Here is Private Presley
« Bien que je parte au loin, j’espère qu’ils ne m’oublieront pas, je pense beaucoup au jour de mon retour pour pouvoir les divertir comme avant… »
Elvis, 22 septembre 1958

Alors certes, Elvis n’est jamais venu chanter en Europe, comme partout ailleurs dans le monde, exception faîte du Canada, mais le fait est là, il a malgré tout passé un an et demi sur son sol. Outre des manœuvres sur le territoire allemand, qui le mèneront jusqu’à la frontière tchécoslovaque et qui lui vaudront des commentaires acerbes de la presse communistes, il se rendra également à Francfort ou à Munich… Lors de son retour aux USA, en 1960, il fera une courte escale en Ecosse. S’il a marqué de sa présence chacun de ces lieux, c’est bien sûr Bad Nauheim, là où il résidait, devenue la ville Elvis de référence, mais aussi Paris où ses trois passages ont laissé une trace indélébile, qui aujourd’hui restent les plus chers aux cœurs des fans. Revivons à présent ses instants historiques qui voient le King s’éloigner pour de nombreux mois de son pays natal…

Après que, le 19 septembre, il eut terminé ses classes, Elvis quitte Fort Hood, à 19h pour le port militaire de Brooklyn, New York City. Vernon, sa grand-mère Minnie, Red West, Lamar Fike et Anita Wood sont venus lui dire au revoir. Dans le train, Elvis se retrouve dans le même compartiment que le soldat Charlie Hodge qui deviendra par la suite l’un de ses amis les plus proches. Dans le courant de la nuit, le train fait une courte halte à Memphis. Il arrive à Brooklyn, le lundi 22 septembre à 9h, avec près de deux heures de retard. De nombreux fans sont présents pour essayer d’apercevoir le King ne serait-ce que quelques secondes. Ils ne sont pas les seuls et, dès l’arrêt du train, il est assailli par une meute de journalistes et de photographes, cependant que le Colonel Parker, accompagné de Jean et Julian Aberbach de Hill Range, de Steve Sholes et d’un important contingent de chez RCA est également venu l’accueillir. Un document émanant du Quartier Général du Brooklyn Terminal, intitulé : Memorandum for the press, avait été remis à toute la presse accréditée. Il précisait le lieu et l’horaire d’arrivée, ainsi que quelques détails sur la destination du navire, le nombre de soldats à bord et la pièce où aurait lieu à 10h la conférence de presse donnée en deux étapes. La première où il est assis derrière une table, la seconde donnée debout devant une multitude de micros.


Comme tous les autres soldats, Elvis a revêtu sa tenue d’été kaki. Il semble d’excellente humeur se plie immédiatement aux nombreuses demandes, poses devant une affiche publicitaire de l’armée, entoure avec ses bras le cou d’une hôtesse pour une dédicace… Dans le fantastique coffret/livre Elvis At 21, sorti en édition limitée, en novembre 2006, on trouvait un petit livre, Elvis Ships Out, totalement consacré à l’événement par Alfred Wertheimer et dont les nombreuses et merveilleuses photos permettent de suivre Elvis tout du long Alfred Wertheimer : Il est fort probable que le Colonel Parker ait conclu un accord avec les hauts gradés de l’armée, car Elvis se tenait devant une affiche faisant de la publicité pour l’armée. La conférence de presse était supervisée par un général en civil qui ne le quittait jamais, Elvis devant faire face à environ deux-cent cinquante personnes des médias, de la télévision, des magazines et à une multitude de photographes. Puis, après la conférence qui a duré environ une demi-heure, il est finalement monté sur le bateau. Ce qui m’intéressait, c’est le processus. Ce n’est pas le fait qu’il soit parti pour l’Allemagne et qu’il soit parti pendant un an et demi environ, puis qu’il ait rencontré Priscilla là-bas alors qu’elle n’avait que 14 ans. Ce qui est intéressant, c’est que l’histoire raconte qu’ Elvis n’a pas été traité différemment des autres soldats.


