70ème anniversaire
Il y a 70 ans le King retrouvait sa ville natale pour deux concerts mémorables, devenus mythiques depuis. Tupelo se souvient et fait revivre au Fairpark, 71 East Troy Street, jour pour jour, soixante-dix ans plus tard, sous l’égide de l’Elvis Presley Birthplace and Museum avec le soutien, notamment, de la ville de Tupelo et de quelques autres partenaires, cette performance emblématique. La soirée débutera à 18 heures avec le groupe local Brothers Windham – un duo formé par les frères Blayze et Chase Windham qui interprète blues, rock, country et jazz -, suivi d’une reconstitution du concert par Nick Perkins – originaire de Louisiane et maintes fois primé, notamment, à l’Ultimate Elvis Tribute Artist de Graceland en 2018 – et s’achevant avec Wyly Bigger – un musicien de blues et de rock’n’roll originaire de Marion, en Arkansas -, dans le cadre de la série de concerts Down on Main de Tupelo. Memories…


Le 8 septembre 1956, Elvis fait la couverture du magazine TV Guide annonçant son premier passage dans l’émission d’Ed Sullivan qui a lieu le lendemain. Il s’agit de l’une des émissions les plus populaires des USA : The Toast of the Town, qui est diffusée depuis les studios CBS-TV. Ed Sullivan, qui quelques mois plus tôt jurait ses grands Dieux qu’il ne passerait jamais dans son show, un « chanteur aussi vulgaire qu’Elvis », a payé 50.000 dollars pour l’avoir dans son programme… Manque de chance, Ed Sullivan est victime d’un accident de la route le 6 août et c’est de son lit d’hôpital qu’il suivra l’émission. L’acteur Charles Laughton tiendra le rôle de présentateur à sa place… Retenu en Californie par le tournage de son film, Elvis se produit à partir des Studios CBS-TV d’Hollywood… C’est très à l’aise et entouré de ses musiciens habituels qu’il va interpréter quatre titres : Don’t Be Cruel, Love Me Tender, Ready Teddyet Hound Dog. Le public est ravi, c’est du délire. Les résultats sont éloquents : 82,6% de parts de marché, record absolu ! Bruce Springsteen : Un soir ma mère a regardé l’émission Ed Sullivan Show dans laquelle Elvis chantait. Dans la foulée, je suis allé directement m’acheter une guitare…
26 SEPTEMBRE 1956, MISSISSIPPI-ALABAMA FAIR AND DAIRY SHOW
Alors que l’on parle déjà d’un second film pour Elvis – intitulé Lonesome Cowboy -, il quitte Los Angeles le 22 pour Memphis, en compagnie du comédien Nick Adams que l’on a pu voir notamment dans La Fureur de vivre. Le 26, ils se retrouvent à Tupelo avec les parents d’Elvis et sa nouvelle petite amie Barbara Hearn. Ce jour a été proclamé Elvis Presley Day.
Ce 26 septembre, les festivités vont débuter par une parade dans le centre-ville de Tupelo, auquel Elvis n’assiste pas, son manager, le Colonel Tom Parker, craignant pour sa sécurité face à l’ampleur de la foule. La ville a vu les choses en grands, fanfare, majorettes et chars… défilants sous une grande banderole traversant la rue de part en part et sur laquelle est écrit : Tupelo Welcomes Elvis Presley Home – Tupelo souhaite la bienvenue à Elvis Presley.


