Elvis’ Christmas Album

5 au 7 septembre 1957

6 444 mots
27–41 minutes

« Le soir de Noël me trouvera là où me guide la lumière de l’amour. Je serai chez moi pour Noël, oh oui, ne serait-ce que dans mes rêves. Je serai chez moi pour Noël… »

I’ll Be Home For Christmas

Alors qu’à tout juste quatre mois de la Noël 2026, s’annonce une multitude de nouvelles éditions reprenant cet incontournable absolu de l’œuvre du King : l’Elvis’ Christmas Album, nous sont déjà proposés, en autres, par Sony, le double vinyle Elvis: Christmas Peace, par Culture Factory l’Elvis’ Christmas Album – Snowflake Effect (Effet boule à neige), ou encore par le Fan Club anglais un single avec Silent Night couplé avec If Everyday Was Like Christmas… Et ce n’est sans coute pas fini…Chacun y allant ainsi de son édition : album, EP single… avec plus ou moins d’originalité, hélas souvent moins que plus. Mais le fait est là, bien fort celui qui aujourd’hui, 69 ans après son enregistrement, peut dire combien d’éditions ces sessions ont suscitées, officielles peut-être et encore ? Mais tant il y en a eu parallèlement, elles se comptent par dizaines, que les chiffres annoncés officiellement sont devenus depuis longtemps obsolètes.

Il y a forcément une explication à cet engouement. Sans doute est-ce dû au fait qu’Elvis est totalement en rupture avec les enregistrements habituels qui accompagnent ces chants, réaliser souvent avec des orchestrations très importantes, voire pompeuses, alors que lui se présente, tout comme pour le Gospel, avec humilité, sans artifices, juste le minimum. L’inspiration, l’âme, faisant le reste… 

Une chose est sûre, alors que nous commémorerons dans un an le 70ème anniversaire de ces enregistrements, il y a fort à parier que cette fin d’année encore toutes ces chansons brilleront à nouveau dans les hits et en streaming… Elvis est bien, définitivement et à jamais : The « King of Christmas » !…

Après quelques vacances à Memphis, Elvis reprend la route fin août pour une nouvelle tournée dans le nord-ouest du pays qui va passer également par Vancouver au Canada où il chante devant vingt-six mille cinq cents fans en folie. Difficile d’éviter des débordements, d’autant que les conditions de sécurité, tout comme la sono, sont loin d’être ce que l’on connaît aujourd’hui. Partout où il passe ont lieu de véritables émeutes, ce qui ne fait qu’envenimer la situation et certains vont même jusqu’à le traiter d’antechrist ! Malgré cela, il tient le coup et réalise de véritables tours de force, comme le constate à Seattle, le 1er septembre, le jeune Jimi Hendrix venu applaudir son idole et qui s’amusera à le dessiner. S’il reprend tous ses succès, il offre également quelques surprises en chantant notamment Fools Hall of Fame, une chanson de Danny Wolfe, enregistrée chez Sun en avril 57 par Rudi Richardson. Il la présente en annonçant qu’elle sortira prochainement sur RCA. D.J. Fontana : Nous l’avons jouée quelquefois et essayée en studio, mais ça ne collait pas.

Tout juste trois jours après avoir terminé la tournée à Portland, le 5 septembre, Elvis va retrouver les Studios Radio Recorders où les séances ont lieu de 12h à 20h. L’idée est d’enregistrer un album de chansons de Noël qui sera complété par les quatre gospels déjà mis en boîte. On note l’arrivée dans le groupe de la soprano Millie Kirkham venue seconder les Jordanaires dans les chœurs, elle restera avec Elvis jusqu’en août 1970. Parmi les chansons proposées notamment par Hill & Range, mais non retenues, on trouve I’m A Hog For You Baby de Jerry Leiber et Mike Stoller qui sera enregistrée par la suite par The Coasters, Santa You’ve Done Me Wrong de Sid Tepper et Roy C.Bennett,Let’s Play Jingle Bells un classique, ou encoreLet It Snow, Let It Snow de Sammy Cahn et Jule Styne et You’re All I Want For Christmas, un classique de Bing Crosby

Outre les chants de Noël, la session va débuter avec Treat Me Nice, déjà enregistrée le 3 mai pour le film Jailhouse Rock. Ce sera la version officielle qui demandera quinze prises. Sont enregistrés également deux morceaux qui sont de la graine de single, Don’t et My Wish Came True Elvis va démontrer les qualités vocales absolument étonnantes… Il nous reste cependant des regrets, car, à ce jour, nous ne disposons d’aucune alternatives… Comme on aimerait croire au Père Noël !…

5 septembre 1957. La session a lieu de 12h à 15h et de 16h à 20h. Curieusement, alors que la chanson a déjà été enregistré à deux reprises, la session avant d’entrer dans le vif du sujet et de commencer réellement la session spéciale Noël, va débuter par l’un des titres phares du film Jailhouse Rock qui deviendra un classique…