C’est le responsable de la communication du terminal, Irving Moss, qui va mettre fin à cette première cohue en engageant tout ce beau monde à s’assoir afin de suivre la conférence de presse. Comme à son habitude, Elvis répond à toutes les nombreuses questions qui lui sont posées avec beaucoup de gentillesse et d’humour. Il sait que l’attente des fans européens est grande. Ainsi à une question qui lui est posée de savoir si le fait de se rendre en Allemagne l’enthousiasmait, il répond : Oui Monsieur, j’attends ça avec impatience. En fait, avant que je n’entre dans l’armée, nous préparions une tournée en Europe. Je ne suis jamais sorti des États-Unis, sauf à Honolulu. Le rock’n’roll est très présent en Europe, en Allemagne et dans tous les autres pays. Il est très puissant et mes fan clubs sont très actifs.


Certaines questions concernent sa nouvelle vie :
. Est-ce que vous menez une vie dure actuellement, plus dure que les autres soldats ?
. Non. C’est la même chose pour tout le monde. Je n’ai pas été traité mieux ou moins bien que les autres gars, et c’est comme ça que je le voulais, parce que je dois vivre avec les autres appelés, vous savez.
. Est-ce que les autres gars vous ont mené la vie dure ?
. Oh non-Monsieur, pas du tout. Je m’y attendais pourtant un peu, parce que même dans la vie civile il y a des gens qui m’embêtent, mais quand ils ont regardé autour d’eux et qu’ils ont vu que j’étais de garde et que j’avais le paquetage sur le dos, et tout le barda, ils ont pensé : Eh bien ce gars-là, il est comme nous.
. Comment est-il possible que vous ne soyez pas dans les Services Spéciaux ?
. Madame, je ne sais pas.
. Ce n’est pas votre choix ? Je veux dire, personne ne vous l’a demandé ?
. Je n’ai rien dit. Je veux dire, je suppose que l’armée sait ce qui est le mieux pour moi.
. Quel genre de travail vous font-ils faire ? Quel genre de travail faites-vous généralement ?
. Eh bien, pendant environ dix-huit semaines, j’étais dans les chars. J’étais commandant de char. Et puis ces dernières semaines, j’étais chauffeur de camion. Je conduisais un camion.
. Pendant que vous faites votre service, prévoyez-vous de profiter des avantages éducatifs offerts par les forces armées ?
. Eh bien, j’ai beaucoup entendu parler des différents types d’enseignement que l’armée a à offrir. Et je sais pertinemment que beaucoup de boursiers sont passés par le service et en ont profité après avoir quitté le service dans la vie civile. Beaucoup de gars qui n’avaient rien avant leur entrée, ils entrent dans le service et ils suivent une sorte d’école pendant peut-être un an ou deux et quand ils sortent de l’armée, eh bien, ils sont qualifiés pour un bon travail. Maintenant, cela ne fait de mal à personne d’avoir une profession vers laquelle se tourner au cas où quelque chose arriverait à l’industrie du divertissement ou au cas où quelque chose m’arriverait. Je ne sais pas encore exactement dans quel genre d’école j’aimerais aller.
. Vous êtes-vous fait de vrais amis depuis que vous êtes au service, des amitiés depuis que vous y êtes ?
. Oui, Monsieur, je me suis fait pas mal de copains là-bas.
. Elvis, que pensez-vous au fait d’aller en Allemagne ?
. Eh bien, monsieur, j’ai hâte d’y être.
. Vous ne parlez pas du tout allemand ?
. Non, Madame, je ne sais pas.
. Envisagez-vous d’apprendre un peu ?
. Je devrais probablement le faire pour survivre en Allemagne.
. Elvis, votre père va-t-il vous rejoindre en Allemagne dans peu de temps ou part-il en même temps que vous ?
. Oui, Madame, il doit partir, le vingt-six je crois.
. Est-ce que quelqu’un d’autre vous accompagnera ?
. Ma grand-mère et l’un des garçons qui travaillent pour nous.
. Allez-vous emporter l’une de vos voitures avec vous ?