Elvis va donner deux spectacles : à 14 h 30 et à 19 h 30, au Mississippi-Alabama Fair and Dairy show – là même où il s’était fait remarquer pour la première fois, à l’âge de 10 ans, en interprétantOld Shep. Le prix d’entrée habituel pour la foire était de vingt-cinq cents pour les enfants et de cinquante cents pour les adultes, ce jour-là exceptionnellement un tarif unique de soixante-quinze cents a été mis en place. L’entrée pour le spectacle d’Elvis étant le même pour tout le monde : 1,50 $.
L’accueil est absolument triomphal, en présence du gouverneur de l’Etat du Mississippi, J.P. Coleman qui remet à Elvis un certificat le qualifiant :d’artiste numéro un de l’Amérique dans le monde de la musique populaire et du maire de la ville James L. Ballard qui lui remet lui une clé de la ville en forme de guitare, ornée de ses initiales et de l’inscription : Welcome Home, Tupelo, Miss. – Bienvenue chez vous, Tupelo, Mississippi.Le directeur de la foire J.M. Savery :Ce fut terrible. On avait non seulement la police locale, des videurs et des pompiers, tous en uniforme, mais on avait aussi trente membres de la police de la route avec nous. Et puis le soir du spectacle on a dû appeler la garde nationale : deux compagnies entières. Tous ces hommes ont entouré la scène sur trois rangs… et les filles sont passées par-dessus leurs épaules comme s’ils n’étaient pas là. C’était le bordel. Le Gouverneur Coleman croyait que la foule s’était déplacée pour lui. Il ne savait rien d’Elvis. Quand je lui ai expliqué que tous ces gens étaient venus voir Presley, il a vraiment pris un coup de vieux !


Elvis a offert des prestations électrisantes devant des milliers de fans – les estimations variant entre dix et douze mille fans par show dépassant la population de la ville. Un sacré record ! Il reste en scène deux fois quarante-cinq minutes et interprète tous les n° 1 du moment, les adolescents se ruant vers la scène, parvenant à déjouer l’imposant dispositif de sécurité et Elvis les incitants alors à rester prudents, ce qu’ils ont fait. Le photographe Terry Wood : J’ai toujours dit que Tupelo avait connu deux tornades : l’une en 1936 et l’autre en 1956.
Scotty Moore, Bill Black, DJ Fontana et les Jordanaires sont bien entendu de la partie. Scotty Moore : Il était nerveux avant un spectacle. Il voulait simplement donner le meilleur de lui-même pour les gens de chez lui. DJ Fontana : Il voulait toujours bien faire, mais surtout dans sa ville natale. Je ne sais pas pourquoi, mais les artistes ne réussissent jamais vraiment bien chez eux. C’est comme si tout le monde était inquiet. Il s’inquiétait pour ça.