Bien que les sessions pour le film Jailhouse Rock aient déjà eu lieu quelques mois plus tôt, Elvis revient ici surTreat Me Nice que l’on doit au fameux duo Jerry Leiber et Mike Stoller. Il la travaille au Radio Recorders une première fois le 30 avril 1957, en dix-neuf prises, une version qui ne sera pas retenue pour le film. Puis, le 3 mai suivant il va mettre en boîte dans le même studio, cette fois, la version – treize prises – qui sera conservée pour le film et qui est un montage des prises 10 et 13. Les fans n’auront connaissances sur disque de ces deux versions que plus de trente ans plus tard.

Une troisième session a lieu ce 5 septembre. Elvis réenregistre alors la chanson, en quinze prises, avec un accompagnement légèrement différent. Cependant dans les trois cas le résultat est absolument remarquable. C’est alors la prise 15 qui est retenue pour le single (47.7035) qui sort en septembre 1957 avec Jailhouse Rock en face A et qui atteint rapidement les sommets de tous les classements. Pour sa partTreat Me Nice, occupera pendant cinq semaines la première place du Top R&B, mais ne figurera curieusement pas sur le EP du film. Elle sera présente cependant, en 1958, sur l’album Golden Records (LPM 1707). Dans la superbe séquence du film où Elvis chanteTreat Me Nice, on peut reconnaîtreau piano, Mike Stoller. 

Blue Christmas, devenue un classique du répertoire du King, a été écrite par Billy Hayes et Jay Johnson. Tout d’abord enregistré sans succès par Doyle O’Dell, elle est popularisée en 1949 par Russ Morgan (Decca 24766) puis par Hugo Winterhalter (Columbia 38635) et Ernest Tubb (Decca 46186) qui obtient une belle deuxième place dans le classement Country

Cependant, on est bien loin là de l’empreinte, de l’atmosphère proprement magique, dont elle va être imprégnée ce 5 septembre. Merveilleusement soutenue par les Jordanaires et pour la première fois par la soprane Millie Kirkham, Elvis sort totalement des sentiers battus pour offrir un blues comme lui seul peut en donner. C’est la prise 3 qui est choisie pour figurer sur l’album de légende Elvis’ Christmas Album (LOC 1035) qui sort en octobre 1957.Cependant, il faudra attendre novembre 1964 pour voir Blue Christmas paraître en single avec en face B Wooden Heart (447-0720). Là encore, il atteindra le top du classement Spécial Noël. En 1966, il fera l’objet d’un nouveau single avec cette fois Santa Claus Is Back In Town (447-0647), un cocktail explosif qui sera réédité à de nombreuses reprises dans les années qui suivirent, obtenant toujours dans cette catégorie des ventes records. 

A partir de juin 1968, pour le NBC TV Special, Elvis la mettra épisodiquement à son répertoire sur scène, surtout à l’approche des fêtes et ce jusqu’en 1977. Miracle de la technologie, en 2008, il la chantera en duo avec Martina McBride pour l’album Christmas Duets (88697 35479.2). Celui-ci fera même l’objet d’un clip avec un montage sur le Comeback 68, très réussi et remarqué certains pensants à tort qu’il s’agissait de Lisa Marie. Trois ans plus tard, en décembre 2011, il se payera même le luxe de se placer 1dans le classement UK Christmas Music Video, ainsi que dans d’autres pays à l’image de la Grèce 

A noter qu’à chaque Noël la chanson obtient des scores d’écoutes en streaming absolument remarquables. C’est ainsi, qu’en décembre 2023, la British Phonographic Industry a certifié Platine le single Blue Christmas, pour ses ventes et ses écoutes en streaming au Royaume-Uni. 

6 septembre 1957. La session a lieu de 12h à 15h30 et de 16h30 à 20h. Là encore, ce deuxième jour de session va débuter par une chanson hors contexte, du matériel à single, qui sera suivie par trois titres de Noël, pour se terminer, à nouveau, par une chanson destinée à devenir un classique…

My Wish Came True. Ivory Joe Hunter qui était surnommé le Baron du Boogie ou encore The Happiest Man Alive – Le plus heureux des hommes vivants – avait de nombreuses cordes à son arc. Outre qu’il aurait écrit plus de 7 000 chansons, il était également chanteur et pianiste.Au printemps 1957, il rend visite à Elvis,qui l’appréciait beaucoup à Graceland. Ils vont passer deux jours ensemble surtout à chanter, entre autres, le tube d’Ivory Joe Hunter, I Almost Lost My Mind. Ce dernier en profite alors pour lui proposer My Wish Came True, une chanson difficile et atypique pour le répertoire du King à l’époque. Ivory Joe Hunter qui sait de quoi il parle : Il a vraiment beaucoup d’esprit. Il m’a reçu avec énormément de courtoisie et je pense qu’il est réellement l’un des plus grands. 