. Non, Madame. Je vais avoir une Allemande… quand on est en Allemagne, on fait comme les Allemands. Je vais probablement posséder une voiture allemande.
. Vous n’en aviez pas une… une Messerschmitt ?
. J’en avais une. Je l’ai donnée.
Plusieurs questions évoquent également les fans :
. Trouvez-vous que vos fans vous sont restés fidèles depuis que vous êtes au service ?
. Oui Monsieur j’en suis certain.
. Sont-ils encore très actifs. En entendez-vous parler ?
. Oui Monsieur. En fait, je pense que mon fan club, mes fan clubs, ont probablement doublé.
. Depuis que vous êtes à l’armée ?
. Oui Monsieur.
. C’est incroyable !
. Et le courrier que nous avons reçu a presque rendu fou tout le monde à Fort Hood.
. Qu’est-il arrivé à tout ce courrier ?
. Il a été envoyé au Colonel Parker à Nashville pour qu’on puisse y répondre.
. Combien de lettres de fans recevez-vous chaque jour maintenant ?
. Eh bien, Monsieur, je suppose que je reçois… probablement quinze mille lettres par semaine.
. Quinze mille par semaine ?
. Oui Monsieur.
. Vous attendez-vous à avoir la chance de chanter en Allemagne ?
. Eh bien, Monsieur, je ne sais pas. Je ne le sais vraiment pas.
. L’espérez-vous ?
. En fait, c’est une décision assez difficile. Jusqu’à présent, je viens de faire le soldat et je m’en sors
très bien. Donc je ne sais pas exactement ce qu’ils ont prévu pour moi.
. Dans la continuité de votre carrière pendant que vous êtes à l’armée, allez-vous devoir donner
des sortes de conférences de presse… Vous savez pendant que vous êtes en Europe, en tant que star
du cinéma et tout ça ?
. J’imagine qu’il y aura pas mal de gens de la presse là-bas. Je ne sais vraiment pas. Je ne sais
pas comment ça va être géré là-bas.
. Vous avez probablement vu que vos fans la semaine dernière à Londres ont fait tomber le plafond lors de la diffusion de King Creole. Prévoyez-vous d’aller en Angleterre depuis l’Allemagne lors d’une permission ?
. J’aimerais bien, si je peux le faire avec une permission de trois jours.
. Elvis, qu’aimeriez-vous faire le plus lors de votre premier congé en Europe ?
. J’aimerais aller à Paris… et chercher Brigitte Bardot (rires). (EMH : On peut retrouver ce passage sur le CD joint à notre livre Elvis in Paris).
Sur sa carrière et après l’armée :
. Que pensez-vous que vous pourriez faire si le rock’n’roll devait s’arrêter ?
. Si le rock and roll devait s’éteindre, ce que je ne pense pas, j’essaierais autre chose. J’essaierais probablement… J’irais probablement vers le cinéma à ce moment-là et j’essaierais de le faire en tant qu’acteur, ce qui est très difficile parce que vous avez beaucoup de concurrence.
. Elvis, êtes-vous surpris de rencontrer un succès aussi important et durable tel qu’il est à présent ?
Pensez-vous que ça allait aussi bien se passer ?
. Je ne savais pas, Monsieur. J’espérais, mais je prenais juste chaque jour au fur et à mesure. Je n’avais pas prévu que j’allais aussi bien faire…
. Au fait, combien de disques d’or possédez-vous ?
. Vingt-cinq, Monsieur.
. Vingt-cinq ? C’est le top dans le business, n’est-ce pas ?
. J’ai vendu vingt-cinq millions de disques et j’ai deux albums qui se sont vendus à un million chacun. En fait, les hommes de RCA Victor sont là. Ils peuvent le confirmer…
. Prévoyez-vous de faire des disques pendant vos congés en Allemagne ? Je comprends que ça peut être un privilège par rapport au personnel de l’armée.
. Non, Monsieur, je ne pense pas que je le ferai.
. Avez-vous déjà des projets pour après l’armée ?