Pour l’événement, Elvis a choisi de porter deux chemises en velours, bleu nuit et rouge. DJ Fontana : Elvis pouvait porter une chemise dont on se moquerait si nous nous la portions. Mais lui, il pouvait se le permettre et avoir fière allure en la portant. Barbara Hearn : Ce n’est pas moi qui ai confectionné les chemises en velours bleu et en velours rouge… Mais j’ai quelque chose à voir avec cela. Nathalie Wood, autant que je sache, a acheté ces chemises pour Elvis. Ou alors, elle a demandé à quelqu’un de les fabriquer, je ne sais pas. J’ai lu que cela avait été fait spécialement et plein de choses différentes, mais Nathalie Wood lui a offert ces chemises en cadeau. Nous nous préparions à aller à Tupelo, Elvis m’a tendu un sac à linge, vous savez, avec des cintres, où les vêtements sont suspendus et on les recouvre avec quelque chose et il m’a dit de tenir ça. Eh bien, après environ une heure, j’ai juste posé les chemises sur le canapé, j’ai pensé mec, j’ai tenu ces choses assez longtemps et rien, rien de plus n’a été dit à leur sujet et nous sommes arrivés jusqu’à Tupelo et Elvis m’a demandé pour sa chemise. Je ne savais pas de quoi il parlait. Il a dit : La chemise,que je t’ai donné pour moi… J’ai dit : Mon Dieu, tu ne m’as pas dit pourquoi tu voulais que je les tienne. Elles sont restées à la maison sur le canapé. Eh bien, il a rappelé Audubon et il y avait toujours quelqu’un là-bas et il leur a dit de monter immédiatement dans la voiture et de lui apporter ces chemises, ils ont battu tous les records de vitesse du monde et sont arrivés à temps. Il n’a pas été en colère contre moi. Il m’a juste taquiné tout le temps en disant que je l’avais fait exprès parce que j’étais jalouse que Nathalie Wood lui ait donné. C’est exactement ce qui s’est passé, il faisait très chaud et ces chemises étaient en velours, il a presque fondu.
Cependant, contrairement à ce qui a été écrit parfois, à l’image du livre Tupelo Welcomes Elvis Presley Home, qui affirmait, photo à l’appui, que la jeune Tammy Wynette, âgée alors de 14 ans, était présente dans la foule ce jour-là, info reprise ici ou là par la suite, en fait, il n’en est rien. La chanteuse démentira plus tard cette information : C’est une erreur, j’ai juste eu une brève rencontre, mais marquante, avec Elvis. Je n’avais alors que 12 ans. Ma mère travaillait dans une blanchisserie à Memphis, et Elvis jouait dans un groupe local avec le frère du propriétaire de l’établissement. Je l’ai vu arriver une fois pour une répétition, alors qu’une amie qui m’accompagnait se moquait du groupe, Elvis a lancé : Un jour, je vous envelopperai dans des billets de cent dollars !
Malgré la cohue, Elvis va trouver cependant le temps d’accorder, en compagnie de Nick Adams, une courte interview à Jack Christal, de la station WELO, à qui il répond avec sa gentillesse légendaire. Celui-ci lui souhaite la bienvenue et évoque l’accueil formidable de ce retour après toutes ces années : Merci, monsieur, ça me fait vraiment plaisir. J’attendais depuis longtemps ce moment avec impatience, vraiment. J’ai retrouvé plein d’anciens camarades d’école et beaucoup de membres de ma famille que je n’avais pas vu depuis belle lurette…
Sur la parade à laquelle, il n’a pu assister et sur la fierté de tous de le voir de retour dans sa ville : J’aurais aimé être là, mais je n’ai pas pu venir. J’apprécie vraiment tout ça. Je trouve ça formidable qu’ils tiennent autant à moi, vous savez. Certains m’ont demandé si je trouvais ça ridicule. Pas du tout. Je trouve ça merveilleux. Je suis touché qu’ils me témoignent autant d’estime. Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont fait venir ici… M. James Savery (le responsable de la foire), le maire, le gouverneur et tous les autres. Merci de m’avoir offert le plus beau moment de ma vie. Merci aussi à toutes ces personnes merveilleuses qui sont venues nous voir.
Jack Christal, le remercie de lui avoir consacré ces quelques instants et lui demande quand il pense que sortira son premier film : Ça sortira en novembre. La sortie est prévue pour le premier novembre. C’est tout ce que je peux en dire. Est-il prévue une avant-première ? : Non, pas encore. J’aimerais bien le savoir.