Elvis va débuter la session du 6 septembre à midi par My Wish Came True. Il va la travailler longuement, envingt-huit prises, avant d’être moyennement satisfait. En effet, il la répétera à nouveau le23 janvier 1958, avant de la tenter une nouvelle fois le 1er février suivant. En définitive, il reviendra aux premiers enregistrements et la prise 28 fera l’objet de la face B du single (47-7600), qui sort en juin 1959 avec A Big Hunk O’Love et qui va s’offrir, un nouveau n° 1 au Top et sera certifié Gold. Elvis ne reprendra jamais la chanson par la suite, si ce n’est une improvisation instrumentale, seul au piano, le 15 août 1970, dans les studios MGM de Culver City en Californie, lors de répétitions.

Très peu de gens ont la chance de pouvoir chanter tous les styles de musique. Elvis a prouvé qu’il pouvait chanter des trucs à voix puissante comme My Wish Came True, avec un son gospel derrière lui. Les gens qui aiment le gospel et le spiritual comme lui, sont généralement moins éclectiques.

Ray Walker des Jordanaires

White Christmas est considéré comme la chanson qui a battu tous les records de ventes à ce jour, tous artistes confondus. Elle a été écrite en 1942 par Irving Berlin pour le film Holiday Inn, où elle était interprétée par Bing Crosby (Decca 18429A). Elle obtient l’Oscar de la meilleure chanson et reviendra régulièrement se placer dans le Top à chaque Noël dans les vingt années qui suivront. A l’origine, les paroles débutaient par la phrase suivante : I’m sitting here in Beverly Hills dreaming of a White ChristmasJe suis assis ici à Beverly Hills et je rêve à un Noël Blanc -, mais elle sera modifiée à la demande de Jack Kapp, Président alors des disques Decca, firme pour laquelle enregistrait Bing Crosby. Elle devient alors : Je rêve d’un Noël blanc, comme ceux que je connaissais avant. 

Quand on sait l’importance que revêt Noël dans le cœur d’Elvis, il était naturel qu’il enregistreWhite Christmas dès son premier album dans ce style si prisé par les Américains. L’interprétation est assez proche de celle des Drifters, très dépouillée, sensible, éloignée des grandes orchestrations qui accompagnent traditionnellement la chanson. En effet, il ne change rien à ses usages et reste simplement entouré de ses musiciens habituels, formidablement bien soutenu par les chœurs des Jordanaires et Millie Kirkham. Une merveille absolue ! Ce ne sera cependant pas l’avis de certains disc-jockeys qui la boycotteront lors de sa sortie.Cependant, une fois de plus, le temps remettra les choses à leur place etWhite Christmas donnera même en 2000 son nom au titre d’un album de Noël (07863 67959.2). Elvis met le titre en boîte en neuf prises. Cette dernière apparaissant sur l’album légendaire. 

Depuis 1942,White Christmas est devenu un vrai classique, repris dans le monde entier par les plus grands, dans tous les styles et il est impossible d’en lister ses interprètes de manière exhaustive. Mais… Dieu ! que la version du King est belle !

Nouvelles technologies aidant, en 2008, Elvis la chantera en duo avec Amy Grant pour l’album Christmas Duets (88697 35479.2). 

Here Comes Santa Claus. Alors qu’il participait à la parade à cheval de Noël à Hollywood, en 1946, Gene Autry, entendit un gamin qui ne cessait de crier, Here comes Santa Claus… –voilà le Père Noël…Il n’en fallait pas plus pour qu’il écrive avec Oakley Haldeman, Here Comes Santa Claus (Right Down Santa Claus Lane). Il l’enregistre en 1947 pour Columbia (37942) et atteint avec le single la 5ème place du classement Country et la 9ème dans le Top. Elle devient dès lors un classique du genre. Gene Autry également cow-boy pour Hollywood, l’interprètera, en 1949, dans le film The Cowboy and the Indians. 

Elvis va l’enregistrer en seulement deux prises, là encore avec un accompagnement minimum, mais avec juste ce qu’il faut de swing dans une version bien enlevée ! C’est la prise 2qui sera retenue pour l’album.Il l’interprétera en duo avec LeAnn Rimes, en 2008, pour l’album Christmas Duets (88697 35479.2).