. Oui. Monsieur, je veux tout simplement reprendre là où je me suis arrêté, si c’est possible.
. Vous êtes plus que jamais intéressé par le cinéma ?
. Oui, j’aimerais devenir un bon acteur, c’est ma principale ambition.
les questions fusent de toutes parts, elles n’offrent pour certaines que peu d’intérêt. On lui demande par exemple quelle est pour lui la femme idéale ? Est-ce qu’après l’armée, il pense à se marier ? Quand avez-vous été amoureux pour la dernière fois ? Il y répond le plus souvent sur le ton de la plaisanterie mais devient plus sérieux lorsque l’on évoque ses parents :
. Quand on grandit, très souvent, on pense être amoureux et on veut se marier aussitôt. Un peu plus tard, au cours de sa vie, on découvre que l’on s’était trompé, qu’on n’était pas amoureux, que ce n’était qu’une impression. Moi, je ne suis pas différent des autres. Je me serais marié plusieurs fois si mon père et ma mère ne m’avaient pas dit : Tu ferais mieux d’attendre pour voir si c’est vraiment ce que tu désires. Et, à chaque fois, j’ai attendu. Heureusement !
. Elvis, les lecteurs de nos magazines m’ont demandé de vous exprimer leur compassion à propos de la mort de votre mère. Pourriez-vous, s’il vous plaît, dire un mot ou deux de la façon dont elle vous a aidé dans la vie ?
. Bien sûr. Ma mère… Parce que j’étais un fils unique, je pense qu’on était très proche. Je veux dire que tout le monde aime sa mère, mais moi, ma mère a toujours été correcte avec moi, et ce n’était pas seulement perdre une mère, mais aussi une amie, un compagnon, un confident. Je pouvais me lever en plein milieu de la nuit, angoissé, et elle se levait pour essayer de m’aider. Quand j’ai grandi, je me suis fâché avec elle. C’est normal, quand un jeune homme veut aller quelque part ou faire quelque chose et quand sa mère ne le laisse pas faire, il pense : qu’est-ce qui lui prend ? … Puis les années passent et on comprend qu’elle avait raison, qu’elle voulait vous protéger et vous empêcher d’avoir des histoires. Je suis content qu’elle ait été dure avec moi, content qu’elle ait fait de moi ce que je suis.
. Elvis, es-tu désolé de ne pas être allé à l’université ?
. À l’époque, nous n’avions pas assez d’argent pour aller à l’université. J’aurais aimé y aller.
. Souhaitez-vous y revenir à un moment donné ?
. Eh bien, c’est selon ce que l’avenir me réservera.
D’autres questions encore, vont de la signification de la lettre A dans son nom – Aron -, au fait de savoir qu’elle était le livre qu’on lui avait offert et qu’il avait à la sortie du train, il s’agissait d’un livre de poème dont il avait lu des passages et qui lui avait plu. On lui parle également de la perte de recettes de ses impôts sur le revenu par le gouvernement fédéral du fait de son passage dans l’armée. Il avoue alors en payer beaucoup. Et enfin :
. Elvis, la plupart des gens ont une chanson qui leur est spéciale. Avez-vous une chanson préférée ?
. Ma chanson préférée est une chanson qui s’appelle Padre. La connaissez-vous, par Tony Arden ?
Et aussi, You’ll Never Walk Alone a toujours été l’une de mes préférées.
. Pourriez-vous me dire ce que vous pensez de Volare de Dean Martin et des chanteurs italiens que l’on entend actuellement ?
. Je pense que c’est super. Quand je l’ai entendu pour la première fois, je suis immédiatement allé acheter le disque.
. Pensez-vous que vous pourriez enregistrer quelque chose comme ça ?
. Moi enregistrer une chanson italienne ? Je ne sais pas si j’aurais la capacité de le faire (rires).
. Elvis, avez-vous quelque chose à dire à vos nombreux admirateurs avant de partir à l’étranger…
un mot d’adieu ?