L’ingénieur du son Ron Brandon, se souvient lui de l’entretien avec les parents d’Elvis, qui comme le rapporte tous les témoins, étaient des gens très humbles et sans prétention : En me penchant sur l’histoire d’ Elvis et de ce concert et fort de mon propre vécu, ayant grandi dans la pauvreté dans cette même région, je suis frappé de constater qu’au moment du concert et de l’interview, Gladys, la mère d’ Elvis, était presque littéralement sous le choc. Elle n’arrivait tout simplement pas à assimiler mentalement le changement de vie radical qu’ils avaient connu au cours de l’année écoulée. Elle aurait préféré profiter de la sécurité financière nouvellement acquise tout en retrouvant leur vie d’intimité et de proximité familiale… ce qui, bien entendu, était impossible. Vernon, en revanche, bien que submergé par l’ampleur des changements, semblait en apprécier une grande partie. Je suis certain qu’il éprouvait une certaine fierté – légitime, cela va sans dire – à être célébré dans cette ville qui ne leur avait offert que des épreuves. Il y avait une réelle discrimination sociale à l’époque, et ils en avaient subi le pire. Elvis, lui, vivait un moment formidable. En réécoutant le concert et les interviews pour la première fois depuis longtemps, je réalise à quel point nous nous amusions, malgré notre très jeune âge.
Aujourd’hui, l’emplacement de l’ancienne foire est devenu le Fairpark, un site qui abrite un parc, un amphithéâtre et l’hôtel de ville de Tupelo. En 2012, la ville a érigé dans ce parc une statue d’Elvis inspirée d’une célèbre photographie prise lors de la foire en 1956. A cette occasion, Elvis My Happiness a souhaité graver dans la pierre sa reconnaissance envers le King en offrant un pavé sur lequel est inscrit : Thank you for all the happiness you brought in our lives, Elvis My Happiness Paris, France – Merci pour tout le bonheur que vous avez apporté dans nos vies. Les fans du monde entier se rendent à Tupelo non seulement pour visiter le lieu de naissance du King, mais aussi pour prendre des photos avec la statue et toucher, à l’image des fans de l’époque, sa main tendue vers les fans. C’est devenu depuis un incontournable pour le groupe Elvis My Happiness à chacun de ses voyages.
Le 27 septembre, RCA sort le single (47.6643) Love Me Tender/Any Way You Want Me et l’on apprend qu’il y a déjà eu une pré-commande de 856.327 exemplaires. La production décide alors de changer le titre du film pour lui donner le nom de la chanson phare. Le disque sera bien sur n° 1 – pendant cinq semaines – et restera vingt-deux semaines dans les classements.
Un an plus tard, Elvis reviendra se produire, à nouveau, à Tupelo, le 27 septembre 1957, cette fois pour récolter des fonds destinés à un centre pour jeunes dont la construction était prévue près de son lieu de naissance, à East Tupelo, mais ça c’est une autre histoire…
LES SHOWS
Show de 14 h 30 : Heartbreak Hotel, Long Tall Sally, Présentation des clés de la ville, I Was The One, I Want You, I Need You, I Love You, Annonces, I Got A Woman, Don’t Be Cruel, Ready Teddy, Love Me Tender et Hound Dog.
Bonus : Entretiens avec Vernon et Gladys Presley, Nick Adams, un fan et Elvis.
Show de 19 h 30 (incomplet) : Love Me Tender, I Was The One, I Got A Woman, Dialogue, Don’t Be Cruel, Blue Suede Shoes, Dialogue, Baby Let’s Play House et Hound Dog.
Les images filmées par Fox Movietone News allaient devenir l’un des documents historiques les plus précieux témoignant pour Elvis de l’année charnière 1956. Seules les images seront exploitées partiellement par la suite, séparément de la bande son de qualité très moyenne. L’enregistrement audio n’apparaîtra officiellement qu’en 1984 dans le coffret A Golden Celebration (CPM6 5172) qui fera l’objet également d’une édition vinyle.
En 2007, Memphis Recording Service, sortira le coffret Tupelo’s Own (MRS10026956) qui nous offrira à la fois une vidéo de l’événement, les concerts en audio, et un livre de 200 pages comprenant une multitude de photos et de documents… Tout en évoquant également septembre 1957. L’excellence, un véritable collector !
A noter qu’il en sera extrait une édition DVD (MRS20026956) seul.
Le label sortira, cette fois, en 2009, le Special Collectors Edition, Tupelo Welcomes Elvis Presley Home (MRS30026956) qui ne proposait que les deux shows en audio, accompagné d’un livret de trente-sept pages.
Alors certes si ces enregistrements ont été ici améliorés, il reste néanmoins loin de la qualité à laquelle nous sommes habitués de nos jours. Il reste cependant non seulement historiquement, mais aussi affectueusement ? indispensables à toutes collections. Ils sont le reflet de la jeunesse éternelle !…

Ces enregistrements ont été réalisés par Ron Brandon, 17 ans, qui était l’ingénieur du son de la station WTUP. Les entretiens ont été enregistrés à proximité de la scène extérieure, sur un magnétophone monophonique Magnecord. L’animateur des concerts était le directeur général de WTUP, Jim Reese, ce qui explique leur accès aux coulisses et à Elvis. Une tente installée en coulisses servait de loge au King, tandis que l’enregistreur de WTUP était placé juste à côté de la scène. Sans l’initiative de Ron Brandon, le concert d’Elvis à Tupelo n’aurait jamais été enregistré. On ne le remerciera jamais assez !…






















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