Silent Night. Ce chant est un monument, le classique des classiques des chansons de Noël. On le doit au Père Joseph Morh (1792 – 1848) de l’église St-Nicolas de Oberndorf en Autriche. Selon l’une des légendes, il l’écrivit après avoir rendu visite à un pauvre bûcheron pour la naissance de son enfant et avait trouvé là des similitudes avec la naissance de Jésus. Il l’avait intitulé alorsChant du ciel. C’est Franz Xaver Gruber (1787 – 1863) qui composa la musique de ce très beau poème qui deviendra alors Stille Nacht, heilige Nacht. Après bien des pérégrinations, la chanson sera traduite en anglais – Silent Night, Holy Night – par le révérend John Freeman Young en 1859. Cet hymne est chanté depuis aux quatre coins de la planète où il aurait été traduit en 44 langues et interprété par plus de 300 artistes différents, sans parler naturellement de toutes les chorales.  L’un de ses premiers enregistrements connus est celui du Haydn Quartet (Victor 4511), il date de 1905. C’est une nouvelle fois Bing Crosby avec le John Scott Trotter Orchestra et The Max Terr Choir qui en fera un succès record en 1942 (Decca 621). Il sera, pendant de nombreuses années, l’un des disques les plus vendus au monde. Depuis tous les grands interprètes l’ont mis à leur répertoire. 

L’interprétation de Silent Night par Elvis rompt, une fois de plus, avec la tradition, totalement éloignée de toutes pompes. L’accompagnement est réduit à son minimum, les chœurs restent en retrait, alors que sa voix est empreinte de sensibilité, de délicatesse, apaisée, reflétant à merveille les paroles : all is calm, all is bright… – tout est calme, tout est radieux… Il en interprète uniquement deux couplets, mais il faut savoir qu’au cours du temps le chant selon les adaptations comportera d’autres couplets.

Silent Night est enregistrée en neuf prises, cette dernière étant retenue pour l’album.Elle connaîtra, elle aussi, une carrière exceptionnelle en étant présente sur une multitude de disques. En 1982, sur l’album Memories of Christmas (4395.2.R), elle sera précédée d’un message d’Elvis qui dit :Thank you for listening. I’d like to wish you a Merry Christmas and a wonderful New Year… Merci de m’écouter. Je voudrais vous souhaiter un joyeux Noël et une merveilleuse nouvelle année… Elvis la chantera, en 2008, en duo avec Sara Evans pour l’album Christmas Duets (88697 35479.2). 

Don’t. Alors qu’il tourne Jailhouse Rock, sur le set, Elvis demande à Mike Stoller si lui et Jerry Leiber veulent bien lui écrire une ballade. Les deux compères se mettent immédiatement au travail le week-end suivant et lorsque, le lundi, Elvis écoute la chanson que lui joue Mike, un large sourire apparaît sur son visage et il lui dit :C’est vraiment superbe, c’est juste ce que je voulais… 

Elvis ne tardera pas à mettre la chanson en boîte, en sept prises, avec pour résultat un nouveau hit à la clé. L’interprétation est absolument merveilleuse d’émotion, la voix est tout à fait remarquable et Don’t restera la chanson préférée de Scotty Moore. La prise 7 figurera sur le single (47.7150) qui sortira, avec en face B, I Beg Of You, en janvier 1958. Il atteindra lui aussi la première place du Top 100 où il restera 20 semaines et occupera également des places très honorables dans les autres classements : 2ème dans le Country Chart et 4ème dans celui du R&B. Il sera naturellement certifié Platine et atteindra la 2ème du classement anglais. Elvis ne reprendra jamais la chanson, si ce n’est, le 29 juillet 70, en répétitions à Las Vegas. 

Comme c’est souvent le cas avec le King, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de passer derrière une telle interprétation, peu s’y frotteront et ce n’est que pour lui rendre hommage que le Pink Floyd, David Gilmour, la chantera, en 2007, en présence de Scotty Moore. 

7 septembre 1957. La session a lieu de 12h à 15h et de 16h à 20h. Ce dernier jour de session voit le King se consacrer totalement aux chansons de Noël en faisant preuve, comme toujours, d’un éclectisme hors du commun. Il va en effet passer avec une facilité inouïe de chansons empruntes d’une immense délicatesse au blues le plus sulfureux. Du grand art !…

O Little Town Of Bethlehem. Phillips Brooks, pasteur à la Holy Trinity Church de Philadelphie, après s’être rendu en pèlerinage en Terre Sainte, en 1865, en conserva une impression indescriptible. Trois ans plus tard, en décembre 1868, se remémorant ces instants passés à Bethlehem, il écrivit un poème en cinq strophes – le troisième étant souvent omis de nos jours.Il demanda alors à l’organiste de son église qui était également superintendant à la Sunday School, Lewis Redner, d’en composer la musique. Composée en une nuit, le nouvel hymne sera chanté au lendemain de Noël par six professeurs et trente-six élèves de l’école.  

O Little Town Of Bethlehem est la première chanson mise en boîte par Elvis, ce 7 septembre à partir de midi, en seulement quatre prises, la dernière étant retenue pour l’album. On est frappé, une nouvelle fois, par la justesse et l’humilité de l’interprétation, soutenue à l’orgue par Hoyt Hawkins des Jordanaires. Visiblement le King est inspiré. Le King, miracle de la technologie, la chantera, en 2008, en duo avec Karen Fairchild et Kimberly Schlapman pour l’album Christmas Duets (88697 35479.2). 