. Oui, Monsieur, je vais le faire. Je voudrais leur dire que je vais faire de mon mieux pour continuer
à sortir quelques disques et tout ce qu’ils apprécient et que j’ai hâte de revenir et de les divertir
à nouveau.
. Avez-vous des disques qui ne sont pas sortis ?
. Oui, Madame.
. Combien ?
. Il doit y en avoir deux… ou peut-être trois. Je ne sais pas. Le Colonel Parker me dit que c’est quatre.

La conférence de presse terminée, la montée à bord de l’USS General Randall va s’avérer être, sans jeu de mot, un vrai parcours du combattant. Le navire, qui pouvait transporter un peu plus de cinq mille hommes, a servi pendant la seconde guerre mondiale au transport de troupes, notamment de San Pedro à Bombay via Melbourne. Il doit son nom au général de division de l’armée américaine George Morton Randall (1841 – 1918), connu pour son service lors de la Guerre de Sécession et des Guerres Indiennes. Il était également un compagnon éminent de l’Ordre militaire de la Légion loyale des États-Unis. Les cinéphiles doivent savoir que le film Away All Boats – Brisants humains en France -, un film de guerre de 1956, réalisé par Joseph Pevney avec Jeff Chandler et George Nader a été tourné à bord de l’USS Randall.

Peu avant le départ du bateau, Elvis a une conversation dans la bibliothèque avec le journaliste Pat Hernon :
. Elvis, depuis combien de temps, par exemple, n’avez-vous pas eu l’occasion de manger aujourd’hui ?
. Eh bien, j’ai déjeuné ce matin et bien sûr je n’ai pas mangé depuis…
. Maintenant il est près de 14h.
. Je n’ai pas l’impression que je pourrais manger quoi que ce soit en ce moment (rires).
. Quel est votre état d’esprit au moment de cette traversée.
. Je vais être honnête… L’Allemagne m’attire, je suis très curieux de voir ce pays et de rencontrer les gens qui y habitent, mais, en même temps, j’aimerais déjà être de retour…
Un petit coup de blues qui passera très vite. Et puis :
. C’est la dernière occasion de dire quelque chose à vos fans, avez-vous un message particulier ?
. Bien que je parte au loin, j’espère qu’ils ne m’oublieront pas, je pense beaucoup au jour de mon retour pour pouvoir les divertir comme avant.
. Pensez-vous que la popularité du rock’n’roll va se détériorer pendant votre absence ?
. Difficile à dire. J’espère que non… Il existait depuis longtemps, ça s’appelait le Rythm and Blues. Je ne pense pas qu’il mourra complètement, cela rapporte et ça plaît aux jeunes…
Alors que pour les nombreux fans présents ces adieux sont un véritable déchirement, le King semble peu affecté et c’est dans une complète décontraction qu’il semble affronter l’événement. Comme toujours, il se plie à toutes leurs exigences et distribue dédicaces autant que faire se peut. On assiste même à une scène des plus cocasse, digne du final d’un film hollywoodien, lorsqu’après que Lillian Portnoy, une fan californienne, lui ait remis un paquet, elle le retrouve sur le bastingage pour un baiser des plus langoureux, immédiatement saisi sur plusieurs clichés par un photographe. Mais la cohue est telle que l’on peut même surprendre le Colonel Parker, sans doute débordé par l’ampleur pris par l’événement, se mettre à souffler.
