de la Police de Memphis, alors qu’ils s’approchaient du mausolée des outils à la main. Ils plaideront coupables et trois d’entre eux seront inculpés. Leur intention était de demander dix millions de dollars de rançon. Cet incident contribua certainement à la rapidité avec laquelle Vernon obtint l’autorisation de déménager le corps d’Elvis.
La statue familiale – Jésus les bras ouverts -, qui se tenait près de la tombe de Gladys depuis 1958, avait été enlevée peu de temps après l’enterrement d’Elvis, pour être entreposée jusqu’au déménagement au cimetière. Il était prévu que la tombe de Gladys serait ouverte le 2 octobre et que son cercueil serait placé dans le mausolée en attendant. Le transfert devait se faire le 3 au matin. Mais les médias ayant eu connaissance du fait, et le cimetière ayant arrêté depuis le 30 septembre de payer un service de sécurité, les plans furent chamboulés au dernier moment.
C’est le 2 octobre, à 19h45, que le Memphis Funeral Home va transporter, les deux cercueils à Graceland, chacun dans un corbillard. Ceux-ci sont précédés de deux motards, d’une voiture de police et de celle de Dick Grob. Derrière les corbillards, suivent la voiture de Sam Thompson, une voiture de police et deux motards ferment le cortège. Ensuite, les cercueils furent déposés au cœur du Jardin des Méditations, dans leur tombe respective. Dès lors, Elvis était à jamais de retour chez lui, avec sa maman, à Graceland !… Comme il l’avait déclaré à plusieurs reprises : Je resterais pour toujours à Graceland parce que c’était la maison de ma mère… Elvis, le fidèle, a tenu parole !…

















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