Santa Bring My Baby Back (To Me). Cette chanson a été écrite spécialement par Aaron Schroeder et Claude Demetrius pour le premier album de Noël du King. Aaron Schroeder, qui lui a écrit seize chansons : J’ai éprouvé du mal à écrire et à composer des chansons pour Elvis. Le mélange de R&B, de Country, de Pop, de Blues n’est pas facile à créer. Il a toujours enregistré les morceaux qui lui plaisaient et n’a jamais sélectionné ses chansons en fonction de l’auteur. Il savait ce qu’il voulait. Il chantait avec son âme. C’est une légende. Il avait cette qualité unique dans sa voix qui fait les légendes. Il me manque… 

En vérité, Elvis se balade avec une aisance déconcertante sur ce rythme médium et met en boîte 

Santa Bring My Baby Back (To Me) en neuf prises. C’est cette dernière qui sera retenue pour l’album.Curieusement, alors que les reprises amateures sont multiples, il n’en existe aucune par des artistes notoires. 

Santa Claus Is Back In Town. C’est Freddy Bienstock, qui travaillait alors pour Elvis Presley Music, qui appela, à la demande d’Elvis, un matin Jerry Leiber et Mike Stoller, il voulait qu’ils lui écrivent une chanson de Noël.Il poursuivra en leur disant que c’était pour l’après-midi même… Ils se rendirent alors aux studios et écrivirent en moins d’une demi-heure Santa Claus Is Back In Town, un blues de la meilleure veine mais qui, il faut bien le dire, était à l’opposé des chants de Noël traditionnels. Le Colonel, qui était présent ce jour-là leur dira :Qu’est-ce qui vous a pris tout ce temps ? Le syndrome de la page blanche répondra Jerry Leiber pince sans rire. Le Colonel ne riait pas d’autant qu’il trouvait la chanson trop bluesy et trop noir, mais il n’eut mot à dire car Elvis là trouva immédiatement à son goût. Jerry Leiber : Elvis s’est mis à la chanter et en a délivré une version du feu de Dieu… Quand il a fini de chanter, il a passé ses bras autour de Mike et moi et a dit : Quand j’enregistre, les gars, je veux que vous soyez toujours avec moi. Pour moi Santa Claus Is Back In Town reste l’une des plus grandes chansons de blues d’Elvis. Elle le ramenait à ses racines sur Beale Street, un endroit où il s’était toujours senti à l’aise. 

Il se sentait effectivement à l’aise avec la chanson qu’il enregistrera en seulement sept prises, la dernière figurant à jamais sur l’album de légende. S’il ne la reprendra jamais réellement, Elvis la gardera à l’esprit en diverses occasions, comme les 24 et 25 juin 1968 en répétitions, puis en live, le 27 juin suivant pour son Comeback TV ou encore, le 4 août 1970, pour le film That’s The Way It Is, sans aller toutefois plus loin. Il la chantera en duo avec Wynonna Judd, en 2008, pour l’albumChristmas Duets (88697 35479.2). 

I’ll Be Home For Christmas est la dernière chanson enregistrée ce 7 septembre, elle vient boucler ainsi de belle manière l’album de Noël. Elvis ne pouvait passer à côté de cette merveille que l’on doit à Walter Kent, Kim Gannon et Buck Ram. Ils l’écrivirent en 1943. Bing Crosby l’enregistre le 4 octobre de la même année avec le John Scott Trotter Orchestra pour Decca Records (18570). Le succès est immédiat et la chanson atteint la 3ème place du classement, car elle vient toucher, en pleine 2ème guerre mondiale, le cœur des soldats et de leurs familles : Je serais à la maison pour Noël…I’ll Be Home For Christmas va devenir au cours du temps un des grands classiques du genre repris par tous les artistes majeurs. 

Là encore, la version d’Elvis – enregistrée en quinze prises – est absolument lumineuse, délicate, sans accompagnement pompeux, superbement soutenue par les choeurs. La prise 15 sera retenue pour figurer sur l’album. La chanson sera évoquée pour figurer dans le Comeback 68 et Elvis la chantera en duo, en 2008, avec Carrie Underwood pour l’albumChristmas Duets (88697 35479.2).  

I’ll Be Home For Christmas par Elvis viendra apaiser les acteurs, Mel Gibson et Danny Glover, dans la scène finale du film Lethal Weapon – L’arme fatale – de Richard Donner en 1987.