Comme c’était souvent le cas chez nous à cette époque, beaucoup de trouffions n’avaient que peu voyagé et le service leur donnait ainsi l’occasion de découvrir d’autres lieux et de rencontrer d’autres gens, différents du milieu dans lequel ils vivaient. Ainsi, Randy Seaver qui faisait partie du voyage : Deux semaines avant mon anniversaire en 1958, nous avons quitté le port de New York à bord du vénérable USS General George M. Randall en direction de Bremerhaven, en Allemagne de l’Ouest. Chaque instant de ce voyage était pour moi, une nouvelle aventure. En quittant le port, une escorte de bateaux de pompiers a lancé un salut brumeux au Randall alors qu’il passait devant la Statue de la Liberté. Il me faudra plus de quarante ans avant de revoir la Statue. Aucun de mes parents n’avait jamais été sur un navire auparavant. Pour nous, moi et mes frères et sœurs, c’était l’aventure ultime. Il y avait un véritable vacarme ce matin-là autour du Brooklyn Army Depot d’où nous partions. Pour je ne savais quelle raison, la presse accordait une attention toute particulière à l’un des soldats qui se rendait également en Allemagne, une recrue récente du Mississippi dont le nom était Elvis Presley. La signification de tout cela m’était étrangère alors. J’étais plus intéressé par le navire lui-même et notre nouvelle vie en Allemagne que par autre chose. Mais tout au long du voyage, des foules d’autres passagers entouraient constamment le soldat Presley. On m’a même dit qu’il avait joué du piano un soir pendant un spectacle de variétés.
Nous sommes arrivés à Bremerhaven à l’heure prévue, le jour de mon anniversaire. Si l’importance de la présence de notre compagnon de voyage du Mississippi ne m’avait pas réellement interrogé jusque-là, j’ai réalisé réellement lorsque le navire a accosté devant cette immense foule à Bremerhaven. C’est un souvenir que je n’oublierai jamais !
Une fois à bord, Elvis multiplie les signes d’adieu et répond tout sourire aux nombreux messages que lui adresse la foule du quai. Sur l’un des clichés, accoudé au bastingage on aperçoit même Charlie Hodge aux côtés du King : Nous nous sommes retrouvés à Fort Hood mais je n’étais pas en poste avec lui. J’étais au 15ème de Cavalerie là-bas. Quand j’ai su qu’il était là, je suis allé le voir et je me suis présenté en lui disant que j’étais le chanteur principal des Foggy River Boys et il m’a dit : Hé mec, tu sais je te regardais tous les samedis soir à la télé… Je pense que notre amitié était une amitié naturelle, parce que lorsque nous nous sommes rencontrés à Fort Hood et que nous sommes montés sur le bateau pour l’Europe, nous connaissions les mêmes personnes dans les domaines du Gospel et de la Country. Nous connaissions les mêmes gospels et nous chantions ensemble sur le chemin de l’Allemagne.
Pour faire patienter les fans, RCA Victor sort, le 18 novembre 1958, le EP Elvis Sails (EPA-4325), disque sur lequel on retrouve en partie la conférence de presse et l’interview de Pat Hernon. Bien des années plus tard, en 1992, le coffretThe Complete 50’s Masters (66050-2) proposera, lui, plus de douze minutes de la conférence.
Bien naturellement, la presse du monde entier se fera les choux gras de l’événement, y compris en France on l’on pourra lire des titres du genre : L’ Amérique en larme pleure le départ d’Elvis pour l’ Allemagne… The New York Times :Le chanteur part pour 18 mois d’armée en Allemagne… Mais, on a le plus souvent à faire à des banalités : The Hamilton Post : Mary rencontre Elvis dans les nuages avec à l’appui la photo où Elvis prend une hôtesse par le cou… et on retrouve celle-ci dans un autre article qui pose la question de savoir si : Elvis va-t-il se précipiter dans le mariage ? Et même des mois plus tard, on retrouvera dans un magazine la photo prise avec Lillian Portnoy : Je rentre à la maison, signé Elvis, qui fait l’objet d’un concours où il est promis à la gagnante : Serez-vous la fille qui accueillera El ?


Lors de la traversée Elvis ne chante pas, mais participe à un spectacle avec Charlie Hodge et accompagne plusieurs soldats au piano. Le 1er octobre, l’USS General Randall accoste à Bremerhaven, en Allemagne, où plus de 1 500 fans massés sur le quai l’attendent. Sa popularité est aussi grande en Europe qu’aux USA, à tel point que quelques vingt-cinq ans plus tard un téléfilm s’intitulera tout simplement : Le jour où Elvis est venu à Bremerhaven. Tout comme à New York, c’est de la folie, mais ça c’est une autre histoire…































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