Septembre, voit la mise sur le marché par RCA du single Jailhouse Rock/Treat Me Nice (47.7035) qui pour ne pas changer les bonnes habitudes va tout rafler. N° 1 de tous les classements, certifié Multi-Platine, il sera même en Angleterre, le premier single à atteindre directement la première place dès sa sortie ! Le 27 septembre, Elvis est de retour à Tupelo pour un concert exceptionnel, au bénéfice du Centre de récréation de la jeunesse Elvis Presley, qui doit être construit prochainement. Il s’accorde ensuite quelques jours de vacances à Las Vegas, cependant que le 15 octobre voit la sortie du disque Elvis’ Christmas Album (LOC 1035), dans une présentation de luxe. Le EP, Elvis Sings Christmas Songs (EPA 4108) sorti dans le même temps, tout comme l’album gagnera la première place de son classement et sera certifié Platine. 

La sortie de l’album, voit également l’apparition sur les grands écrans du film Jailhouse Rock qui sans surprise va monter à la 3ème place au National Box Office Survey du journal Variety. A cette occasion, Elvis s’offre une tournée des grandes villes de la côte ouest où la police lui demande d’être moins provocant en lui précisant qu’il sera filmé afin de surveiller son comportement. Cependant cela ne l’impressionne guère et il ne changera rien à ses habitudes. Le dernier soir à Los Angeles outre les milliers d’anonymes, on remarque la présence de nombreuses personnalités du monde du spectacle : Ricky Nelson, Sammy Davis Jr., Tommy Sand, Nick Adams, Hal Wallis…

Alors que RCA sort le EP cinq titres Jailhouse Rock (EPA 4114) qui tout comme le single se placera à la première place et sera certifié, lui aussi, Multi-Platine, Elvis, le 5 novembre, quitte Los Angeles pour Hawaii où trois concerts l’attendent. Commentaire de l’Honolulu Advertiser :Ce chanteur est à l’évidence un expert dans l’art de susciter le maximum d’hystérie chez ses jeunes adorateurs. Le 11 novembre, après avoir donné plus de 600 concerts depuis juillet 1954, il donne le dernier de la décennie à Pearl Harbor. D’autres pages doivent se tourner…

Car si le mois se termine par des émeutes dans les rues de New York, causées par le film Jailhouse Rock, un fait sans précédent, car aucun autre acteur n’a vu un de ses films provoquer de telles scènes, Elvis rencontre quelques soucis avec l’armée. Il finira par obtenir un sursis de quelques semaines afin de pouvoir tourner son quatrième film : King Creole. 

1957, n’a fait que confirmer avec éclat sa position dominante dans tous les domaines, il peut alors s’offrir son premier Noël en famille et avec ses amis à Graceland en famille. Le soir de Noël me trouvera là où me guide la lumière de l’amour. Je serai chez moi pour Noël… 

RETOUR EN JANVIER 1957, AU RADIO RECORDERS A HOLLYWOOD.

Les quatre gospels qui figureront sur le EP Peace In The Valley, puis sur l’Elvis’ Christmas Album, ont été enregistrés pendant les sessions retenues pour le film Loving You et quelques autres titres complémentaires. Des sessions qui, une fois de plus, seront très prolifiques dans tous les styles abordés et qui accumuleront, là encore, en single, EP et album, les places de numéros un et les certifications Or et Platines. Par bonheur et par on ne sait quel miracle, les alternatives de Peace In The Valley et It Is No Secret, nous parviendront plusieurs décennies plus tard…

12 janvier 1957. Cette première session de l’année, débute de 12h à 15h et se poursuit de 16h à 19h. Outre I Believe sont mis en boîte également : Tell Me Why, Got A Lot O’ Livin’ To Do et All Shook Up.

I Believe. Cette merveilleuse chanson a été écrite en 1952 par Ervin Drake, Irvin Graham, Jimmy Shirl et Al Stillman pour Jane Froman, qui l’interpréta dans sa série TV Jane Froman’s USA Canteen, début 1953. Son enregistrement atteindra la 11ème place du Billboard, en faisant ainsi le premier succès obtenu par une chanson issue d’une émission télévisée. Dans la foulée, elle est enregistrée par James Elmore, puis par Frankie Laine qui atteint la 2ème place du hit aux USA et fait un tabac en Angleterre où la chanson reste n° 1 pendant 18 semaines. Elle devient immédiatement un classique qui figure au répertoire des plus grands interprètes de Gospel.

Elvis ne pouvait passer à côté d’un tel titre et il l’enregistre enneuf prises dès l’ouverture de cette première session de l’année. La dernière est retenue pour figurer sur le EP Peace In The Valley (EPA 4054).Outre la sensibilité d’Elvis qui colle magnifiquement à ce morceau, il faut souligner également que de sa part c’est une véritable gageure alors que le R&R bat son plein. Il en sera toujours ainsi avec lui qui retournera fréquemment puiser à ses racines. 

13 janvier 1957. La session a lieu de 12h à 15h, puis de 16h à 19h et enfin de 20h à 23h. Outre deux gospels le King enregistre également : Mean Woman Blues, I Beg Of You, et That’s When Yout Heartaches Begin.

(There’ll Be) Peace In The Valley (For Me). C’est alors qu’il se rendait en train de l’Indiana à Cincinnati, en 1939, que le révérend père Thomas A. Dorsey, inspiré par le spectacle calme et tranquille que lui offraient la campagne et les animaux des fermes, eut l’idée d’écrire Peace In The Valley, un petit chef-d’œuvre qu’il destine à la grande Mahalia Jackson. C’est Red Foley qui en fait un succès en 1951 (Decca 46319). Depuis, c’est devenu un classique, définitivement lié à Elvis. Sa première interprétation connue est celle du 4 décembre 1956, lors de la mythique session du Million Dollar Quartet, mais il est évident que la chanson lui trotte dans la tête car il l’interprétera dès son dernier passage à la télévision à l’Ed Sullivan Show du 6 janvier 1957. Gordon Stocker : Il voulait chanter Peace In The Valley pour sa mère, car c’était une de ses chansons favorites.

Une semaine plus tard, ce 13 janvier, il la met en boîte définitivement en neuf prises. Magnifiquement bien soutenu par les Jordanaires, il va lui donner une réelle intensité qui fera d’elle un classique. La prise 9 sera présente dans un premier temps sur le EPPeace In The Valley (EPA 4054). 

On doit, à nouveau, Take My Hand, Precious Lord à Thomas A. Dorsey, qui inconsolable après le décès de sa femme, Nettie Harper, morte en couches avec son enfant en 1932, a écrit cet hymne religieux qui deviendra par la suite un réel classique. Il s’est inspiré de Maitland un chant composé par George N. Allen en 1844. 

Le premier enregistrement connu est celui de The Heavenly Gospel Singers (Bluebird B6846) en 1937. Depuis,Take My Hand, Precious Lord a été traduit en plus de 40 langues. C’était l’hymne favori du Dr. Martin Luther King Jr. qui avait demandé à Mahalia Jackson de venir le chanté lors des manifestations pour les droits civils.Elle le chantera également lors de ses funérailles en avril 1968. Le chanteur d’opéra Leontyne Price le chantera lui lors de ceux du Président Lyndon B. Johnson en janvier 1973, cependant que c’est Aretha Franklin qui l’interprétera lors de l’enterrement de Mahalia Jackson. C’est dire l’importance que ce cantique représente aux yeux des Américains. Il était donc dans la nature des choses qu’Elvis, le religieux, l’intègre à son répertoire. C’est le dernier titre de la session et il va l’enregistrer entre 20 et 23h en quatorze prises.Cette dernière figurera, elle aussi, à la fois sur le EP sur l’album.

19 janvier 1957. Après avoir fait un détour du 15 au 18 janvier, toujours pour le film Loving You, par le Paramount Scoring Stage à Hollywood, Elvis est de retour au Radio Recorders. La session débute à 14h à 17h et se poursuit de 18h à 21h. Sont mis en boîte également : Blueberry Hill,Have I Told You Lately That I Love You et Is It So Strange.

It Is No Secret (What God Can Do). Ce qui caractérise Elvis c’est la délicatesse de ses interprétations, il y excelle avec un accompagnement minimum, sans fioritures. Il est tout simplement inspiré. L’hymne a été écrit par Stuart Hamblen, une grande figure du genre qui fût, en 1926, l’un des premiers chanteurs western à la radio, puis auteur de chants religieux, mais aussi politicien. Il enregistre lui-même la chanson, écrite en seulement dix-sept minutes, sur Columbia (20724) en 1950. Elle est reprise immédiatement par Red Foley & The Andrews Sisters (Decca 14566), puis l’année suivante par Jo Statford (Columbia 39082) et surtout Bill Kenny & The Song Spinners & The Ink Spots (Decca 27326) qui la mène à la 18ème place du classement. C’est sans doute en pensant à ces derniers – Elvis adorait les Ink Spots – qu’il enregistra le titre en treize prises, la dernière étant retenue pour le EP. 

 

LES DISQUES

L’Elvis’ Christmas Album sortira tout d’abord en France, en 1957, sous une référence allemande (LOC 1035 C), puis, en 1960, avec une nouvelle couverture, sous une référence française (430334). En 1958, quatre titres en seront extraits – White Christmas, Silent Night, I Believe, Blue Christmas – pour sortir sur un 45 tours intitulé Noël avec Elvis (85249). En 1976, ils feront également l’objet d’une édition spéciale, Chante avec Elvis (CF 513), avec livret, dessins et paroles.                  

LES EP

L’Elvis’ Christmas Album, a fait l’objet de trois éditions en EP offrant la totalité des douze titres de l’album.

A cette même époque le classement n’existant pas, le Billboard a dû instaurer un classement dédié aux disques Extended Play (EP), Elvis réussissant le tour de force de se placer, dans un premier temps, dans les deux classements.

Le Peace In The Valley (EPA 4054) – sorti le 11 avril 57 – Peace In The Valley, I Believe, Take My Hand, Precious Lord et It Is No Secret. Il a atteint la troisième place du classement des EP, ainsi que la troisième place du classement des albums au Billboard. Une performance exceptionnelle qui atteindra rapidement le million d’exemplaires en faisant la plus importante vente d’un EP Gospel de tous les temps. Il est certifié Platine.

L’Elvis Sings Christmas Songs (EPA 4108) – décembre 1957 –Santa Bring My Baby Back (To Me), Blue Christmas, Santa Claus Is Back In Town etI’ll Be Home For Christmas. Il s’est hissé en tête du classement des EP au Billboard et estcertifié Platine.

Le Christmas with Elvis (EPA 4340) – décembre 1958 –White Christmas, Here Comes Santa Claus, Oh Little Town of Bethlehem et Silent Night. L’album obtenant le succès que l’on connait ce troisième opus n’obtiendra pas les mêmes scores que les précédents.

MADE IN FRANCE

Blue Christmas a été adaptée en France par Michel Mallory sous le titreDoux Noël pour Frank Michaël et son album hommage au King,Thank You Elvis.

On doit l’adaptation française deWhite Christmas au merveilleux Francis Blanche. L’un de ses premiers interprètes est André Claveau qui reste tout comme Eddie Constantine dans la droite ligne de Bing Crosby. Puis au fil du temps, elle sera chantée par des artistes très différents, comme Sacha Distel, Eddy Mitchell, Maria Candido, Luis Mariano, Véronique Sanson, Frank Michaël, Roch Voisine… ou bien encore par Christophe qui en 1983 en fait une interprétation très personnelle avec un couplet supplémentaire. 

Comme partout ailleurs, Silent Night, sera repris par de très nombreux interprètes français, mais curieusement presque à chaque fois dans des adaptations différentes, les paroles de références restant celles d’André Salvet sous le titre deDouce nuit, Sainte nuit que René Lefèvre arrangera pour Dalida en 1960. Ainsi, Sacha Distel l’interprétera sous le titreChante Noël, Roch Voisine sous celui de Sainte nuit, pour Richard Anthony ce seraDouce nuit tout comme pour Frank Michaël, mais avec des paroles différentes, alors que le groupe Il était une fois reprendra le titreDouce nuit, Sainte nuit dans une nouvelle adaptation qui se termine sur les paroles en anglais. Ce ne sont là que quelques exemples, on pourrait citer également Charles Aznavour, Les Compagnons de la Chanson, Luis Mariano, Patricia Kaas… la chanson étant devenue un traditionnel subira ainsi de multiples traitements bien malheureusement pas toujours à la hauteur de l’original.

Bien qu’adaptée en France par Michel Emer sous le titreNoël rends moi mon amour, Santa Bring My Baby Back (To Me)ne fera l’objet chez nous d’aucune reprise. Rappelons que Michel Emer, auteur-compositeur de talent, a écrit, notamment, pour la grande Edith Piaf : L’accordéoniste

Dès 1953, I Believe est reprise en France, sur de très belles paroles de Jean Broussolle, par de très nombreux artistes parmi lesquels Eddie Warner, Les Compagnons de la Chanson, Yvette Giraud – qui interprète un couplet supplémentaire -, et Mouloudji qui en modifie légèrement certaines paroles, remplaçant par exemple, s’allume un jour nouveau… par : s’éveille un jour nouveau… ou Oui, je crois… par Moi, je crois… En 1968, Colette Deréal en donnera également une superbe version.

It Is No Secret a été déposée en France à la Sacem avec pour titre Ce n’est pas un secret, paroles de E. Micsunesco, sans trouver toutefois d’interprète.

Treat Me Nice a été adaptée en France dès 1957 sous le titre Fais-moi peur par Robert Alain, mais ne sera reprise que des décennies plus tard par Chris Evans. Au Canada la chanson connaîtra deux adaptations, la première écrite et interprétée par Irène McNeil s’intitule, Sois gentil, la seconde par Dante – Denis Pantis – adaptée par Gilles Brown avec pour titre Pense à moi

Don’t. Bien qu’une adaptation française, sous le titre Donne donne, paroles de C. Bailly et A. Toubiana, ait été déposée à la Sacem, elle n’a à ce jour trouvé aucun interprète dans notre pays. Chez nos amis canadiens, c’est le groupe César & les Romains qui en réalisera la reprise sous le titre, Non.

LES MUSICIENS

Guitares : Scotty Moore, Elvis Presley

Contrebasse : Bill Black

Batterie : D.J. Fontana

Piano : Dudley Brooks                                                   

Orgue : Hoyt Hawkins

Choristes : The Jordanaires, Millie Kirkham

Ingénieur : Thorne Nogar

Producteur : Steve Sholes

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